En pleine austérité, le CHU de Toulouse forme des astronautes aux soins d'urgence dans l'espace
Fri, 08 May 2026 12:15:33 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFin février, le CHU de Toulouse est devenu le premier hôpital à former les astronautes de l'Agence spatiale européenne (ESA) aux soins d'urgence adaptés aux missions spatiales. Dans une séquence d'austérité brutale envers l'hôpital public, la priorité de cette formation interroge.

Fin février, le CHU de Toulouse est devenu l'unique établissement hospitalier universitaire en Europe à proposer une formation en soins d'urgence adaptée spécifiquement aux missions spatiales pour les astronautes de l'Agence Spatiale Européenne (ESA). « Ce programme unique vise à renforcer l'autonomie médicale des équipages dans des environnements extrêmes où la prise en charge de l'urgence est très contrainte », détaille le CHU. Au programme : des gestes médicaux concrets, tels que la réanimation cardio-pulmonaire, l'intubation ou encore la prise en charge de traumatismes graves... des compétences stratégiques à l'heure où l'exploration spatiale se projette vers des missions de longue durée, notamment en orbite lointaine ou vers la Lune.
En effet, dans le cadre de l'ESA, la France participe au programme Artemis, un programme spatial dont l'objectif vise à implanter une base spatiale permanente autour de la Lune, conduit par la NASA et en collaboration avec des entreprises privées comme Space X, propriété du multimilliardaire et ex-bras droit de Trump, Elon Musk. Le seul programme spatial de cette envergure ayant déjà vu le jour était le programme Apollo (1961-1972), lancé par les Etats-Unis dans un contexte de compétition pour l'exploration spatiale face à l'URSS, en pleine guerre froide.
Toulouse, ville de l'aérospatial civil et militaire
Si le CHU de Toulouse a été désigné pour cette expérience, ce n'est pas le fruit du hasard : le « meilleur hôpital de France », outre la diversité de son offre de soin, est situé au cœur de la « capitale française de l'aérospatial ». Fleuron historique, l'Occitanie revendique la première position française et européenne dans cette industrie, en concentrant à elle seule 40 % des effectifs français et un tiers des emplois européens du spatial. Toulouse, avec l'implantation du CNES (Centre National d'Etudes Spatiales), de Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space, constitue un pôle de centres industriels et de recherche majeurs jouant un rôle clé dans le développement de l'industrie aérospatiale française, aussi bien dans le domaine civil que militaire.
Ainsi, le CHU profite de sa proximité avec le CNES, qui travaille étroitement avec l'ESA, mais également de l'Institut de Médecine et de Physiologie Spatiale (Medes), « créé il y a plus de 35 ans par le CNES et le CHU de Toulouse pour favoriser ces synergies entre spatial et santé ». Dans le cadre du projet Artemis, l'ESA français participe à la mission au niveau financier, technologique et industriel, notamment via Thales, très impliqué dans la construction de deux modules de la future station spatiale.
Symbole de l'importance stratégique de l'aérospatial dans la ville rose, Emmanuel Macron était présent l'année dernière à Toulouse pour l'inauguration du Commandement de l'Espace, une base spatiale militaire en étroit lien avec un Centre d'Excellence Spatiale de l'OTAN et le CNES. Une nouvelle étape visant à renforcer le complexe militaro-industriel dans une ville centrale pour l'impérialisme français et ses alliés européens.
Des moyens pour la santé, pris sur l'argent du grand patronat de l'aérospatial
Si l'on peut saluer la prouesse médicale du CHU de Toulouse de rendre autonomes des astronautes en orbite lointaine, la mise en place de ce programme interroge à plusieurs égards.
Et pour cause : à Toulouse, il y a de l'argent lorsqu'il s'agit de former des astronautes à soigner dans l'espace, mais pour le reste, les urgences restent partiellement fermées, les centres de santé communautaires sont menacés de mettre la clé sous la porte et une épidémie aussi banale que la grippe peut mettre en péril le fonctionnement de l'hôpital, le tout faute de moyens, suite au vote du budget austéritaire par le gouvernement, avec la complicité du Parti socialiste. Dès lors, il y a urgence à redescendre un instant sur terre.
D'autre part, à l'heure où le gouvernement veut faire de Toulouse la capitale de la militarisation, en développant l'industrie aéronautique et spatiale pour la guerre, avec la bénédiction du patronat qui voit dans ce tournant une nouvelle manne financière sur le dos des travailleurs, et du maire réélu, Jean-Luc Moudenc (divers droite), qui projette de « soutenir la défense spatiale », la formation d'astronautes n'est pas anodine et interroge sur son objectif réel.
Aujourd'hui, si les avancées médicales et technologiques nous permettent d'apprendre à des astronautes à prendre en charge des situations médicales urgentes dans l'espace, il est regrettable qu'elles soient mises au profit de fantasmes impérialistes et ne servent qu'à enrichir le patronat de l'aérospatial, impliqué dans les pires atrocités telles que le génocide à Gaza ou encore les rafles de migrants commises par l'ICE.
Dans l'aérospatial comme dans la santé, il faut exiger dès à présent que l'argent du grand patronat de l'aérospatial serve pour répondre aux réels besoins de la population et soit investi massivement dans la santé, sous contrôle des travailleuses et des travailleurs.
Comme l'expliquait Vanessa Pedinotti, travailleuse de l'aérospatial et ex-candidate aux élections municipales de Toulouse pour Révolution Permanente : « On doit refuser que notre travail et nos connaissances servent à la guerre et aux génocides. Ils devraient servir à améliorer les conditions de vie de l'ensemble de la population, pas aux intérêts de l'armée et du grand patronat de l'aéro ».
Photo : Facebook CHU Toulouse