« L'alchimie » Lula-Trump : une rencontre pour soumettre le Brésil et piller ses ressources naturelles
Mon, 11 May 2026 20:29:01 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLors de leur rencontre à la Maison Blanche, Trump a déplié le tapis rouge pour Lula qui, sans avoir dit un mot sur l'offensive des États-Unis contre le Venezuela ou le blocus criminel contre Cuba, défend une loi qui marque un nouveau saut dans la vassalisation du Brésil.

Il est consternant qu'après son entretien avec Trump, l'un des dirigeants impérialistes qui intervient le plus dans la politique d'autres pays (par des moyens militaires, économiques ou politiques), le président brésilien Lula déclare qu'il « a des raisons de croire » que les États-Unis n'interféreront pas dans les élections brésiliennes. Il s'agit d'une déclaration qui nourrit des illusions sur le rôle de l'impérialisme nord-américain, qui a historiquement parrainé des coups d'État et imposé ses intérêts à coup de sanctions, d'opérations de déstabilisation dans toute l'Amérique latine et par le chantage. L'idée d'un « coup de foudre » entre Lula et Trump n'a rien d'une politique de souveraineté nationale mais témoigne plutôt d'une adaptation à la pression des États-Unis et participe d'une tentative de garantir des relations stables avec un secteur de l'extrême droite internationale qui menace les travailleurs et les peuples opprimés partout dans le monde.
Une discussion portée sur la soumission du Brésil aux multinationales états-uniennes
On ne dispose pas encore de détails sur les négociations commerciales en cours. Selon Trump, les discussions ont porté principalement sur les droits de douane, même si les États-Unis considèrent les terres rares et les minerais stratégiques du Brésil comme des enjeux de premier plan. Lors de la phase préparatoire de la rencontre, Lula avait déjà offert un cadeau à Trump en ne mettant aucun obstacle à la vente de la société minière Serra Verde à US Rare Earths, une entreprise liée au gouvernement étasunien. Serra Verde est l'un des plus grands exploitants de terres rares au monde, la seule entreprise d'envergure hors d'Asie capable de fournir les quatre principaux éléments magnétiques des terres rares : le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium.
Lors d'une conférence de presse, Lula a cherché à présenter cette concession comme une manière de « défendre la souveraineté » du Brésil. Aujourd'hui, cette capitulation prend la forme d'une « politique nationale sur les minerais critiques et stratégiques », adoptée par la Chambre des députés le 6 mai. En plus de permettre à la Chine aussi bien qu'aux États-Unis de piller les ressources naturelles brésiliennes, Lula a indiqué que le projet ne concernerait pas seulement l'extraction mais qu'il inclurait le raffinage et la création d'emplois nationaux. En réalité, ce projet de loi favorisera les grandes compagnies minières, assouplira les contrôles environnementaux et accélérera l'exploitation des biens communs brésiliens au nom de la « transition énergétique » et de la « sécurité nationale » nord-américaine. S'il feint d'« apporter des investissements au Brésil », Lula place le pays au cœur de la compétition stratégique entre Washington et Pékin et en fait un territoire vassal dont les richesses sont destinées à être expropriées.
Lula cherche à apparaître comme un homme d'État qui sait négocier avec des politiciens d'extrême droite comme Trump. Mais les négociations tournent à la capitulation. Qu'y a-t-il de « moderne » à mettre les ressources stratégiques à la disposition des intérêts des États-Unis ? Quel « progressisme d'État » justifie des destructions environnementales et satisfait les intérêts des compagnies minières privées quand l'immense majorité de la population demeure privée de ses droits les plus élémentaires ?
Cette posture de soumission, promue d'abord par l'extrême droite, ne peut que renforcer le pillage des biens naturels par les pays impérialistes, et ne peut répondre aux besoins des travailleurs dont les intérêts sont liés à ces biens communs naturels qui ne doivent pas être traités comme des marchandises soumises au marché mondial.
