Figeac Aéro : des profits records pour les actionnaires, l'austérité pour les salariés
Thu, 14 May 2026 21:17:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa direction de Figeac Aéro (Lot), sous-traitant dans l'aéronautique, vient de publier des chiffres record, en profitant notamment de son positionnement stratégique sur le marché de la défense. Dans le même temps, alors que l'inflation explose, la direction lâche des miettes aux travailleur·euses.

Le 5 mai dernier, la direction de Figeac Aéro, un des leaders de la sous-traitance aéronautique en Europe, basé à Figeac (Lot), publiait des résultats présentés comme « historiques ». Avec un chiffre d'affaires annuel de 486,8 millions d'euros, une croissance de près de 16% et des perspectives revues à la hausse (600 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2026), l'entreprise réalise un nouveau record, porté par « le plus fort trimestre de l'histoire du groupe » au dernier trimestre 2025-2026. Malgré une situation internationale convulsive, les carnets de commandes des grands groupes de l'aéronautique continuent de battre des records et le secteur ne connaît pas la crise. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes industriels.
Le réarmement européen, une opportunité stratégique pour Figeac Aéro
Un autre aspect du communiqué mérite l'attention : la place croissante de l'industrie militaire dans la stratégie du groupe. La direction se félicite désormais ouvertement des perspectives offertes par la montée des dépenses de défense en Europe : « [La situation internationale] constitue en revanche une incitation toujours plus forte pour les différents gouvernements d'accélérer les efforts de défense. Le positionnement de FIGEAC AÉRO sur les marchés stratégiques et souverains de l'aéronautique et la défense devrait donc lui permettre de poursuivre sur sa trajectoire de croissance. »
Le groupe s'appuie notamment sur son programme PILOT 28, qui vise à augmenter de 50% à horizon 2028 la part du militaire dans ses activités, pour atteindre près de 10%. Dans le cadre de ce programme, Figeac Aéro a pu récemment compter sur un nouveau marché juteux : la fabrication d'une pièce du moteur M88 de l'avion de combat Rafale, produit par Dassault, dont la cadence de production ne cesse d'augmenter.
Derrière les mots de « souveraineté » et de « relance industrielle » mis en avant par la direction, ce sont donc surtout de nouveaux marchés de défense extrêmement rentables qui s'ouvrent. On se souviendra que pendant la crise Covid, avec de nombreuses suppressions d'emploi à Figeac Aéro (220 CDI, 150 CDD-Intérimaires), le patron ne voulait absolument pas entendre parler de diversification de la production, comme le revendiquait la CGT (ferroviaire, éolien, hydraulique, médical, etc).
Pour expliquer son résultat record, la direction parle aussi d'« engagement des équipes ». En réalité, cet « engagement » a un nom : augmentation des cadences, heures supplémentaires, fatigue, flexibilité imposée, horaires décalées et conditions de travail qui se dégradent. Pour fournir à temps les grands constructeurs du secteur, dont les carnets de commande explosent, les entreprises sous-traitantes pressurisent toujours plus les travailleur·euses.
Augmentation des salaires et indexation sur l'inflation !
Pourtant, alors que l'entreprise sort à peine des Négociations annuelles obligatoires (NAO), les salariés se sont vu expliquer pendant des semaines qu'il fallait accepter les miettes sur les salaires (+1,5%). Les NAO ont une nouvelle fois montré la logique patronale : lorsqu'il faut rassurer les marchés financiers et les grands donneurs d'ordre, les discours sont triomphants. Mais quand il s'agit des salaires, la direction parle de « prudence », de « compétitivité » et de « contraintes économiques ».
D'un côté, l'entreprise annonce près de 487 millions d'euros de chiffre d'affaires et des objectifs toujours plus ambitieux. De l'autre, les travailleur·euses devraient accepter des augmentations en-dessous de l'explosion du coût de la vie. Une démonstration brutale du décalage entre les sacrifices demandés aux travailleur·euses et les profits accumulés par le groupe.
Partout en Europe, les gouvernements débloquent des dizaines de milliards pour l'armement tout en expliquant qu'il faudrait se serrer la ceinture sur les salaires, les retraites ou les services publics. À Figeac Aéro, cette contradiction apparaît en pleine lumière : il y aurait de l'argent pour les actionnaires, pour les investisseurs et pour la militarisation de l'économie, mais jamais assez pour augmenter correctement celles et ceux qui produisent les richesses. La question n'est donc pas économique, mais politique : les richesses produites doivent-elles servir les profits et l'économie de guerre, ou répondre aux besoins des travailleur·euses et des populations ?
Alors que la direction de Figeac Aéro lâche des miettes aux salariés pendant qu'elle parle de résultat « historique », dans un contexte d'explosion des prix, il faut exiger des revendications telles que l'augmentation des salaires de 400 euros et leur indexation sur l'inflation !