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Bienvenue en France 2.0 : face au passage en force, le mouvement étudiant doit réagir !

Sat, 09 May 2026 18:26:43 CEST

Révolution Permanente

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Le gouvernement cherche à augmenter les frais d'inscription des étudiants étrangers extracommunautaires, sans débat. Alors que le décret sera discuté le 12 mai par le CNESER, le mouvement étudiant doit prendre la mesure de cette offensive raciste, qui fait office de test pour augmenter les frais d'inscription pour tous.

Le 20 avril, le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a annoncé que 90% des étudiant·es étranger·ères extracommunautaires allaient désormais devoir payer des frais d'inscription différenciés, s'élevant à 2.895€ en licence et 3.941€ en master. Par cette annonce, il cherche à appliquer à l'échelle nationale la loi « Bienvenue en France » de 2018, qui n'avait été mise en place que dans un nombre restreint d'établissements. En cette fin d'année universitaire, le gouvernement procède à une attaque brutale, qui vise à empêcher de facto l'accès à l'université pour la majorité des étudiant·es étranger·ères. Pour ce faire, il décide de passer en force, avec une méthode qui indique la détermination du ministre de l'ESR, Philippe Baptiste, pour avancer plus rapidement vers université sélective, soumise aux besoins du patronat et fermée aux étudiant·es précaires.

Une mesure raciste imposée par un passage en force

Sur les 70 universités françaises, seules 10 appliquaient à la rentrée 2025 le dispositif « Bienvenue en France » et ses droits différenciés pour les étudiants étrangers. Désormais, Philippe Baptiste veut l'imposer à toutes, comme il l'explique dans les colonnes du Parisien : « Nous revenons aux principes fondamentaux et à la loi qui a été un peu contournée ces dernières années. La règle, ce sont les droits différenciés, et l'exception c'est l'exonération ».

Le gouvernement compte passer cette mesure par décret pour réformer « les possibilités d'exonération à la main des établissements, en supprimant celles qui étaient d'ordre général ou catégoriel pour ne conserver que celles fondées sur la situation personnelle de l'étudiant ». Il cherche donc à contraindre les directions d'université, au mépris du principe d' « autonomie », pourtant invoqué ces dernières années pour justifier les attaques renforçant la sélection et la privatisation.

Le décret fixe également un plafond à 10% maximum d'exonération pour les « Français et assimilés », ainsi que pour les étudiants extracommunautaires, « une fois déduit les étudiants boursiers ou accueillis au titre d'un accord de coopération ». Les critères d'exonération sont dont réduits et encadrés pour que l'accueil d'étudiants étrangers serve avant tout à entretenir l'influence et le soft power des universités françaises. Pour exemple, dans le cadre d'un « accord de coopération » entre deux universités, il sera possible d'exonérer les étudiant·es uniquement si l'accord est réciproque, ce qui n'était pas le cas auparavant. Une manière de rentabiliser financièrement au maximum les échanges et partenariats entre universités.

Pour accélérer l'application de cette mesure raciste, le gouvernement ne s'embarrasse pas avec une mise en scène de dialogue social. Le texte doit être discuté au CNESER (Conseil National de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche), instance uniquement consultative présidée par la ministre de l'ESR lui-même, et composée par ailleurs à moitié de « représentant·es des Grands Intérêts de la Nation ». Alors que la mesure devait être présentée le mardi 5 mai, les organisations syndicales et étudiantes ont boycotté massivement le conseil, entrainant le report de la discussion et du vote à mardi 12 mai. Il est alors probable que le CNESER rejette le texte mais, le vote étant consultatif, cela ne devrait pas retenir le gouvernement pour imposer ce « Bienvenue en France 2.0 », sans même passer par le Parlement ni les présidences d'université.

Un gouvernement déterminé à accélérer la casse de l'université

Pour le gouvernement, il s'agit d'un test, pour voir s'il arrive à discipliner le mouvement étudiant en faisant passer cette attaque. En effet, alors que les étudiants révisent leurs partiels, voire ont déjà quitté les campus, le ministre tente de revenir sur une concession obtenue de facto suite aux mobilisations massives du printemps 2018. Alors que des dizaines de milliers de jeunes étaient sorti·es manifester et avaient bloqué leurs facs et leurs lycées contre Parcoursup, la loi ORE et « Bienvenue en France », ces mesures avaient malgré tout étaient votées. Mais « Bienvenue en France » n'avait été que marginalement appliquée à l'échelle nationale, comme conséquence de la forte mobilisation et de la réticence des directions d'université à la mettre en place.

Sans dénoncer le caractère raciste de cette mesure, ces dernières craignent en effet qu'elle menace leur « attractivité ». Car pour plusieurs universités, notamment les moins compétitives sur le plan international, l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers peut être contre-productive, et limiter l'arrivée d'étudiant·es qui contribuent au « rayonnement » de leur établissement. Elles sont également mécontentes d'une mesure qui passe en force, sans consultation de leur part. Dans un communiqué de France Universités, elles dénoncent en effet « un nouveau coup porté à l'autonomie des universités » et estiment que « France Universités s'oppose à la réduction particulièrement marquée et brutale des marges de manœuvre qui existaient jusqu'alors dans chaque établissement ».

