« Emploi futur » : le nouveau plan du gouvernement pour exploiter toujours plus les jeunes
Fri, 08 May 2026 12:48:00 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe Ministre du travail a annoncé ce jeudi un nouveau plan pour accélérer la mise au travail des jeunes. Sans moyens, dans un contexte d'austérité et alors que les morts au travail se multiplient, « Emploi futur » confirme surtout la volonté de soumettre toujours davantage l'école et la jeunesse aux besoins du patronat.

Le gouvernement a présenté ce jeudi 7 mai son plan « Emploi futur » interministériel, dont le sous-titre est clair : « Mieux orienter, rapprocher de l'entreprise, anticiper les ruptures ». Un plan en quinze mesures, dont l'objectif est « d'améliorer le taux d'emploi des jeunes de 15 à 24 ans de cinq points d'ici à 2030, [et] d'atteindre un taux d'emploi de 40% d'ici à trois ans. », comme l'explique le Ministre du travail et des solidarités Jean-Pierre Farandou dans une interview à Ouest France.
Mais derrière les annonces et les éléments de langage sur « l'avenir » de la jeunesse, ce plan semble surtout prolonger une volonté d'adaptation des jeunes aux besoins immédiats du patronat, dans un contexte d'austérité assumée. Ce plan défend une vision très claire de l'école et de l'enseignement supérieur : les études ne sont pas pensées comme un lieu d'émancipation ou de formation intellectuelle, mais comme un simple outil d'adaptation aux besoins du marché.
Parmi les mesures annoncées figurent la création d'un « InserScore » pour évaluer les formations selon plusieurs critères : leur capacité à insérer rapidement les jeunes sur le marché du travail, le développement des formations courtes et professionnalisantes ou encore leur capacité à adapter directement l'offre de formation aux besoins des « secteurs stratégiques ». L'objectif est clairement d'organiser l'enseignement et l'orientation des jeunes en fonction des besoins immédiats du patronat et des secteurs en tension. « Notre boussole, c'est le taux d'insertion et l'efficience. », affirme le ministre à Ouest France.
Le plan insiste également sur la nécessité de « rapprocher les jeunes de l'entreprise ». Cela passe par la généralisation des expériences en entreprise dans les dispositifs d'insertion, le développement du mentorat ou encore le renforcement des parcours dits « individualisés et intensifs » pour les jeunes les plus précaires. Là encore, derrière les discours sur « l'accompagnement », le gouvernement développe surtout des mécanismes de mise au travail accélérée et d'encadrement de la jeunesse. Les dispositifs comme l'EPIDE (Établissement pour l'Insertion dans l'emploi, destiné aux bacheliers en difficulté d'insertion professionnelle), déjà présents dans le plan, reposent d'ailleurs sur une logique quasi-militaire de discipline et de contrôle social des jeunes issus des classes populaires.
Ce plan intervient dans un contexte de violence sociale et d'austérité particulièrement grave. Ces dernières semaines, plusieurs jeunes travailleurs sont morts au travail. Le 17 avril, un lycéen de 15 ans est décédé sur un chantier pendant un stage d'observation. Quelques jours auparavant, un intérimaire de 22 ans mourait dans une usine Lustucru en nettoyant une machine industrielle. Face à ces drames, la réponse du gouvernement apparaît dérisoire. Guides de prévention, campagnes de sensibilisation… mais rien sur les conditions de travail, rien sur la précarité, rien sur les logiques de sous-traitance et d'exploitation qui exposent particulièrement les jeunes travailleurs et travailleuses.
Au moment même où le gouvernement prétend vouloir protéger les jeunes, il multiplie les dispositifs visant à les envoyer toujours plus tôt vers des emplois précaires, des stages et des contrats flexibles. Le patronat pousse déjà plus loin encore : le Medef évoquait récemment la création d'un « CDI jeunes » qui rappelait fortement le CPE enterré après la mobilisation de 2006. Et pour ceux qui ne trouveraient pas leur place dans ce marché du travail toujours plus brutal, la seule perspective proposée semble être celle de l'armée. En résumé, « Emploi futur » ne dessine pas un avenir pour la jeunesse : il organise surtout son adaptation à un marché du travail toujours plus violent. Une perspective face à laquelle il faut préparer la riposte.