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Roumanie : l'extrême droite en embuscade après la chute du gouvernement pro-UE

Mon, 11 May 2026 16:32:54 CEST

Révolution Permanente

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Mardi 5 mai, lors d'une session du parlement roumain, la coalition au pouvoir dirigée par le Premier ministre Ilie Bolojan a perdu le vote d'une motion de censure conjointe déposée par l'extrême-droite et les sociaux-démocrates. Alors que la Roumanie se trouve dans une grave crise politique et budgétaire, l'extrême-droite se tient prête à capitaliser sur l'instabilité politique.

La crise politique en Roumanie dure depuis maintenant plusieurs mois. Depuis la fin de l'année 2024 et l'annulation controversée du premier tour de l'élection présidentielle qui ont vu l'outsider réactionnaire Călin Georgescu arriver en tête, c'est finalement Nicușor Dan, figure libérale et conservatrice, qui a été élu président de la Roumanie il y a presque un an.

Dès la prise de ses fonctions, Nicușor Dan a nommé Ilie Bolojan, ancien président par intérim, comme Premier ministre à la tête d'une coalition réunissant les principaux partis « pro-européens » et technocrates que sont le PSD, le PNL, l'USR et l'UDMR. La coalition ne s'est formée sur aucune autre base politique que la continuité des coupes budgétaires dans les services publics, ainsi que la continuité de l'alignement de la Roumanie sur les politiques de l'OTAN et de l'UE. La coalition est donc fragile dès le début, surtout qu'au parlement, le parti AUR est la deuxième force politique derrière le PSD.

Un gouvernement technocratique au service de l'austérité XXL et de la militarisation

La Roumanie est depuis l'année dernière plongée dans une grave crise économique. Le déficit budgétaire de l'État atteint quasiment les 8% du PIB fin 2025, ce qui vaut à la Roumanie d'être sous le coup d'une procédure européenne de déficit excessif. L'inflation quant à elle, continue de grimper et atteint les 8,3% en février 2026, le taux le plus haut de toute l'Union européenne.

Pour régler la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays, le gouvernement a décidé de mener une cure d'austérité brutale faisant payer la crise aux travailleurs et aux classes populaires. Parmi les mesures prises par le gouvernement Bolojan, on retrouve l'augmentation de la TVA qui passe de 19% à 23%, le gel des retraites et des salaires des fonctionnaires jusqu'en 2027 ou encore la réduction des fonds alloués aux bourses pour les étudiants. L'objectif du gouvernement est d'économiser 9,5 milliards de lei en 2025 et 35 milliards en 2026 en assainissant les dépenses publiques au détriment des secteurs de l'éducation et de la santé qui font partie des plus touchés par ces attaques néolibérales.

L'autre conséquence de la crise politique est la dépréciation du leu, la monnaie roumaine. Le taux de change du leu par rapport à l'euro a augmenté depuis le mois dernier, passant de 4,9 lei pour un euro à 5,12 lei pour un euro. L'inflation va donc continuer de grimper et encore plus baisser le pouvoir d'achat des travailleurs. A titre d'exemple, les loyers dans les grandes villes du pays se payent en euros. Par conséquent la dépréciation du leu contribue à faire augmenter les prix des loyers déjà très élevés dans certaines villes du pays comme Bucarest ou Cluj-Napoca.

Pendant que le gouvernement fait des économies sur le dos des travailleurs, la Roumanie se militarise à toute vitesse, poussée par les politiques guerrières des puissances impérialistes. Faisant partie de l'OTAN, le pays s'est engagé à consacrer 5% de son PIB aux dépenses militaires d'ici à 2035. La Roumanie va, par exemple, acheter à la France plusieurs missiles Mistral 3 qui vont lui coûter 700 millions d'euros, une somme conséquente pour un pays pourtant au bord de la récession. Avant cela en 2024, le Sénat a approuvé l'achat de 32 avions F-35 aux États-Unis pour la somme de 6 milliards de dollars.

Le cas de la Roumanie est donc une parfaite illustration des politiques des classes dominantes qui utilisent l'austérité et les coupes budgétaires afin de financer la militarisation du continent. Pour les puissances impérialistes, la militarisation en Roumanie est un objectif stratégique de par sa position géographique sur les bords de la mer Noire et de sa proximité avec l'Ukraine. L'Union européenne a donc tout intérêt à garder à la tête de la Roumanie un gouvernement de technocrates qui appliquera à la lettre ses politiques économiques austéritaires et la militarisation du pays.

