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Un raffineur répond à Ruffin : « l'ennemi, c'est Total, pas le collègue d'Alger »

Fri, 08 May 2026 15:53:13 CEST

Révolution Permanente

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Adrien Cornet, militant CGT chez TotalEnergies à Grandpuits, répond à François Ruffin dans un billet, en défense de l'unité des travailleurs français et étrangers.

Des milliers de sous-traitants travaillent jour et nuit à la reconstruction du site de Grandpuits. Ils viennent du Congo, du Sénégal, du Portugal, d'Italie, d'Algérie, du Maroc.

Pendant ce temps, François Ruffin parle des travailleurs immigrés comme d'un problème. C'est une erreur.

Ici, on fait tourner le chantier grâce à nos collègues sous-traitants. Ce sont eux qui ont les tâches les plus dures, les plus dangereuses. Ménage, sécurité, mécanique, chaudronnerie. Ce n'est pas un hasard. Cela s'appelle la division raciale du travail. Et c'est le patronat qui l'organise.

TotalEnergies et ses donneurs d'ordre ne font pas ça par hasard. Un travailleur sans papiers, sans droits syndicaux pleins et entiers, sous statut précaire - c'est un travailleur qu'on peut licencier, faire taire, remplacer. La précarité imposée aux uns tire les conditions de tous vers le bas. L'ennemi, c'est ça. Pas notre collègue qui vient d'Alger ou de Dakar.

Ruffin reprend la vieille rhétorique de Marchais en 1981 : la concurrence déloyale entre travailleurs. Mais qui organise cette concurrence ? Pas les ouvriers. Le patronat. Ce discours protège le capital national en fracturant la classe ouvrière sur des bases nationales.

Je partage mille fois plus de choses avec mes collègues sous-traitants qui viennent d'Afrique ou avec les camarades de Shell licenciés en Argentine pour avoir lutté contre Milei qu'avec Pouyanné ou Bolloré. L'internationalisme ouvrier n'est pas une abstraction. C'est une réalité quotidienne pour moi à Grandpuits.

En 2021, pendant notre lutte à Grandpuits, nous affirmions que nous avions les mêmes intérêts que les paysans ougandais expropriés par TotalEnergies pour construire le pipeline EACOP. Le même patron. Les mêmes méthodes. D'un côté, il exproprie des terres, de l'autre, il divise ses travailleurs. C'est un seul et même système.

L'impérialisme français pille les ressources du Congo, du Sénégal, du Maghreb. Il finance les régimes qui chassent les populations. Il est responsable de la crise climatique qui assèche leurs terres. Et une fois que ces pays ont été vidés de leurs richesses, on voudrait interdire aux gens de venir en France ? Non.

Il faut se battre pour la libre circulation de tous les travailleurs. Non comme utopie lointaine, mais comme revendication concrète, actuelle. Et avec elle : la régularisation de tous les sans-papiers. Parce qu'un travailleur sans papiers, c'est un travailleur à genoux devant son patron. La régularisation, c'est un droit syndical.

La seule réponse à la division raciale du travail, c'est l'unité sur le terrain - titulaires et sous-traitants, français et étrangers, CDI et précaires. Il faut se battre ensemble contre les patrons. C'est ce qu'on doit construire à Grandpuits et sur tous nos lieux de travail.

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