Liban : 380 morts depuis le « cessez le feu », Israël poursuit son offensive coloniale
Thu, 14 May 2026 17:32:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMalgré le cessez-le-feu annoncé le 17 avril, Israël poursuit sa guerre contre le Liban à travers des bombardements quotidiens, des destructions massives et des attaques visant civils, journalistes et secouristes. Pendant ce temps, le gouvernement libanais poursuit sa politique de soumission diplomatique en maintenant des négociations avec Israël sous les bombes.

Depuis l'annonce du cessez-le-feu du 17 avril, présenté comme un accord devant mettre un terme aux bombardements massifs au Liban et limiter les opérations terrestres israéliennes dans le pays, la réalité sur le terrain raconte une tout autre histoire. Loin d'un apaisement, les bombardements se poursuivent. Alors que les forces d'occupation israéliennes poursuivent leur avancée dans les territoires libanais, multipliant les opérations de destruction systématique en dynamitant des maisons, des im-meubles et des infrastructures civiles.
Israël a en effet divisé le territoire libanais en trois zones : dans la « zone jaune », qui longe la fron-tière, l'armée veut détruire toute forme d'habitation en appliquant la « méthode Rafah ». Dans la zone qui s'étend jusqu'au Litani, Israël poursuit ses opérations aériennes et terrestres en multipliant les éva-cuations. La dernière zone doit rester sous le contrôle du gouvernement libanais.
Sous prétexte de viser des « infrastructures militaires » ou des « membres du Hezbollah », ce sont des villages entiers qui sont vidés de leurs habitants tandis que 55 villages, qui se trouvent à l'intérieure de la zone jaune, sont menacés de destruction totale. Dans les autres zones, les ordres d'évacuation sont envoyés quotidiennement partout dans le pays et, désormais, largement au-delà du fleuve Litani, tandis que la liste des villages sommés d'évacuer ne cesse de s'allonger. Plus de quatre-vingts localités ont déjà été concernées par ces menaces. Derrière la rhétorique sécuritaire israélienne, c'est une véritable politique de terreur et de déplacement forcé qui se met en place et qui a déjà touché un million de Libanais.
Mais la violence israélienne ne s'arrête pas ici. Israël frappe indistinctement les civils, les familles, les enfants, les journalistes et les secouristes. Dimanche 10 mai, un nouveau massacre a bouleversé le Liban : à Saksakiyé, la famille Fahs, qui avait fui son village de Jibshit après un ordre d'évacuation, a été prise pour cible et massacrée. Ce drame a profondément secoué le pays, alors que des milliers de familles vivent encore sous la menace permanente des bombardements et hésitent entre rester chez elles ou fuir vers un exil incertain.
Les journalistes libanais paient aussi un lourd tribut aux bombardements israéliens. Parmi eux, la journaliste Amal Khalil, figure reconnue du journal Al-Akhbar, a été tuée le 22 avril lors d'une frappe israélienne sur le village de Tiri, dans le district de Bint Jbeil, près de la frontière. Âgée de 42 ans, Amal Khalil incarnait une voix du Sud-Liban, documentant inlassablement les souffrances des habitants et les destructions provoquées par les bombardements israéliens. Sa mort s'ajoute à une longue liste de journalistes pris pour cible au cours de cette guerre, dans une stratégie qui vise à faire taire les témoins des crimes commis contre la population libanaise.
Les attaques contre les secouristes se multiplient également. À Nabatiyé, Ahmad Noura et Hussein Jaber ont été ciblés, mardi, par un drone israélien alors qu'ils tentaient de secourir une personne en-sevelie sous les décombres après une première frappe. Cette tactique de la « double tap », qui consiste à bombarder une seconde fois les lieux où convergent les équipes de secours, est devenue une pratique récurrente de l'armée israélienne. Largement utilisée à Gaza dans le cadre de la guerre génocidaire en cours, elle vise à terroriser la population et à détruire systématiquement les capacités de secours et les infrastructures médicales, privant les civils de toute possibilité de prise en charge. Une stratégie, qui s'inscrit dans une logique de punition collective et de destruction méthodique des conditions de survie. Le ministère libanais de la Santé a d'ailleurs annoncé que 108 secouristes et membres du personnel médical avaient déjà été tués depuis le début de la guerre.
