« Bienvenue en France 2.0 » : malgré le non du CNESER, le gouvernement veut imposer son projet raciste
Wed, 13 May 2026 17:40:30 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMalgré la mobilisation et le large rejet de Bienvenue en France au CNESER, le gouvernement veut passer en force pour appliquer la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers. Une démonstration de l'hypocrisie de la « démocratie universitaire » et de la détermination du gouvernement faire à appliquer sa loi raciste.

Ce lundi 12 mai, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Philippe Baptiste présentait devant le CNESER son projet de décret visant à imposer l'application généralisée de la loi « Bienvenue en France » à l'ensemble des universités. Si le texte a été massivement rejeté par cette instance consultative avec 62 voix contre et seulement 2 pour, le gouvernement compte bien aller jusqu'au bout pour appliquer le décret.
Le ministère tend la main aux présidences d'université pour faire avancer le texte
Le décret vise à généraliser les frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers extra-européens, portés à 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master. Au CNESER, Philippe Baptiste a légèrement augmenté le quota, en relevant de 10 à 20 % la part maximale d'étudiants pouvant être exonérés des frais différenciés, tout en proposant une mise en œuvre progressive sur plusieurs années.
Avec ces aménagements marginaux, le ministère cherche surtout à contenir les critiques d'une partie des présidences d'université. Celles-ci sont inquiètes des conséquences de la réforme sur leur « rayonnement international », et contestent la méthode autoritaire employée par le gouvernement, qui entre en contradiction avec l'« autonomie » des universités mises en place par des réformes néolibérales ces dernières années.
Ces ajustements largement insuffisants ne changent rien au fond de l'offensive. Même avec ces exonérations, l'écrasante majorité des étudiants étrangers extracommunautaires va subir une hausse massive des frais d'inscription. Derrière le discours sur « l'attractivité », le gouvernement poursuit une politique de sélection sociale et raciste visant à faire payer toujours plus cher l'accès à l'université.
Étudiants et travailleurs se sont mobilisés dans plusieurs villes
Pendant que se tenaient les discussions du CNESER, plusieurs centaines d'étudiants, de personnels et de militants se sont rassemblés à Paris à l'appel de l'intersyndicale étudiante et de nombreuses organisations politiques et syndicales. Le cortège, parti de Jussieu, s'est rendu jusqu'au ministère de l'ESR, et a réuni des personnels d'université en grève, des étudiants et les organisations étudiantes Le Poing Levé, la FSE, l'Union Étudiante, l'UNEF, le NPA-R et la FAGE. Dans la manifestation, la colère visait autant la réforme que le climat général d'attaques contre l'université portées par le gouvernement Macron.
Massilya, étudiante étrangère, militante au Poing Levé et au Collectif des Étudiants Étrangers de Paris 8, dénonçait au micro : « La loi Bienvenue en France est le fruit de l'héritage colonial de la France. Nos grands-parents ont subi les mines et les bidonvilles ; aujourd'hui, on subit la suppression des APL et la hausse des frais d'inscription. Cette loi vise à nous précariser mais aussi à nous diviser et à nous mettre en concurrence. »
L'Assemblée Générale interfac qui a eu lieu le jour même à Paris a été marquée par la présence importante de personnels de l'enseignement supérieur, venus discuter avec les étudiants des perspectives concrètes pour la mobilisation. Notamment les travailleurs de l'université de Nanterre en étaient à leur sixième jour de grève contre la suppression des primes, la dégradation des conditions de travail et Bienvenue en France, signe d'une radicalisation partielle des méthodes de lutte face aux attaques du gouvernement. De même des travailleurs de Paris 1 ont partagé l'organisation d'une rétention des notes contre la réforme il y a quelques semaines.
Des rassemblements et manifestations liant étudiants et personnels se sont aussi tenus à Rennes, Montpellier, Marseille et Toulouse, entre autres. À Strasbourg, où les frais différenciés sont partiellement appliqués depuis l'année dernière, ce qui a déjà conduit à l'exclusion brutale de 47 étudiants étrangers cette année, les travailleurs de la fac ont exprimé leur colère dans l'assemblée générale.
Les personnels administratifs en sous-effectifs sont déjà désemparés face à la charge de travail produite par les frais différenciés actuels, et le cynisme de devoir participer à l'éjection d'étudiants des bancs de l'université. L'hypocrisie de la présidente de l'Unistra Frédérique Berrod y a été fortement critiquée, celle-ci ayant osé récuser le caractère raciste de la mesure. La présidence avait d'ailleurs bien préparé la journée en assurant la présence d'agents de sécurité dans les couloirs de la fac menant à l'AG ou pour boucler le bâtiment où avait lieu le Conseil d'Administration du jour.
Poursuivre la mobilisation et préparer la riposte
La journée du 12 mai montre que la colère contre « Bienvenue en France » reste profonde parmi les étudiants et les personnels. Mais elle montre aussi les limites des simples oppositions institutionnelles : malgré le rejet massif du CNESER, le gouvernement entend maintenir son décret et poursuivre sa politique de sélection sociale. Face à cette offensive, l'enjeu pour le mouvement étudiant et les personnels est désormais de construire un rapport de force capable d'empêcher concrètement l'application de la réforme. Dans plusieurs universités, la lutte contre les frais différenciés commence déjà à converger avec les revendications contre les coupes budgétaires, la précarisation du travail à l'université, Parcoursup, MonMaster et la répression politique incarnée par la loi Yadan qui reviendra à l'Assemblée Nationale en juin.
Une nouvelle date de mobilisation est appelée le 26 mai, avec la nécessité de préparer dès maintenant une riposte plus large à la rentrée contre l'ensemble des attaques visant l'université publique. L'objectif ne peut pas être l'aménagement de « Bienvenue en France », mais bien l'abrogation complète de cette loi raciste et sélective, ainsi que de l'ensemble des dispositifs de tri social à l'université.