Répression : 3 syndicalistes, dont Christian Porta, en procès pour avoir défendu le droit à l'IVG
Fri, 08 May 2026 19:06:14 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 19 mai, trois syndicalistes seront jugés à Metz pour avoir défendu le droit à l'IVG face à l'extrême droite de la ville. Face à la criminalisation du militantisme, un rassemblement est organisé devant le tribunal à 13h.

Le 19 mai prochain, un procès se tiendra au tribunal de Metz. Sur le banc des accusés, trois syndicalistes : Christian Porta, secrétaire de l'Union Locale CGT de Saint-Avold et militant à Révolution Permanente, Quentin, ouvrier et militant CGT, et Mattéo, étudiant et co-secrétaire de Solidaires 54. Leur crime ? Avoir participé, le 9 mars 2024, à un rassemblement qui dénonçait la tenue d'une « messe » contre la constitutionnalisation du droit à l'avortement dans la cathédrale de Metz. Cette cérémonie a été organisée par Civitas, un groupuscule d'extrême droite et intégriste catholique dissout depuis par le gouvernement. C'est dans ce cadre qu'ils ont été arrêtés, pour avoir manifesté en défense du droit des femmes à disposer de leur corps face à des militants d'extrême droite.
Trois syndicalistes opposés à l'extrême droite messine
Pour mesurer l'aberration de ce procès, il suffit de regarder le profil des militants qui portent ces accusations. Civitas est une organisation profondément homophobe, patriarcale et antisémite. Plusieurs de ses militants sont connus pour leurs sorties ultra-réactionnaires, à l'image de Cassandre Fristot, sanctionnée pour avoir brandi une pancarte ouvertement antisémite lors d'une manifestation contre le Pass sanitaire en 2021. Parmi les organisateurs de la « messe » se trouvait Néo Salva, militant royaliste, qui se revendique « platiste » et qui s'illustre sur sa chaîne Youtube par ses thèses complotistes.
Ces réseaux intégristes catholiques radicaux ne se contentent pas de propager des idées réactionnaires. En janvier 2023, ils étaient parvenus à faire pression pour annuler le concert de Bilal Hassani à Metz, avec l'aide du groupuscule identitaire lorrain Aurora. Leur cible : un chanteur LGBT. Leur méthode : l'intimidation et la menace.
C'est face à ces militants d'extrême droite, rompus à la provocation et à la haine, que Christian Porta, Quentin et Mattéo sont montés au créneau le 9 mars 2024 avec plusieurs dizaines de manifestants pour défendre le droit à l'IVG. Et ce sont eux que l'on traîne aujourd'hui devant un tribunal.
Des chefs d'accusation ridicules
Les chefs d'accusation portés contre les trois militants illustrent à eux seuls la supercherie de ce procès. Deux d'entre eux sont notamment poursuivis pour violences contre une « victime non identifiée » - une formule qui en dit long sur la solidité de l'accusation.
Ce procès s'inscrit dans un contexte de criminalisation croissante du syndicalisme et du militantisme antifasciste. Partout en France, le gouvernement Macron use de la répression pour faire taire les organisations du mouvement social et leurs militants : gardes à vue, intimidations policières, procès politiques, dissolutions de collectifs et d'associations... À Woippy, à côté de Metz, Ludo, cheminot et syndicaliste à Sud Rail vient de se voir remettre une lettre de licenciement par la SNCF à la demande de la préfecture de police en raison de son engagement militant. Toujours à Metz, Alexandre, syndicaliste à Solidaires Informatiques est lui aussi menacé de licenciement pour avoir soutenu la Palestine.
Un territoire ciblé par l'extrême droite
En Moselle, cette offensive prend une dimension particulière. Trois nouvelles mairies sont tombées aux mains du Rassemblement National lors des dernières élections municipales. À Saint-Avold, le nouveau maire Hervé Simon a pris comme première décision d'interdire la fête populaire de la CGT, qui avait rassemblé plusieurs centaines d'habitants l'an dernier. Une attaque qui s'inscrit dans la continuité de la politique anti-ouvrière des municipalités RN, à l'image de celle de Liévin, dans le Pas-de-Calais, où la mairie RN a annulé la cérémonie du 1er mai avec les syndicats.
Ce procès s'inscrit donc pleinement dans cette séquence de renforcement répressif à l'encontre des syndicalistes et militants, de prise de confiance des groupuscules d'extrême droite, et de montée en puissance électorale du RN qui commence déjà à s'attaquer aux organisations ouvrières là où il est aux manettes.
Une réponse à cette attaque est d'ores et déjà appelée par l'Union Locale CGT de Saint-Avold qui appelle à se rassembler devant le tribunal de Metz le mardi 19 mai à 13h. Une initiative qui devrait être rejointe par de nombreuses organisations syndicales et politiques du département et de la région. Pour la relaxe de Christian, Quentin et Mattéo, pour le droit de se mobiliser en défense des droits des femmes à disposer de leur corps et face à la répression syndicale et politique, il faudra être présent en nombre à ce rassemblement.