Bordeaux. « Je n'ai ni le droit de travailler ni d'être aidée » : une étudiante sous OQTF témoigne
Thu, 14 May 2026 20:47:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ l'Université de Bordeaux, une étudiante étrangère est menacée d'expulsion. Le Poing Levé publie son témoignage et appelle à s'organiser, alors que le gouvernement prépare une nouvelle offensive raciste sur les frais d'inscription des étudiant·es étranger·ères.

Inscrite à l'Université de Bordeaux depuis 2021, une étudiante étrangère - qui choisit de témoigner anonymement - subit de plein fouet le racisme d'État : « À la veille des examens, j'ai eu un accident. Je me suis rapprochée du Bureau de la Vie Étudiante pour expliquer la situation et je m'attendais à une session pour les étudiants malades, dont je n'ai malheureusement pas été informée ».
Malgré l'envoi de justificatifs à la préfecture, elle lui refuse tout aménagement, lui signifiant qu'elle ne peut ni redoubler ni changer de formation. N'ayant pas pu valider son année suivante de justesse, la sanction est tombée : « J'ai reçu une OQTF en 2025 pour caractère non réel et non sérieux de mes études ». Une contestation de l'OQTF a été faite, mais elle en subit directement les conséquences : « Dans l'attente d'être convoquée à l'audience, je n'ai ni le droit de travailler ni celui de bénéficier d'une aide ponctuelle de l'université, en raison de ma situation administrative. ».
Cette OQTF a enclenché une descente aux enfers administrative et matérielle. Du jour au lendemain, elle a été précipitée dans une grande détresse financière : « En janvier 2026, j'ai été injustement licenciée par mon employeur, sans bénéficier de mes droits. Actuellement, je me retrouve avec des dettes de loyer et mon bailleur m'a adressé une mise en demeure ». Cette spirale de l'exclusion, où l'OQTF engendre la perte de l'emploi puis celle du logement, vient s'ajouter aux conditions matérielles déjà très difficiles que subissent les étudiant·es précaires et étranger·ères. Face à cette situation, elle a formulé une demande d'aide financière d'urgence au CROUS et à l'Université de Bordeaux, toutes ont d'abord été refusées du fait de son absence de titre de séjour. Après une nouvelle demande, le CROUS lui a finalement accordé une aide qui ne couvre même pas ses dettes auprès de son bailleur, mais l'UB persiste à ne lui accorder aucune aide.
Alors que les gouvernements successifs ont toujours tenté de masquer le racisme d'État derrière un discours méritocratique, le cas de cette étudiante qui suit ses études, travaille pour les financer, accomplit scrupuleusement toutes les démarches et s'investit dans la vie associative démontre qu'il n'en est rien. Son témoignage met à nu la violence d'une machine administrative qui organise la précarité de la jeunesse et la criminalisation des étrangers. Et ces cas, déjà très nombreux, ne vont que se multiplier alors que le gouvernement prépare une nouvelle version de la loi « Bienvenue en France », renforçant encore les logiques de sélection. En effet, depuis 2018, cette loi impose des frais d'inscription exorbitants pouvant atteindre 3 000 euros en licence et 4 000 euros en master, soit jusqu'à quinze fois plus que pour les étudiant·es français·es ou européen·nes.
À ce tri raciste assumé s'ajoute déjà l'exclusion massive des bourses sur critères sociaux et l'accès restreint au logement, les étudiant·es extra-européen·nes n'ayant souvent accès aux résidences Crous qu'en phase complémentaire. L'offensive s'est durcie encore avec la suppression des APL prévue pour juillet 2026.
Avec le plan « Choose France For Higher Education », le gouvernement franchit un nouveau cap et organise explicitement un tri entre celles et ceux « qui en ont les moyens » et les autres. Ce tri, à la fois social et raciste, vise à exclure de l'université les plus précaires, en premier lieu les étudiant·es étranger·ères, déjà surexposés à la pauvreté et à l'isolement. Dans la continuité des politiques menées depuis des années pour restreindre l'accès à l'enseignement supérieur ciblant les enfants des classes populaires et les immigré·es, cette offensive sert de test : si elle passe, il faut ensuite s'attendre à une hausse généralisée des frais d'inscription.
Face à cette offensive globale, il faut exiger le retrait de toutes ces mesures, des coupes budgétaires aux lois racistes, et construire une véritable riposte par en bas à l'image de la mobilisation qui a permis l'annulation de l'OQTF d'Amine à Marseille. C'est pourquoi nous appelons l'ensemble des étudiant·es, et en particulier les étudiant·es étranger·ères, à témoigner de leurs conditions de vie et des obstacles administratifs et financiers qu'ils subissent.
Ces offensives racistes sont absolument indissociables des politiques impérialistes de la France. Le mouvement étudiant a besoin de remettre au goût du jour les luttes anti-impérialistes, et de se doter d'une stratégie qui la place au coeur de toutes les luttes. Pour déjouer les plans réactionnaires de l'État et du patronat, nous avons besoin de nous organiser. Pour passer à l'action, il nous faut des outils théoriques et une stratégie politique. C'est dans ce cadre que le Poing Levé organise, tout au long du mois de mai, des rencontres anti-impérialistes à Paris, Toulouse, Bordeaux et Marseille. Alors ce samedi 23 mai, viens aux rencontres organisées à Bordeaux !