Le 21 avril dernier, les membres du gouvernement faisant parti du PSD décident de claquer la porte de la coalition et démissionnent tour à tour. Le président du parti, Sorin Grindeanu, affirme que « s'aplatir dans un gouvernement tel qu'il est aujourd'hui est un piège politique mortel pour le PSD ». Le PSD a pourtant participé activement à la destruction des services publics roumains et à la dégradation générale des conditions de vie, que cela soit au sein du gouvernement Bolojan ou même durant ses années au pouvoir depuis les années 90. Ce revirement totalement opportuniste des sociaux-démocrates intervient alors que l'administration au pouvoir est très impopulaire, 79% des Roumains ont une mauvaise opinion du gouvernement Bolojan selon un sondage du mois de mars. Le PSD cherche donc une porte de sortie après avoir participé à ce gouvernement de coalition et n'hésite pas à s'allier avec le parti d'extrême-droite AUR, qui compte bien capitaliser sur la crise politique pour émerger en tant qu'alternative aux partis traditionnels

L'extrême-droite veut capitaliser sur la crise

Pour George Simion et son parti, cette crise politique est l'occasion de prendre leur revanche. Lors du dernier scrutin présidentiel, George Simion est arrivé en tête du premier tour avec 40% des voix, devançant Nicușor Dan de 20 points. Finalement, le candidat d'extrême-droite n'a pas remporté le second tour dû à un phénomène de vote utile en faveur de son concurrent libéral, alimenté par la peur de l'arrivée d'une figure aussi réactionnaire que Simion au pouvoir.

Malgré cette défaite, le parti reste la deuxième force politique au parlement roumain derrière le PSD, alors qu'en 2020, le parti était arrivé quatrième des élections législatives avec un peu moins de 10% (et 18% en 2024). En plus de ses résultats électoraux, le parti d'extrême-droite a le vent en poupe dans les sondages depuis le début de la crise politique, le plaçant loin devant le PSD avec 37% des intentions de vote.

Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Bolojan, AUR a adopté une rhétorique faussement sociale et anti-austérité. La réalité est que derrière le discours de AUR se cache un discours réactionnaire, anti-immigration et qui défend les intérêts de secteur petits et moyens de la bourgeoisie roumaine au détriment de ceux de la classe ouvrière. George Simion est favorable à l'austérité, mais seulement si elle bénéficie majoritairement à la bourgeoisie roumaine plutôt qu'à l'Union européenne.

La colère générale provoquée par la situation économique et la dégradation des conditions de vie des travailleurs, sur laquelle tente de capitaliser l'extrême-droite, s'exprime également dans la rue. Plusieurs grèves ont été lancées en septembre depuis l'annonce des réformes austéritaires du gouvernement principalement dans l'éducation, la santé, la métallurgie et dans les universités. Ces mouvements de grève n'ont malheureusement pas su instaurer un rapport de force conséquent pour affronter le gouvernement car ils ne se sont pas inscrits dans la durée, mais ce réveil timide du mouvement syndical en Roumanie montre que des possibilités de mobilisation restent d'actualité et que de nouvelles grèves peuvent se produire.

La situation politique actuelle en Roumanie démontre bien la faillite du modèle néolibéral et comment les partis bourgeois pavent la voie à l'extrême droite. Elle montre la dangereuse montée des idées réactionnaires, mais elle produit également des phénomènes de lutte de classe contre l'austérité et dans la jeunesse, l'émergence d'un mouvement antimilitariste. Il est urgent de montrer qu'une autre voie est possible avec la construction d'une organisation des travailleurs et de la jeunesse contre l'impérialisme, contre l'austérité et pour une société débarrassée de toutes les oppressions et l'exploitation. Une telle organisation de classe et révolutionnaire est fondamentale à l'heure où le pays est en proie aux ambitions réactionnaires et à l'ingérence des puissances impérialistes de l'OTAN d'une part, et de puissances tout autant réactionnaires comme la Russie, de l'autre.

Capture d'écran : Observator News

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