Ce dernier a également annoncé qu'au moins 380 personnes ont été tuées depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu du 17 avril, parmi lesquelles 22 enfants et 39 femmes. Depuis le début de la guerre, le nombre total de morts a atteint 2900 victimes alors qu'un million de libanais sont toujours déplacés dont un grand nombre résident dans des tentes et souffrent de conditions sanitaires qui deviennent de plus en plus critiques.
Malgré ce tableau dramatique, le gouvernement libanais, toujours aligné sur l'agenda étasunien, continue d'offrir à Israël une porte de sortie politique et diplomatique. Alors même que les dernières négociations entre le Liban et Israël se sont soldées par un échec, une nouvelle rencontre doit avoir lieu jeudi, à Washington, entre des représentants libanais et israéliens, tandis qu'Israël poursuit sans relâche ses bombardements et ses opérations militaires contre le Liban.
Cette nouvelle séquence diplomatique apparaît moins comme une tentative réelle de mettre fin à l'agression que comme une démonstration supplémentaire de l'asservissement du gouvernement libanais aux intérêts étasuniens et israéliens. Alors que la population libanaise enterre ses morts, que des villages entiers sont détruits et que les frappes continuent quotidiennement, les autorités libanaises persistent dans une logique de négociation asymétrique avec l'État colonial et l'impérialisme.
La préoccupation centrale pour Tel-Aviv est d'empêcher que le Liban devienne un point de négociation dans les discussions avec l'Iran autour de l'ouverture du détroit d'Ormuz et, plus largement, de la fin de la guerre régionale. Téhéran a en effet déjà affirmé à plusieurs reprises que tout accord avec les États-Unis devait nécessairement inclure un arrêt des offensives israéliennes au Moyen-Orient, notamment au Liban. Tel-Aviv cherche à isoler le front libanais afin de poursuivre son offensive sans subir les contraintes d'un éventuel accord régional imposé par les rapports de force actuels. Derrière cette volonté de dissociation se cache surtout l'incapacité des États-Unis et d'Israël à transformer l'escalade militaire contre l'Iran en succès stratégique.
Du côté français, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot apparaît de plus en plus aligné sur les intérêts israéliens. Depuis plusieurs mois, ses déclarations contribuent à légitimer les offensives israéliennes contre le Liban, en justifiant largement les priorités stratégiques étasuniennes et israéliennes, notamment la question du désarmement du Hezbollah. Lors d'une intervention au Sénat le 2 avril, Jean-Noël Barrot déclarait ainsi : « Et puis nous les exhortons effectivement à sai-sir la main tendue par le président des autorités libanaises, devant conduire à un dialogue de haut niveau, le premier dans l'histoire de ces deux pays qui restent depuis 1949 dans une situation de trêve et d'état de guerre, qui permettrait, si ces discussions peuvent se tenir, un cessez-le-feu, un processus ordonné de désarmement du Hezbollah et une normalisation à terme entre les deux pays. »
La guerre au Liban ne peut pas être séparée de l'agression étasunienne contre l'Iran qui s'inscrit, elle aussi, dans la continuité du génocide en cours en Palestine et qui vise à remodeler la carte de la région, en renforçant les positions d'Israël et en imposant par la force la discipline géopolitique de Washington. Mais alors que les États-Unis sont mis en échec en Iran et qu'Israël fait face à des difficultés militaires considérables au Liban et ne parvient pas à réaliser ses objectifs stratégiques, l'affaiblissement du camp génocidaire ouvre une brèche. Après deux ans et demi de génocide et alors que nous commémorerons les 78 ans de la Nakba, vendredi, il y a urgence à construire un mouvement anti-impérialiste qui se prononce pour la défaite des États-Unis au Liban, en Iran et partout dans la région, en toute indépendance du régime iranien et des directions alliées, et qui revendique la fin de la guerre à Gaza alors que les méthodes génocidaires utilisées contre les Palestiniens sont désormais mobilisées contre tous les peuples de la région.
Crédit photo : Les décombres à Saksakiyé, après la frappe israélienne, samedi 9 mai (France 24, capture d'écran)