Une période difficile pour les deux présidents
La rencontre entre Trump et Lula a lieu dans un moment de difficultés politiques pour chacun des deux dirigeants, confrontés aux conséquences de leurs propres échecs. Sans aucun doute, ce qui marque la situation internationale, c'est l'affaiblissement de Trump face au revers militaire subi par les États-Unis et Israël dans la guerre impérialiste contre l'Iran. Confronté à une forte opposition interne à la guerre, ainsi qu'à une économie fragilisée par l'inflation et la hausse du chômage, Trump se prépare à de mauvais résultats lors des élections de mi-mandat. Les difficultés de Trump s'expriment également sur le terrain de la lutte des classes et des mobilisations sociales qui défient l'agenda intérieur du président républicain. Le recul partiel qu'il a été contraint d'opérer face à la résistance à Minneapolis tout comme la dimension historique des récentes manifestations de « No Kings » révèlent l'existence d'un terrain de polarisation et de contestation de masse qui limite sa marge de manœuvre et approfondit l'instabilité politique aux États-Unis.
De son côté, Lula a subi une défaite politique avec le rejet par le Sénat de la candidature de son allié Jorge Messias au Tribunal suprême fédéral (STF). Il a également essuyé un revers avec l'annulation par le Parlement de ses vétos présidentiels contre des mesures réduisant les peines des personnes condamnées après l'assaut des institutions fédérales à Brasília, le 8 janvier 2023, lorsque des partisans bolsonaristes ont envahi et saccagé le Congrès, le palais présidentiel et le Tribunal suprême fédéral après la victoire électorale de Lula. Dans le même temps, des sondages récents indiquent déjà que les élections s'annoncent difficiles pour Lula alors que certaines enquêtes donnent Flávio Bolsonaro devant Lula au second tour, reflétant l'usure politique du gouvernement, due à une politique de conciliation qui finit par renforcer l'extrême droite.
Plus important encore, cette rencontre se déroule dans le contexte de la poursuite de la politique agressive des États-Unis envers l'Amérique latine, marquée par la tentative de réaffirmer l'hégémonie étasunienne dans l' « hémisphère occidental », face à l'avancée de la Chine qui s'engage dans la construction d'infrastructures, le secteur de l'énergie et la course aux minerais stratégiques.
Une « alchimie » dans la relation entre les deux chefs d' État
L'imposition de droits de douane de 50 % sur les produits exportés par le Brésil, au milieu de l'année 2025, a modifié les conditions de la relation bilatérale. Lula, qui avait subi d'importantes défaites au Congrès, a vu une hausse soudaine de l'approbation de son gouvernement pour ne pas avoir cédé aux exigences du « Liberation Day » de Trump. Par la suite, Trump lui-même a subi un revers judiciaire aux États-Unis, lorsque des tribunaux fédéraux ont jugé illégales certaines barrières douanières, ce qui a indirectement bénéficié au gouvernement brésilien. Suite à cela, la rencontre à l'ONU avait scellé ce que Trump a qualifié d' « excellente alchimie » avec Lula qui célèbre cette relation depuis. À l'époque, Trump a publié une image avec Lula en déclarant : « C'est un grand honneur d'être avec le président du Brésil [...]. Nous avons toujours eu une bonne relation et nous continuerons à en avoir une. »
Trump a continué dans sa lancée. Il a déroulé le tapis rouge pour Lula tout en faisant l'éloge de son dynamisme alors que Trump a affirmé que de nouvelles rencontres auraient lieu. Tout indique que Trump cherche à se mettre le gouvernement brésilien dans la poche en pleine offensive contre l'Amérique latine, préférant pour l'instant la diplomatie à l'agressivité qu'il a déjà déployé au Venezuela et qu'il déploie désormais contre Cuba, après avoir déclaré qu'il s'en emparerait quand les porte-avions déployés contre l'Iran seraient revenus dans l'Atlantique. C'est avec cette posture conciliante que Lula cherche à éviter une ingérence négative de Trump dans les élections nationales. Mais l'alchimie entre les deux présidents est loin de signifier que les pressions de Washington sur le Brésil ont trouvé une résolution effective.
