Strasbourg : un homme immobilisé, tasé, frappé et insulté par la police
Tue, 12 May 2026 13:08:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 19 avril à Strasbourg un homme de 29 ans interpellé par la police et immobilisé a été tasé, frappé, insulté. Ses cris ont alerté les voisins qui ont filmé la scène.

Le 19 avril à Strasbourg, un homme de 29 ans est poursuivi puis interpellé après une tentative de vol de vélo. Les vidéos et les témoignages racontent ensuite une scène d'une brutalité glaçante : un homme tasé à plusieurs reprises, frappé, insulté, secoué dans une voiture de police alors qu'il hurle qu'il n'en peut plus et demande une ambulance. Ensuite, un policier lui plaque la main sur la bouche pour le faire taire. Cette scène ne montre pas seulement une violence physique. Elle montre un pouvoir qui s'exerce sur un corps déjà dominé, déjà immobilisé, déjà incapable de se défendre. Et ce qui fait peur, c'est à quel point cette scène semble devenue ordinaire, banale.
Parce qu'à Noisiel, quelques semaines plus tôt, des vidéos montraient déjà des policiers frapper des jeunes, y compris des personnes au sol, pendant qu'un tir de LBD détruisait l'œil d'un homme. Là encore, sans images, il n'y aurait eu ni scandale, ni émotion publique, seulement une version officielle de plus. À chaque fois, le même scénario : des violences exercées sur des personnes déjà écrasées par le rapport de force, puis une institution qui transforme les coups en procédure, les cris en dossier, les blessures en débat administratif. Ce que montrent Strasbourg, Noisiel et tant d'autres affaires comme celles de Nahel ou d'Adama Traoré, ce n'est pas une série d'accidents. C'est une violence systémique de la part de la police. Une violence qui revient sans cesse parce qu'elle s'inscrit dans un système qui l'organise.
Et cette violence ne frappe pas n'importe qui. Ce sont toujours les mêmes corps qui encaissent les coups. Des jeunes des quartiers populaires, des personnes précaires, marginalisées, isolées, celles dont la parole vaut moins face à celle d'un uniforme. Ceux qu'on contrôle plus, qu'on suspecte plus vite, qu'on humilie plus facilement parce que le système sait qu'ils disposent de moins de moyens pour se défendre et être entendus.
La police n'est pas une institution neutre. Elle est le bras armé de l'État et l'outil de protection d'un ordre social profondément inégalitaire. Pendant que les classes dominantes accumulent richesses et pouvoir, ce sont les quartiers populaires qui subissent les contrôles, les humiliations, les LBD, les tasers et les violences quotidiennes.
Ce que la police protège, ce sont les classes dominantes. C'est un ordre où certains vivent dans le confort pendant que d'autres sont condamnés à la précarité et vivent sous surveillance permanente. Un ordre où la misère, le racisme et les violences institutionnelles deviennent normaux tant qu'ils restent confinés aux mêmes territoires et aux mêmes populations.
Et quand ces violences deviennent visibles, quand une vidéo circule, quand les témoins parlent, l'État intervient avant tout pour protéger l'institution. Les enquêtes s'étirent, les responsabilités se diluent, les procédures enterrent peu à peu l'émotion initiale. Il faut des vidéos pour être cru. Il faut des corps mutilés pour qu'une affaire existe publiquement.
Adama Traoré, mort après une interpellation en 2016. Pendant des années, sa famille a dû lutter contre les versions policières, les expertises contradictoires et l'épuisement judiciaire pour simplement imposer une vérité publique. Nahel, 17 ans, a été tué à bout portant lors d'un contrôle routier en 2023. Là encore, sans vidéo, la version initiale aurait probablement suffi. Ces affaires sont devenues des symboles parce qu'elles révèlent quelque chose de plus large : dans certains quartiers et pour certaines populations, la violence policière apparaît moins comme une exception que comme une menace permanente.
Le plus insupportable, c'est peut-être cette habitude collective qui s'installe. Comme si voir un homme supplier au sol pendant qu'on continue de le frapper était devenue une image parmi d'autres. Comme si certaines vies étaient déjà considérées comme sacrifiables.
Mais derrière chaque vidéo, derrière chaque article, il reste toujours la même réalité : quelqu'un qui souffre pendant qu'un système entier s'organise pour rendre cette souffrance acceptable.
Nous refusons de réduire les violences policières à un simple problème de « mauvais comportements » ou à quelques réformes de façade destinées à calmer l'indignation. Ces violences ne sont pas séparées du reste de la société. Elles s'inscrivent dans un ordre social marqué par des inégalités économiques, sociales et raciales profondes, où les quartiers populaires, les précaires et les personnes marginalisées subissent déjà au quotidien les conséquences d'un système fondé sur l'exploitation et l'oppression.
C'est pour cela que la réponse ne peut pas être judiciaire ou institutionnelle. Nous pensons que la lutte contre les violences policières doit s'inscrire dans une lutte plus large contre le système qui les produit et les protège. Cela implique de construire des mobilisations collectives dans les quartiers populaires, les universités, les lieux de travail et dans les mouvements sociaux, afin de remettre en cause les rapports de domination qui rendent ces violences possibles. Car tant que cet ordre social restera intact, les violences continueront de se répéter.
Crédits photos : capture d'écran vidéo