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Allemagne : 45 000 jeunes en grève contre le service militaire malgré la répression

Mon, 11 May 2026 22:15:47 CEST

Révolution Permanente

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Ce vendredi 8 mai, plus de 45 000 jeunes ont participé à une nouvelle journée de « Schulstreik » dans plus de 100 villes allemandes contre le service militaire et la militarisation. Malgré les intimidations, les arrestations et les violences policières, la mobilisation confirme le rôle moteur de la jeunesse face au tournant militariste de l'État allemand.

À Berlin, plusieurs milliers de jeunes ont manifesté du Brandenburger Tor aux quartiers centraux de la capitale. À Munich, Dortmund, Leipzig, Cologne, Münster ou encore Hambourg, des milliers de collégiens et lycéens ont quitté les cours pour participer à cette troisième journée nationale de grève scolaire contre le service militaire, après celles du 5 décembre et du 5 mars derniers. Dans les cortèges, les slogans « Les riches veulent la guerre, les jeunes un avenir » ou encore « jamais, jamais, plus jamais le service militaire » ont rythmé les manifestations.

Mais cette nouvelle journée de mobilisation a aussi été marquée par une importante répression policière. À Berlin, plusieurs jeunes ont été arrêtés pour des slogans hostiles au chancelier Friedrich Merz, tandis qu'à Munich la police a violemment chargé des manifestants venus empêcher une interpellation. Plusieurs témoignages font également état de contrôles policiers aux abords des établissements scolaires, d'intimidations contre les organisateurs et même de prises de contact du Verfassungsschutz (les services de renseignement intérieur allemands) auprès de jeunes mobilisés. Le jour qui commémore la défaite du nazisme voit ainsi une nouvelle génération manifester contre le retour du militarisme allemand.

Derrière le retour du service militaire, c'est en effet toute la transformation de l'impérialisme allemand qui se joue. Depuis plusieurs mois, le gouvernement Merz accélère brutalement le réarmement du pays. La nouvelle « Conception générale de la défense militaire » publiée par le ministre de la Défense Boris Pistorius fixe un objectif assumé : faire de la Bundeswehr « la première armée conventionnelle d'Europe ». D'ici 2035, les effectifs doivent atteindre 460 000 militaires, dont 200 000 réservistes, tandis que les dépenses militaires explosent.

La réintroduction du service militaire constitue une pièce centrale de ce projet. Depuis janvier 2026, tous les jeunes hommes allemands doivent remplir un questionnaire obligatoire de la Bundeswehr et se soumettre à des examens médicaux. Officiellement « volontaire », le dispositif prépare en réalité un retour progressif à la conscription obligatoire si les objectifs de recrutement ne sont pas atteints. Dans le même temps, une nouvelle disposition permet désormais à l'armée d'interdire aux hommes en âge de porter les armes de séjourner plus de trois mois à l'étranger sans autorisation préalable de la Bundeswehr.

Ces mesures témoignent d'un tournant historique. En effet, pendant la guerre froide, la Bundeswehr était avant tout pensée comme une armée de défense intégrée au dispositif de l'OTAN, destinée à absorber un éventuel choc militaire soviétique sur le territoire allemand. Aujourd'hui, l'impérialisme allemand assume au contraire des ambitions interventionnistes et expéditionnaires croissantes, dans un contexte de réarmement généralisé des puissances européennes et de crise de l'hégémonie américaine. Berlin veut désormais être capable de projeter des forces à l'extérieur de ses frontières, de sécuriser ses zones d'influence économiques et de rivaliser avec l'armée française pour le leadership militaire européen.

Comme partout en Europe, cette militarisation extérieure s'accompagne d'un durcissement autoritaire intérieur. Et un État qui prépare la guerre doit discipliner sa jeunesse.

Cette évolution accompagne plus largement une offensive sociale brutale. Les centaines de milliards injectés dans le réarmement seront financés par des attaques contre les travailleurs, les services publics et la jeunesse. En Allemagne, le gouvernement multiplie déjà les offensives contre les arrêts maladie, tandis que les écoles et les hôpitaux restent frappés par des années d'austérité. Lors de la mobilisation du 8 mai, des travailleuses des hôpitaux Vivantes de Berlin sont d'ailleurs venues manifester en solidarité avec les lycéens, dénonçant les coupes budgétaires imposées à la santé pendant que les dépenses militaires explosent.

Le mouvement des Schulstreik reste encore traversé de nombreuses contradictions. Les journées de mobilisation demeurent espacées, l'auto-organisation reste limitée et la politisation est très inégale. Beaucoup de jeunes mobilisés expriment avant tout un refus individuel du service militaire plus qu'un antimilitarisme conscient et structuré. Mais ces limites ne doivent pas masquer l'essentiel : une partie de la jeunesse allemande fait aujourd'hui l'expérience directe du caractère autoritaire de la militarisation et commence à remettre en cause plus largement les logiques de guerre et les intérêts qu'elles servent.

Cette dynamique trouve déjà des échos ailleurs en Europe. En France aussi, le gouvernement accélère le réarmement et la militarisation de la société. L'exercice militaire Orion 2026, le plus vaste depuis la fin de la guerre froide, a mis en scène des opérations de guerre de haute intensité sur l'ensemble du territoire, tandis que les budgets militaires continuent d'exploser malgré l'austérité imposée aux services publics.

Mais face à cette accélération militariste, la jeunesse ne reste pas passive. À Marseille et au Mans, des débuts de mobilisation ont également émergé contre l'austérité et la militarisation, dans la continuité des grèves scolaires en Allemagne. À Saint-Nazaire et à Indret, des mobilisations contre Naval Group et contre la construction du futur porte-avions « France Libre » ont récemment réuni des centaines de personnes derrière le mot d'ordre « Guerre à la guerre ».

Des premiers liens commencent ainsi à apparaître entre différentes luttes contre le militarisme en Europe. Ces initiatives, encore dispersées, témoignent néanmoins d'un refus grandissant de voir la jeunesse transformée en chair à canon pour les guerres à venir. Elles dessinent, malgré leurs limites actuelles, les premiers contours d'une opposition européenne à la course à la guerre.

Face à des gouvernements qui veulent préparer la jeunesse à mourir pour les intérêts de leurs bourgeoisies respectives, il est urgent de construire une réponse internationaliste, anti-impérialiste et tournée vers les travailleurs. C'est dans cette perspective que le Poing Levé organisera des rencontres anti-impérialistes et anti-militaristes le 15 et 16 mai à Marseille, le 23 mai à Bordeaux et à Toulouse, et le 30 mai à Paris afin de discuter des moyens de construire un mouvement contre la guerre, la militarisation et l'austérité partout en Europe.

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