Il s'agit plutôt d'une nouvelle tentative de les gérer politiquement. Après tout, même après les revers judiciaires subis par Trump autour des droits de douane, le Brésil reste la cible d'une enquête commerciale ouverte au titre de la « Section 301 », une disposition du droit commercial étasunien qui permet d'initier des enquêtes sur la politique étrangère adoptée par certains États que les États-Unis jugent contraire à leurs intérêts économiques. Cette enquête est menée par le USTR (United States Trade Representative), l'organisme du gouvernement étasunien chargé de la politique commerciale extérieure des États-Unis, ce qui maintient ouverte la possibilité de nouvelles taxes douanières et d'autres mesures de pression économique contre le Brésil.
Le silence de Lula sur l'agression du Venezuela
Lula n'a parlé ni du Venezuela ni de Cuba lors de la conférence de presse. Un point symptomatique. Tout en durcissant les moyens politico-militaires de l'action nord-américaine dans la région, Trump cherche à faire pression sur les gouvernements latino-américains et à transformer les formes de la domination impérialiste sur le continent. En s'appuyant sur des gouvernements de droite et d'extrême droite en Amérique latine, Trump renforce les mécanismes de coopération en matière de sécurité, de renseignement et de répression des étrangers tout en présentant les organisations criminelles et les cartels comme des « menaces terroristes ». Ce mouvement élargit l'espace juridique et politique qui lui permet de lancer des interventions, des blocus et des opérations militaires et de justifier une présence accrue des forces étasuniennes dans les Caraïbes et en Amérique du Sud.
Le Venezuela est devenu un cas emblématique de l'orientation impérialiste dans la région. La capture de Nicolás Maduro en janvier 2026, présentée par la Maison Blanche comme une opération contre le « narco-terrorisme », a marqué une nouvelle escalade interventionniste des États-Unis. La classification de groupes liés au narcotrafic (et même de certains secteurs de l'État vénézuélien) comme organisations terroristes a renforcé une logique de sécurisation hémisphérique au service d'une politique qui favorise les interventions militaires et le contrôle des ressources naturelles.
Lula a pris toutes les précautions pour ne pas irriter Trump, ce qui impliquait de ne prendre aucune mesure concernant le Venezuela. De fait, il a déjà déclaré que « le retour de Maduro et de Cilia n'est pas une préoccupation principale » mais qu'il fallait plutôt « améliorer la vie du peuple vénézuélien », une déclaration scandaleuse alors que le pays a été victime d'une intervention coloniale, menée à coup de bombardements et d'enlèvements.
L'offensive des États-Unis contre Caracas touche aussi la question des terres rares et des minerais stratégiques, puisque le pillage concerne non seulement du pétrole, mais aussi des minerais du bassin et de l'Arc minier de l'Orénoque, une région riche en coltan, cuivre, nickel et autres minerais utilisés par les industries militaires, le secteur de la technologie et celui de l'intelligence artificielle. Une politique de pression géopolitique et de réorganisation de l'influence nord-américaine sur l'Amérique latine dont les effets sur le Brésil ne peuvent que s'amplifier, du fait de la politique conciliante de Lula.
Une tentative de Trump de limiter l'influence chinoise
La rencontre a également été utilisée par Trump pour faire pression sur le Brésil et limiter l'approfondissement des relations du pays avec la Chine. La dépendance structurelle de l'économie brésilienne vis-à-vis de la Chine, en particulier dans l'agrobusiness, représente un problème pour Trump qui souhaite restaurer l'influence de Washington. Les exportations brésiliennes vers la Chine ont atteint un niveau record en 2025, totalisant 100 milliards de dollars, soit une croissance de 6 % par rapport à 2024, faisant de la Chine le principal partenaire commercial du Brésil. Avec les États-Unis, les échanges commerciaux n'ont représenté en 2025 que 37,7 milliards de dollars, soit une baisse de 6,6 % par rapport à 2024, la plus forte réduction en cinq ans.
Les investissements chinois au Brésil ont augmenté de 45 % l'an dernier par rapport à 2024, atteignant 6,1 milliards de dollars, soit le montant le plus élevé depuis 2017, selon l'enquête annuelle du Conseil entrepreneurial Brésil-Chine (CEBC). De la même manière, le Brésil a été la principale destination des investissements chinois à l'étranger en 2025, ce qui montre non seulement la présence croissante de la Chine dans l'économie brésilienne mais aussi l'intention de Pékin de faire du pays une « ligne rouge » face aux ambitions des États-Unis. À tel point que l'année culturelle Brésil-Chine a été inaugurée en 2026, dans le cadre d'un accord visant à consolider la coopération internationale entre les deux pays au-delà du commerce et de la politique.
