« J'ai senti qu'ils voulaient me tuer » : les nouvelles images de la violente interpellation de Zakariyya
Mon, 11 May 2026 15:51:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalJeudi dernier, Mediapart révélait sur son site les images de l'interpellation de Zakariyya le samedi 4 avril à Évin-Malmaison, près d'Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais. Sur ces images violentes, on voit le jeune homme de 23 ans faire plusieurs malaises, alors qu'il est cloué au sol par les policiers et rencontre de toute évidence des difficultés à respirer.

Les images de l'interpellation violente de Zakariyya le 4 avril dernier avaient déjà fait le tour des réseaux sociaux, pour ensuite faire l'objet de quelques reportages, notamment de la part de Street Press et du Bondy blog. Elles avaient aussi donné lieu à une proposition d'enquête parlementaire sur les crimes policiers par le député LFI Thomas Portes, qui a tenu une conférence de presse à ce sujet le jeudi 30 avril en présence de Zakariyya lui-même.. De nouvelles images qui montrent toute la brutalité de l'intervention policière ont été révélées par Mediapart la semaine dernière, à l'occasion de l'annonce dans le même temps de l'ouverture d'une enquête par le parquet de Béthune pour violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique.
Sur ces images extrêmement violentes, qui ne sont pas sans rappeler celles du meurtre de George Floyd en 2020 à Minneapolis, on voit et on entend clairement la détresse respiratoire du jeune homme âgé de 23 ans, alors qu'il est plaqué au sol et semble être victime d'une clef d'étranglement. Dans les mains de trois agents de la BAC, Zakariyya fait plusieurs malaises successifs.
Interrogée par Street Press, la famille Seddaoui dénonce cette extrême violence dont a été victime leur fils, et le véritable calvaire pour celui-ci et eux-mêmes ensuite. En effet, d'abord transféré aux urgences de Lens, Zakariyya est conduit en début de soirée au commissariat de la même ville. On lui énonce alors les chefs d'accusation qui pèsent contre lui : « rébellion », « refus d'obtempérer » et « conduite sans permis ». Finalement, il ne rentrera chez ses parents que le lendemain en fin de journée, sans que des poursuites ne soient engagées, mais surtout sans que ceux-ci aient eu de nouvelles de lui et sans qu'un seul document de sortie, pourtant preuve unique de sa détention, ne lui soit délivré.
Dès le 5 avril, Latifa Rondo, militante antiraciste et amie de la famille, crée le « Comité vérité et justice pour Zakariyya ». Une pétition, revendiquant elle aussi la vérité et la justice pour le jeune homme, tourne rapidement sur les réseaux sociaux. Finalement, le jeudi 16 avril, la famille Seddaoui porte plainte pour violences volontaires en réunion par personnes dépositaires de l'autorité publique et une cagnotte est mise en ligne pour l'aider à payer les frais de justice.
Sur des photos que Street Press a pu consulter, la violence de l'interpellation se mesure aux bleus laissés au cou et aux bras. Mais l'interpellation a également laissé des séquelles psychologiques : « Je suis traumatisé. J'ai senti qu'ils voulaient me tuer parce que j'étais d'origine arabe » explique au même média Zakariyya. Depuis suivi par un psychiatre, il poursuit : « Je sors juste pour acheter des cigarettes ou du pain. Je n'ai plus envie de rien faire, j'ai peur et j'ai du mal à me remettre de ce traumatisme. Je n'ai même pas le courage de chercher du travail. » Au Bondy Blog, il confie également : « Maintenant, j'ai peur de sortir, j'ai des flashs et j'ai du mal à dormir. J'ai perdu 6 kilos en 10 jours ».
Les séquelles psychologiques touchent également la famille de Zakariyya, témoin de toute la scène. De nouveau pour le Bondy Blog, Djellali, son père, déclare ainsi : « J'ai vu mon fils mourir sous mes yeux, personne ne devrait subir ça ; j'ai des flashs de son visage agonisant » avant de glisser qu'il s'est depuis vu prescrire des anxiolytiques par son médecin. Sofia, sa mère, dont l'état de santé déjà fragile s'est dégradé depuis l'événement, s'exprime en larmes : « Ce n'est pas juste mon fils qu'ils ont essayé de tuer ; ils m'ont tuée moi aussi ».
Face au racisme structurel de l'État et de ses forces de répression, il est urgent de poursuivre la lutte contre l'impunité policière. C'est uniquement en indépendance de l'appareil d'État, par notre mobilisation et dans nos luttes, que nous devons, tout à la fois, visibiliser la violence raciste et policière qu'ont subi Zakariyya et toutes les autres victimes, et créer un rapport de force contre ce harcèlement policier à l'égard des populations racisées. Il faut exiger la suppression des corps spéciaux (BAC, CSI, etc.) dont sont issus les policiers qui ont étranglé Zakariyya, mais aussi l'abrogation de toutes les lois sécuritaires et racistes qui continuent de donner toujours plus de pouvoirs et de libertés aux forces répressives de l'État.
Crédits photo : Capture d'écran vidéo Mediapart.