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Mouvement lycéen à Marseille : bilan et perspectives d'une lutte contre l'austérité et la guerre

Tue, 12 May 2026 22:34:05 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le 5 mars, le mouvement lycéen marseillais a été à l'avant-garde de l'opposition au budget Lecornu. S'il est aujourd'hui dans une phase de reflux, suite à une date de mobilisation peu suivie le 30 avril, les bilans doivent être posés pour penser la suite.

Depuis le 5 mars, le mouvement lycéen de Marseille, aux côtés des enseignants et de parents d'élèves, a été la pointe avancée de la lutte contre la guerre austéritaire de Lecornu. Le déclencheur immédiat était la baisse des dotations horaires globales (DHG) et la suppression d'options dans l'éducation nationale. Mais dès l'origine, les lycéens ont formulé des revendications dépassant largement ce cadre : une opposition frontale au budget Lecornu et à la marche vers la guerre. La première journée de blocus a été organisée à l'appel du Mouvement National Lycéen (MNL) 13, à l'occasion de la journée européenne de mobilisation contre la guerre.

Un mouvement plein de potentialités

À Marseille, une quinzaine de lycées ont été bloqués, ainsi qu'à Aix-en-Provence, Vitrolles et Aubagne. Le mouvement a exprimé une radicalité remarquable : les lycéens sont allés jusqu'à bloquer la DSDEN le 26 mars. Les formes embryonnaires d'auto-organisation, dont la pointe la plus avancée a été l'assemblée générale du 24 mars devant le lycée Montgrand, ont montré le potentiel d'une alliance entre lycéens, travailleurs de l'éducation et parents d'élève, sans toutefois se pérenniser. Seule assemblée générale qui a rassemblé l'ensemble de ces secteurs, elle a été l'une expression les plus progressistes et combatives du mouvement, en permettant notamment de discuter collectivement de la situation d'Amine, lycéen en terminale à Montgrand visé par une OQTF. Impulsée par l'assemblée, un rassemblement de solidarité a été organisé en soutien à Amine et a permis d'arracher l'annulation de son OQTF, une victoire importante alors que les suppressions d'heures sont toujours d'actualité.

Ce mouvement porte en lui des potentialités importantes : un mouvement de lutte « par en bas », auto-organisé, articulant dès le premier jour, la lutte contre l'austérité budgétaire et les guerres impérialistes et leur budget militaire. Mais en absence d'un plan de bataille pour coordonner et durcir le mouvement, cela n'a pas suffi.

L'État a cherché à mater le mouvement par la répression

Le mouvement a rapidement fait face à une répression violente, d'autant plus forte sur les lycées des quartiers populaires. Dès le 10 mars, des interpellations ont eu lieu : deux lycéens de Montgrand, trois de Victor Hugo, un du lycée Diderot… Certains ont passé plus de 24h en garde-à-vue avant d'être déférés au tribunal correctionnel, et cinq lycéens comparaîtront devant les tribunaux avant l'été. Un arsenal judiciaire et policier massif pour étouffer la radicalité et la combativité des lycéens.

La répression ne s'est pas arrêtée là. Le rectorat et le DASEN ont fiché les lycéens présents lors du blocage de la DSDEN, puis contacté leurs parents pour les intimider. Dans les établissements, les directions se sont livrées à des coups de pression individuels, ou administré des sanctions à travers des conseils de disciplines. Cette stratégie d'intimidation ciblée visait délibérément à éteindre le mouvement et elle a produit partiellement ses effets.

C'est ici que réside l'une des faiblesses centrales du mouvement. Alors que les directions syndicales nationales appelaient à une grève nationale le 31 mars, elles sont restées totalement silencieuses sur ce qu'il se passait à Marseille, isolant les lycéens face à la répression au moment où ils en avaient le plus besoin. Alors que nationalement plus d'un enseignant sur quatre était mobilisé ce jour-ci, aucune perspective n'a été proposée à l'issue de cette date nationale. Les directions syndicales nationales ont préféré poursuivre leur stratégie de l'interpellation, à l'image des déclarations de Sophie Vénétitay, secrétaire du SNES-FSU, syndicat majoritaire dans l'éducation : « Ces mobilisations en continu montrent qu'il faut abandonner la logique des suppressions d'emplois. Nous envoyons aussi un message fort en vue du budget 2027 : il serait irresponsable qu'il ne comporte ni revalorisations salariales ni arrêt des suppressions de postes ».

Une stratégie de pression des directions syndicales impuissante et illusoire

Au niveau local, le bilan est plus contrasté, notamment grâce à l'organisation depuis la base avec des assemblées générales de travailleurs de l'éducation, qui ont réuni jusqu'à une centaine de profs, AESH, et AED. Suite à ces AG, les syndicats CGT 13 et Sud Éducation 13 se sont exprimés contre la répression via une conférence de presse. La FSU, quant à elle, n'a produit qu'un appel particulièrement timide à la journée du 30 avril. Mais aujourd'hui, alors que de nombreux lycéens font face à une répression forte, il y a une absence d'une coordination et d'expression de solidarité envers les réprimés. Cette absence de plan de bataille pour obtenir l'abandon de l'ensemble des poursuites judiciaires et administratives n'est pas sans lien avec les difficultés à pérenniser et construire les cadres d'auto-organisation regroupant personnels, lycéens et parents d'élèves. Arriver à dépasser l'étanchéité artificielle entre les travailleurs et les lycéens en construisant des cadres communs est une arme indispensable au mouvement pour se défendre contre la répression et repasser à l'offensive.