Les présidences d'université, qui répriment les mouvements et finissent toujours par appliquer les directives de l'État, ne peuvent en aucun cas être des alliées dans une mobilisation contre « Bienvenue en France ». Mais le choix du gouvernement de passer outre les corps intermédiaires exprime surtout sa radicalité. Ces derniers mois, le gouvernement avait retardé ces grands projets de réformes pour privatiser l'université, et avait surtout utilisé l'arme de l'austérité, pour laisser les présidences mettre en place des attaques au cas par cas. Ainsi, l'austérité et la faillite des établissements a conduit les universités à renforcer leur lien avec des grandes entreprises, à fermer les filières moins « rentables », à augmenter la sélection, mais aussi à appliquer volontairement « Bienvenue en France », comme l'ont décidé cette année Aix-Marseille, Lyon 2 et Paris 1.

Mais cette dynamique progressive était visiblement trop lente pour le gouvernement, qui préfère utiliser la méthode forte, et faire passer le texte par décret pour l'imposer nationalement. Un signe de la détermination des classes dominantes, qui, dans un contexte de concurrence internationale, de guerres et de crises, ne veulent plus attendre pour transformer l'université et imposer un autre modèle.

Un test avant d'augmenter les frais d'inscriptions pour toutes et tous

Avec cette mesure, le gouvernement fait le choix de revenir sur le principe historique d'accès à l'université à bas coût pour tous les étudiant·es, même étranger·ères. Dans son projet pour concurrencer les puissances internationales, il en faut moins, mais les meilleurs, qui répondront de la manière la plus affutée possible aux besoins du patronat. Fermer la fac aux étudiant·es étranger·ères les plus précaires implique aussi des fermetures de formations, de filières, et va dans le sens du projet d'université que souhaitent les classes dominantes.

Cette offensive s'inscrit évidemment dans la politique des gouvernements successifs qui n'ont cessé de multiplier les mesures racistes et austéritaires afin de fermer l'université aux enfants d'immigré·es et aux étudiant·es étranger·ères. Mais elle marque un tournant et préfigure une offensive plus large sur les frais d'inscription pour toutes et tous. C'est ce que recommande un rapport ministériel publié en octobre 2025, que le gouvernement réfléchirait à faire appliquer. Le grand patronat fait pression en ce sens, par la voix du responsable du pôle « Compétences, formation et jeunesse » du Medef, Olivier Faron, qui a déclaré dans l'Opinion : « Une hausse raisonnable des frais d'inscription est nécessaire pour tous les étudiants ».

Le mouvement étudiant et lycéen doit faire reculer les plans racistes du gouvernement

Le mouvement étudiant et lycéen ne peut pas laisser passer une telle attaque, qui représente d'autant plus la perte d'une concession obtenue par les mobilisations de 2018. Alors que cette offensive raciste signifie la fermeture de l'université aux étudiant·es étrangers, et qu'elle ouvre la voie à une hausse des frais d'inscription généralisée, nous devons prendre conscience de l'ampleur de l'attaque.

De plus, empêcher la hausse des frais d'inscription implique de retenir les leçons des précédentes mobilisations, qui ont souvent débuté avec l'illusion que les présidences sont nos alliées contre la casse de l'université publique. En réalité, elles appliquent sagement les plans budgétaires du gouvernement, et elles n'hésitent pas à augmenter les frais d'inscription quand elles en ont besoin. La politique de la présidence de Paris 1 pour faire passer « Bienvenue en France » contre l'avis des étudiant·es et enseignant·es l'a bien montré : après les avoir intimidés en faisant intervenir la police, elle a organisé un conseil d'administration en distanciel pour être certaine de pouvoir faire passer sa réforme.

Nous devons renouer avec les acquis et l'énergie des précédentes mobilisations. La création à Paris 1 d'un comité de lutte pour les étudiant·es étranger·ères, avec un front unique des organisations étudiantes et professionnelles de l'université, doit nous inspirer dans la manière de mener le combat. À l'appel de l'intersyndicale ESR, une manifestation aura lieu le mardi 12 mai Place Jussieu, jour de la discussion du décret par le CNESER. Les organisations étudiantes appellent à se mobiliser ce jour-là, sur nos facs et dans la rue. Cette date doit représenter un point d'appui pour la construction d'une mobilisation plus large, à l'échelle nationale.

C'est par l'auto-organisation et la construction d'un mouvement étudiant national, uni avec les personnels et les travailleurs en lutte contre Macron, que nous pouvons affronter le plan de la bourgeoisie pour l'université. En ce sens nous exigeons :

  • L'abrogation de la loi raciste « Bienvenue en France », et de ParcoursSup et MonMaster.
  • La fin des partenariats avec des multinationales et leur participation aux conseils universitaires, notamment celles de l'armement qui soutiennent le génocide à Gaza et la militarisation.
  • Une université ouverte à toutes et tous, avec un salaire étudiant à hauteur du SMIC financé par un impôt sur les grandes fortunes, et une fac organisée pour répondre aux besoins de la société en lien avec les travailleurs.
  • Crédits photo : Compte X de @PhBaptiste.

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