Airbus. Face à la grève spontanée, les syndicats pro-patronaux militent contre la mobilisation
Fri, 08 May 2026 17:04:48 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDevant la colère exprimée à Airbus, FO, CFTC et CFE-CGC, se sont mobilisés sur les différents lieux de débrayage pour tenter de briser la mobilisation tout en appelant à la « stabilité sociale ».

Des centaines de travailleurs d'Airbus ont débrayé de façon spontanée contre la baisse de la prime de participation à partir de la nuit de mercredi à jeudi. Face à cette mobilisation large et imprévisible, les syndicats FO, CFE-CGC et CFTC, qui forment un bloc majoritaire à Airbus, se sont empressés de jouer leur rôle de syndicats pro-patronaux.
Un communiqué publié dans la journée de jeudi affirme que « les organisations syndicales FO, CFE-CGC et CFTC ne s'associent pas aux mouvements de grève annoncés dans certains Établissements du Groupe ». Cela a le mérite d'être clair : les trois syndicats se positionnent contre la grève. Sur le terrain, ils sont allés jusqu'à militer directement contre la grève. Comme le raconte Pierre de la CGT Airbus dans nos colonnes, à Toulouse, « une armée de délégués syndicaux FO s'est déployée sur les différents lieux de débrayage pour expliquer aux grévistes qu'il fallait reprendre le travail ».
Bien obligés de reconnaître les raisons de la colère, les syndicats pro-patronaux ont joué à fond la carte du « dialogue social » pour temporiser. Ainsi, ils ont expliqué à tous les grévistes qu'il fallait arrêter la grève, car les syndicats allaient négocier avec la direction, mardi 12 mai, une nouvelle prime PPV (prime de partage de la valeur). Pourtant, ce sont bien les débrayages des travailleurs qui ouvrent un rapport de force nécessaire pour arracher de meilleures primes et conditions salariales. Arrêter la grève, c'est justement affaiblir la capacité des travailleurs à arracher leurs revendications et jouer le jeu de la direction.
Ainsi se révèle le véritable rôle de ces syndicats qui prétendent défendre les travailleurs. Loin de les défendre, FO, CFTC et CFE-CGC sont au service de la direction. Plutôt que de chercher à développer les mobilisations pour que les travailleurs améliorent leur rapport de force, les syndicats pro-patronaux cherchent systématiquement à canaliser la colère et à éviter que les travailleurs ne prennent confiance dans leur propre force. Comme ils l'affirment dans leur communiqué, « Airbus a et aura toujours besoin de stabilité sociale ». Ces syndicats se posent en garants de la « stabilité sociale » et jouent le rôle d'une véritable police politique au sein de l'entreprise.
C'est loin d'être une nouveauté. Déjà en septembre 2025, le syndicat Force Ouvrière militait contre l'appel à la grève du 10 septembre. Dominique Delbouis, le coordinateur de FO Airbus Groupe, dénonçait ceux qui appelaient à la grève le 10 septembre comme ceux qui veulent « organiser le chaos ». La semaine suivante, tout en appelant à la mobilisation le 18 septembre, le syndicat a pris soin de limiter son appel à seulement deux heures de grève : il ne fallait pas trop perturber la production. Le même mécanisme s'est reproduit pendant la grande lutte contre la réforme des retraites en 2023. Alors que des millions de personnes se mobilisaient dans le pays, FO appelait à seulement 21 minutes de grève lors des grandes journées de la réforme des retraites.
Ces premiers débrayages ont effrayé la direction et les syndicats pro-patronaux, qui ont mis toute leur énergie à canaliser la colère des grévistes en renvoyant aux négociations de mardi. Mais il ne faut pas s'arrêter là. La force des grévistes, qui s'est exprimée de façon spontanée, doit se structurer pour amplifier la mobilisation et arracher des revendications offensives telles que l'augmentation des salaires de 400 euros pour tous et toutes, ainsi que l'indexation des salaires sur l'inflation.
Airbus réalise des bénéfices record grâce au travail acharné des salariés, tandis que les prix des carburants explosent. Les travailleurs ont d'autant plus raison de se battre et de revendiquer des rémunérations dignes. Mais pour cela, il faut chercher à amplifier la mobilisation en n'ayant aucune illusion dans la direction et ses syndicats pro-patronaux.