Le capitalisme chinois en pleine ascension, qui agit avec la voracité d'une puissance qui veut s'approprier les ressources du monde, est lui aussi un facteur qui accroît la dépendance brésilienne envers le capital étranger. La soumission du Brésil, dans la « double dépendance » vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, est devenue le destin de « l'homme d'État » Lula.
Contre la conciliation, il faut une vraie politique anti-impérialiste
La politique de Trump, qui actualise des éléments historiques de la Doctrine Monroe dans de nouvelles conditions géopolitiques marquées par la rivalité avec la Chine, vise à offrir aux États-Unis un accès privilégié sur les chaînes de production et les ressources stratégiques brésiliennes, en particulier les terres rares et les minerais critiques essentiels à l'industrie militaire, à l'intelligence artificielle, aux semi-conducteurs et aux technologies de la transition énergétique. Dans ce processus, les bourgeoisies latino-américaines apparaissent profondément subordonnées à l'impérialisme, bien que de manière différente. D'un côté, des secteurs de l'extrême droite agissent ouvertement comme des larbins de Trump, défendant un alignement automatique, les privatisations et offrant sans restriction les ressources stratégiques de la région à Washington. D'un autre côté, des gouvernements et des fractions bourgeoises cherchent à préserver des marges (extrêmement limitées) de négociation entre les États-Unis et la Chine, en tentant d'utiliser la rivalité entre ces deux puissances pour accroître les investissements et leur capacité de négociation, sans rompre avec la condition dépendante et exportatrice des économies latino-américaines.
La rivalité autour des terres rares ne concerne pas seulement le commerce, mais aussi le contrôle des chaînes technologiques, de l'industrie militaire et des ressources stratégiques nécessaires à la réorganisation productive de l'économie des grandes puissances.
Lula tente de négocier afin de préserver une certaine marge d'autonomie diplomatique, mais sans rompre avec la logique exportatrice et dépendante de l'économie brésilienne. Face à son usure politique évidente, ses défaites, et à l'avancée de l'extrême droite nationale (expression des propres limites de sa politique de conciliation de classes), Lula cherche à se présenter à Washington comme un interlocuteur plus stable et efficace pour les intérêts du capital étranger au Brésil, qu'il s'agisse des États-Unis ou de la Chine.
Il est nécessaire de briser ce cycle de double dépendance. Il ne peut y avoir ni indépendance ni souveraineté nationale dans une politique de soumission envers Trump ou Xi Jinping.
Il est nécessaire de faire tomber le projet de loi sur les terres rares, qui bénéficie aux États-Unis et aux grandes compagnies minières et qui accélère la destruction environnementale, ainsi que de procéder à la nationalisation immédiate de la société minière Serra Verde et de l'ensemble du secteur stratégique des terres rares, sans indemnisation des grands groupes privés. Il faut que les travailleurs, en alliance avec les scientifiques, les peuples indigènes, les communautés affectées et le mouvement écologiste exercent le contrôle sur l'exploitation et la planification de ces biens communs. Il est nécessaire de revoir tous les accords commerciaux du pays, afin que les ressources nationales cessent de favoriser les grandes puissances et commencent à bénéficier à l'immense majorité de la population.
De plus, Lula tente d'entretenir de bonnes relations avec un impérialiste directement responsable, aux côtés de Netanyahu, du génocide en Palestine, de la destruction du Liban et de la guerre impérialiste contre le peuple iranien. Il est nécessaire de rompre avec la politique coloniale de l'État d'Israël et de mettre immédiatement fin aux livraisons de pétrole au camp génocidaire pour le rediriger vers Cuba, étranglé par les États-Unis. L'unification de l'Amérique latine contre l'impérialisme et les grandes puissances capitalistes ne peut venir que d'un programme d'indépendance de classe, qui ne peut être réalisé par la politique de Lula.