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« On n'a pas connu ça depuis 2010 » : grève spontanée des travailleurs d'Airbus

Thu, 07 May 2026 15:47:34 CEST

Révolution Permanente

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Des centaines de travailleurs d'Airbus débrayent depuis cette nuit sur différents sites en France. Une grève spontanée pour exprimer leur colère face à la baisse de la prime de participation alors que le géant aéronautique réalise des bénéfices records.

À Toulouse, des centaines d'ouvriers d'Airbus ont lancé un mouvement de grève spontanée. Tout a débuté dans la nuit du mercredi au jeudi. « C'est parti des chaînes d'assemblage de l'A350 (modèle d'avion) » affirme Bruno, délégué CGT Airbus Avions. Dans la foulée, de nombreuses équipes ayant embauché le matin ont suivi le mouvement.

Rapidement, la grève s'est étendue à différents sites du géant aéronautique, qui compte des dizaines de milliers de salariés dans le pays. Le mouvement a été suivi à Toulouse au Delivery Center (la dernière étape de production avant la livraison des avions), sur le site Clément Ader de l'A330, sur le site historique de Saint Eloi en centre ville toulousain. A Nantes, il y a aussi une mobilisation importante.

« Au pôle peinture de Toulouse, les salariés ont refusé les heures supplémentaires et sur la chaîne A320, la direction a fait de l'intimidation au fait de grève, en disant aux grévistes de quitter les lieux menaçant d'appeler la sécurité. Pourtant les salariés ont le droit d'occuper les locaux sans bloquer les non grévistes. C'est un mouvement spontané qui entraîne des centaines de salariés » nous explique Bruno.

Une annonce qui ne passe pas, alors même que le groupe affiche des profits records. « Après avoir augmenté les salaires de seulement 2,5 %, au même moment où les actionnaires se gavent et que les prix des carburants explosent, l'annonce d'une prime à moitié moins importante a été la goutte de trop » explique Pierre, de la CGT Airbus SAS. Le contraste entre les milliards de bénéfices engrangés et les concessions demandées aux salariés nourrit une colère profonde, dans un contexte d'inflation persistante.

Cette mobilisation spontanée tranche avec le climat social habituellement plus feutré dans l'entreprise. Comme le note Bruno : « On avait pas connu ça depuis 2010. A cette époque, il y avait eu sept jours de grève, parce qu'on nous avait annoncé 2,5 euros de prime de participation ». Pour de nombreux travailleurs, ce retour de la grève marque un tournant, révélateur d'un ras-le-bol accumulé depuis des années face à des politiques salariales jugées insuffisantes.

Alors que les débrayages se multipliaient dans les ateliers, la direction a pu compter sur l'intervention du syndicat Force Ouvrière pour tenter de calmer la situation. « Une armée de délégué syndicaux FO se sont déployés sur les différents lieux de débrayage pour expliquer aux grévistes qu'il fallait reprendre le travail. Ils ont réussi à canaliser un peu la colère en promettant qu'il y aurait une négociation mardi prochain pour une nouvelle PPV (primes de partage de la valeur) » explique Pierre. Pour de nombreux grévistes, ces tentatives de désamorçage visent surtout à éviter l'émergence d'un rapport de force durable face à la direction.

Face à des profits records et à une direction qui préfère gaver les actionnaires et mépriser les travailleurs une question centrale se pose : qui produit les richesses et qui en bénéficie ? La réponse est claire : ce sont les travailleurs qui créent la richesse, c'est à eux d'en bénéficier. Pour y arriver, les grévistes doivent chercher à déjouer les manœuvres de Force Ouvrière qui tente de canaliser la colère, en cherchant à étendre et coordonner la mobilisation.

Crédits photo : CGT Airbus – Débrayage sur le site de Nantes.

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