Plusieurs choix stratégiques des directions syndicales locales ont contribué à freiner l'élargissement de la mobilisation : la stratégie des journées de grèves perlées, sans continuité, a prévalu sur toute autre logique. Une réticence à élargir les mots d'ordre, notamment aux conditions des travailleurs les plus précaires, AED et AESH, a empêché d'élargir la jonction avec les secteurs les plus exposés. Mais également les revendications se sont concentrées sur la suppression des heures, sans poser la question de l'opposition au budget de guerre et à la militarisation, amenée par les lycéens de manière très politique.

Surtout, l'attente des négociations avec la DSDEN et le rectorat, découpées par établissement, a contribué à diluer la force du mouvement et le contraindre à une perspective locale. Aucun réel plan de bataille n'a existé pour nationaliser le mouvement, alors même que les baisses de DHG concernent l'ensemble des académies et que la colère des travailleurs de l'éducation est profonde depuis des années. Et que dans certains établissements, les taux de grève sont montés à 80% comme au lycée Saint Charles le 17 mars, par exemple.

Dans le même temps, le mouvement a peiné à prendre conscience de son rôle dans la période, et de son propre potentiel. Dans une période électorale qui a tendance à décourager toutes les formes de lutte sociale, les lycéens et le personnel de l'éducation de Marseille et des Bouches-du-Rhône ont montré la voie pour s'affronter à l'austérité généralisée mise en place par les derniers budgets. Rien qu'à Marseille, des centres de santé dans les quartiers nord sont menacés de fermeture à cause du budget 2026. Les coupes budgétaires touchent l'ensemble des services publics, au moment même où les plans de licenciements massifs se multiplient et où l'inflation repart dangereusement à la hausse. Pour s'affronter aux plans d'austérité dans l'éducation, il faut s'affronter à l'ensemble du budget 2026 et à ses mesures anti-ouvrières, et plus largement à la bourgeoisie qui cherche à nous faire payer sa crise. Revendiquer des moyens massifs dans l'ensemble des services publics et leur gratuité peut permettre d'entraîner derrière soi de nouveaux secteurs frappés eux aussi par l'austérité et l'inflation et de construire un rapport de force plus large, nécessaire pour emporter des victoires solides. Les articulations faites par les lycéens entre l'austérité et le financement de la militarisation est un point d'appui solide pour construire ces alliances avec d'autres secteurs de la population.

Quelles perspectives ?

La journée du 30 avril a globalement exprimé une dynamique de reflux, avec peu d'enseignants en grève et des blocus réprimés, y compris par des amendes policières. Le mouvement n'a pas été doté d'une stratégie coordonnée ni d'un programme politique offensif à la hauteur de ses propres aspirations. Le reflux actuel ne doit pas nous décourager, il doit au contraire permettre de tirer des leçons pour avancer.
Ce mouvement a révélé une colère profonde chez une jeunesse qui refuse l'avenir de guerre et d'austérité que lui réservent les classes dominantes, mais aussi chez les enseignants et les parents d'élèves qui posent concrètement la question de l'avenir de leurs élèves et de leurs enfants. Dans un contexte de guerres impérialistes, le gouvernement s'apprête à en faire payer les conséquences aux classes populaires, comme l'illustre déjà la flambée des prix du carburant. Les reculs récents sur la loi Yadan et les zigzags du gouvernement autour du premier premier mai montrent que le gouvernement est fragilisé, mais qu'il veut généraliser ses offensives. L'adaptation totale des directions syndicales à ces attaques – à l'image des déclarations Sophie Binet en faveur de l'ouverture des boulangeries le 1er mai sont non seulement un frein qui empêche de profiter de la brèche, mais une position qui ouvre la voie à de nouvelles attaques.

Pour préparer la suite, il est vital de faire peser les bilans et de s'appuyer sur les acquis du mouvement. La convergence entre élèves, travailleurs de l'éducation et parents d'élèves est l'acquis le plus précieux du mouvement. Ces embryons ne doivent pas se dissoudre dans le reflux : ils doivent au contraire se structurer et se coordonner pour devenir de véritables outils politiques et organisationnels.
La question du programme doit être posé à la hauteur des préoccupations concrètes des lycéens et des travailleurs de l'éducation, articuler clairement le retrait du budget Lecornu et la défense des conditions de travail des plus précaires, AED, AESH, à la construction d'une perspective anti-impérialiste. A l'heure ou cinq lycéens vont passer devant les tribunaux avant l'été, la lutte contre la répression doit être une des tâches centrales de la période pour exiger la fin des poursuites pour l'ensemble des réprimés du mouvement. Les syndicats de l'éducation ont un rôle central à jouer dans la coordination de cette solidarité, et la construction d'un front large contre la répression qui vise in fine le mouvement social en son ensemble. Il est urgent de s'organiser pour exiger la fin de toutes sanctions disciplinaires contre les lycéens mobilisés, et l'abandon des poursuites judiciaires contre tous les lycéens visés.

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