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Dunkerque : la mairie menace de fermer l'école d'art

Thu, 14 May 2026 14:50:35 CEST

Révolution Permanente

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La mairie de Dunkerque a entériné sa volonté de se désengager du financement de l'école d'art de la ville, l'ESA Dunkerque-Tourcoing. Un an après la fermeture de l'école d'art de Valenciennes, l'offensive austéritaire se poursuit et s'accentue, toujours au service des intérêts du patronat.

A peine les municipales passées, Patrice Vergriete, maire de Dunkerque, lance les hostilités et annonce sa volonté de se désengager du financement de l'école d'art de la ville, l'ESA Dunkerque-Tourcoing, un EPCC (établissement public de coopération culturelle) qui se partage entre les deux villes. Dans la bouche de l'édile fraîchement réélu pour la troisième fois, la priorité est de « cesser de payer pour des choses qui ne sont pas de notre ressort et l'ESA fait partie de la réflexion ». Ainsi, la suppression de la « subvention de 604 000 euros par an » et la fin de la « mise à disposition des locaux à titre gracieux (valeur locative de près de 180 000 euros chaque année » sont-ils clairement affirmés.

Sur un budget de près de 3 millions d'euros annuel, cette perte sèche, porterait un coup fatal à l'institution, dont l'essentiel des dépenses repose sur des frais de fonctionnement et les salaires des enseignants. Pour l'heure, un plan de financement de 250 000 euros de la part de l'État et de 100 000 euros pour la ville, a été acté avec le Préfet et la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles). Comme le souligne Léa, étudiante en M1, « on est fixé pour la baisse de dotation pour l'an prochain mais on ne sait rien pour les deux années à venir ».

Cette décision de désengagement progressif rappelle la méthode qui a été utilisée pour fermer l'école supérieure d'art et de design de Valenciennes en juin 2025. Jean-Baptiste Carbolante, enseignant en histoire de l'art et représentant au SNEA-CGT, interrogé sur France Culture à propos de la situation de l'école d'art de Dunkerque souligne que « le processus est exactement le même, c'est-à-dire que ce sont des rumeurs, et lorsqu'un communiqué officiel arrive, souvent c'est qu'il est trop tard pour que les équipes réagissent ». Léa, qui a soutenu l'année dernière la mobilisation de l'école de Valenciennes, rappelle que le désengagement de la mairie a été le premier pas avant que la Région ne retire ses financements : « Et ensuite où va l'argent qui était alloué à l'art et à la culture ? On ne sait pas ». Si le site de Dunkerque venait à fermer, c'est également le site de Tourcoing qui se verrait menacer. Pour l'heure, la mairie n'a pas encore voté son budget. Mais un scénario similaire est de plus en plus redouté parmi les étudiants et au sein des équipes.

L'horizon de l'école de Dunkerque ne dépasse actuellement pas 2028. En raison de l'instabilité financière de l'école, l'État a fait passer de six à trois ans l'accréditation à délivrer des diplômes de l'ESA. Même si le maire de Dunkerque est « solidaire de la direction de l'ESA et des élèves », il est difficile de ne pas voir dans cette situation un effet d'aubaine pour les ambitions urbaines de Patrice Vergriete. Le site sur lequel l'ESA est construit est en effet situé à proximité du centre-ville, en pleine mutation et gentrification. Juste à côté, le conservatoire va être déménagé dans le collège Lamartine, situé en face du Bateau feu (scène nationale) et de la bibliothèque municipale (BIB), pour former un « triangle d'or » de la culture. Ces locaux sont promis à de « nouveaux programmes urbains ». La parcelle qui serait ainsi dégagée grâce à la reprise du bâtiment de l'ESA et des locaux du conservatoire aurait tout pour attirer les convoitises des bailleurs.

L'ESA de Dunkerque accueille de jeunes artistes qui viennent de la région ou qui n'auraient « clairement pas eu les moyens de se payer une école privée », comme le souligne Hugo étudiant en L3. L'école est gratuite pour les élèves boursiers et pratique des tarifs plutôt abordables. Florian Gaité, du Snéad-CGT, abonde en ce sens : « il y a l'idée d'avoir de grand pôles régionaux et d'excellence ou de réduire l'offre de formation à de grandes écoles nationales au détriment d'un enseignement supérieur de proximité plus installé dans des régions qui accueillent d'autres catégories sociales, des gens qui viennent du périurbain, du rural... ». Dans son communiqué unitaire, l'inter-orga de l'Esa Dunkerque-Tourcoing se positionnait pour la défense « d'une offre publique d'enseignement supérieur artistique en art dans les Hauts-de-France, fondé sur un maillage territorial cohérent et sur l'égalité d'accès aux études supérieures » et dénonçait le sacrifice de l'enseignement public sur l'autel des « arbitrages budgétaires à court terme ».

La mairie de Dunkerque semblent plutôt s'orienter vers une offre toujours plus tournée au service du patronat. La construction à proximité des friches industrielles de la gare de la salle de spectacle Le Boréal avec une capacité d'accueil de 7000 places ainsi que les grands événements festifs sur la ville (festival La Bonne Aventure ou Voiles de légende) dessinent une culture toujours plus orientée vers la réalisation du profit. Cette offensive contre l'ESA s'inscrit ainsi dans l'optique de poursuivre les politiques austéritaires contre l'enseignement publique et au service de l'enseignement privé.

Après une apparition remarquée et soutenue du cortège de l'ESA lors du défilé du 1er mai, les étudiants s'orientent vers des actions de sensibilisation lors des vernissages sur la ville avec des t-shirts dénonçant les coupes budgétaires, des AG ouvertes et une recherche de coordination avec les autres établissements touchés par les coupes budgétaires.

Capture d'écran : video

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