Offensive raciste : l'Assemblée valide l'allongement de durée de rétention en CRA à 210 jours
Fri, 08 May 2026 19:50:52 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAvec le vote de la loi Rodwell à l'Assemblée nationale ce 5 mai, la rétention en CRA pourra désormais durer jusqu'à 210 jours pour certains étrangers sous OQTF. Un nouveau pas dans la fuite en avant raciste et sécuritaire du gouvernement, entre enfermement de masse et renforcement de l'arsenal répressif.

L'Assemblée nationale a adopté ce mardi 5 mai la proposition de loi portée par le député macroniste Charles Rodwell visant à étendre jusqu'à 210 jours la durée maximale de rétention en centre de rétention administrative (CRA) pour les étrangers sous OQTF. Soutenu par le gouvernement et voté par une large alliance allant du bloc présidentiel jusqu'au Rassemblement national, le texte constitue une nouvelle étape dans la fuite en avant raciste et sécuritaire de la macronie. Derrière le discours hypocrite de la « protection des Français », cette loi organise un durcissement brutal de l'arsenal répressif contre les étrangers et ouvre de nouvelles possibilités d'enfermement administratif et psychiatrique.
Le texte voté ce mardi prévoit l'allongement de la durée maximale de rétention de 90 à 210 jours pour les étrangers considérés comme « dangereux ». Les députés ont rétabli dans le texte final une disposition qui avait pourtant été supprimée par un amendement de la gauche durant les discussions : pourront désormais être enfermées jusqu'à sept mois les personnes visées par une mesure d'éloignement, condamnées à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes et considérées comme une menace « réelle, actuelle et d'une particulière gravité » pour l'ordre public. Une formulation volontairement floue qui laisse à l'administration un pouvoir arbitraire immense. Derrière cette notion de « menace à l'ordre public », l'État pourra continuer de cibler des sans-papiers pour des faits mineurs, des gardes à vue sans suite, des infractions administratives ou simplement pour avoir utilisé de faux papiers afin de travailler et survivre.
Cette adoption marque le retour d'une mesure qui avait pourtant été censurée l'an dernier par le Conseil constitutionnel. En 2025, le texte défendu par Bruno Retailleau visant déjà à prolonger la rétention jusqu'à 210 jours avait été jugé disproportionné, mais il avait été remis sur la table dès février avec quelques modifications de façade destinées à contourner la censure. Le gouvernement prétend que cette mesure ne concernera « que quelques dizaines de personnes ». Comme toujours avec les lois sécuritaires, il s'agit d'abord de créer un précédent, de banaliser l'exception et d'étendre progressivement le champ de la répression.
Pendant que le gouvernement présente les étrangers comme des « dangers », c'est l'État lui-même qui produit l'irrégularité en multipliant retraits de titres de séjour, obstacles administratifs et OQTF. Les étrangers subissent ainsi une double peine : prison puis enfermement administratif dans des CRA où règnent violences, humiliations et privation des droits.
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Mais le texte va encore plus loin avec un dangereux volet sécuritaire et psychiatrique. Il étend la « rétention de sûreté » aux personnes condamnées pour « terrorisme », qui pourraient être enfermées après leur peine au nom de leur supposée « dangerosité » idéologique et psychiatrique. Le gouvernement ouvre ainsi la voie à l'utilisation de la psychiatrie comme outil de contrôle politique.
La loi élargit aussi les pouvoirs des préfets, qui pourraient imposer des examens psychiatriques forcés sur simple suspicion de troubles et l'adhésion à des idées jugées dangereuses. Dans un contexte où l'« apologie du terrorisme » sert déjà à réprimer militants pro-palestiniens et opposants politiques, cette disposition ouvre une brèche gravissime vers l'internement psychiatrique à des fins répressives. Le texte contient enfin plusieurs mesures transphobes, conditionnant les changements de prénom à la présentation du casier judiciaire et empêchant certaines personnes étrangères trans de modifier leur état civil en France.
Maintenant qu'il a été adopté à l'Assemblée en première lecture, le texte sera examiné au Sénat. Mais pour s'opposer à cette attaque autoritaire, nous ne pouvons pas compter sur les discussions législatives dominées par des forces bourgeoises désormais acquises aux idées racistes, ni sur les décisions du Conseil constitutionnel, institution des plus anti-démocratique de la Ve République. Il faut imposer un programme clair contre cette offensive raciste : fermeture immédiate des CRA, abrogation de toutes les lois anti-immigrés, régularisation de tous les sans-papiers et liberté de circulation et d'installation. Face à un État qui organise la précarité administrative des étrangers pour mieux les surexploiter et tirer vers le bas l'ensemble des travailleurs, seule une riposte collective du mouvement ouvrier et des collectifs de sans-papiers peut faire barrage à cette fuite en avant réactionnaire.