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Rapport sur l'audiovisuel public : un manifeste d'extrême droite qui pave la voie à la privatisation

Wed, 06 May 2026 21:17:03 CEST

Révolution Permanente

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Le rapport de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public a été publié le 5 mai. Dirigé par un député ciottiste, il s'agit d'un vrai manifeste d'extrême droite qui pourrait servir d'appui à la privatisation promise par le RN dans son programme, en pleine continuité avec le macronisme.

Il y a cinq mois s'ouvrait une commission d'enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public », à l'initiative du groupe d'Eric Ciotti l'Union Des Droites, allié du RN. Deux partis qui font de la privatisation de l'audiovisuel public un de leurs chevaux de bataille, inscrit dans leurs programmes respectifs. Le rapport a été rédigé par Charles-Henri Alloncle, député et porte-parole UDR devenu en quelques mois le héros des médias Bolloré.

Cette commission a été dénoncée par le Syndicat national des journalistes CGT comme « une campagne de dénigrement systématique ». Le président de la commission lui-même, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, l'a décrite comme « un procès à charge de l'audiovisuel ». Les auditions, dont des extraits tronqués étaient instrumentalisés sur les réseaux sociaux par les députés d'extrême droite, ont souvent été décrites par les travailleurs auditionnés comme hostiles ou de mauvaise foi, et sont également susceptibles d'avoir été influencées par le groupe Lagardère (Bolloré), qui a fait parvenir une liste de questions orientées aux députés de la commission.

Résultat : un rapport si radicalisé qu'il n'a été validé le 27 avril que par douze des trente membres de la commission, tandis que dix ont voté contre et huit se sont abstenus. Adopté malgré tout, il a été rendu public au matin du 5 mai. Si les recommandations d'un rapport parlementaire ne sont qu'indicatives, Charles Alloncle a indiqué sur RTL qu'il comptait proposer un texte de loi lors de la prochaine niche parlementaire de son groupe, le 25 juin. Les suites données aux commissions d'enquête dépendent en dernière instance du gouvernement, et il y a peu de chance que le dossier explosif d'une réforme de fond de l'audiovisuel public soit rouvert avant les présidentielles, comme l'a admis ouvertement la ministre de la Culture. Néanmoins, ce rapport pourra constituer un véritable point d'appui idéologique pour de futures attaques, et consolide le positionnement idéologique du RN sur ce terrain. La preuve : Marine Le Pen et Jordan Bardella n'ont même pas attendu la publication du rapport pour appeler à la privatisation du groupe public.

Offensive idéologique et privatisation : l'extrême-droite veut en finir l'audiovisuel public

Parmi les quelques soixante-dix recommandations du rapport, une bonne partie d'entre elles peuvent se résumer à cet objectif : sabrer d'1 milliard le budget annuel de l'audiovisuel public qui en compte actuellement 4, soit rien de moins qu'un quart du budget. Notamment en supprimant certaines chaînes de radio et de télévision, comme France 4, le Mouv' et Slash, et en fusionnant plusieurs rédactions : France 2 et France 5 ; Franceinfo et France 24 ; les chaînes France 3 Régions et les antennes ICI. En somme, l'extrême droite offre la perspective d'un cimetière d'emplois, dans ces chaînes comme dans tout l'écosystème qu'elles font vivre.

Sous couvert de se démarquer qualitativement des médias privés, le rapport préconise aussi une réduction drastique de l'offre sportive et de divertissement, et la suppression pure et simple des émissions de télé-réalité. Il s'agit en réalité d'un cadeau compétitif aux chaînes privées, qui n'auront plus à composer avec la concurrence du public sur ces contenus centraux pour l'audimat et les revenus publicitaires. Et pour allier l'utile (les parts de marché) à l'agréable (la mainmise idéologique) : le rapport propose également d'en finir avec les éditorialistes « maison », et de ne plus faire intervenir que des éditorialistes issus de la presse privée d'opinion – avec comme argument… une meilleure transparence pour les téléspectateurs quant à leur appartenance idéologique.

Tous les rapport est en effet traversé par un prétendu biais gauchiste et une absence de « neutralité » de l'audiovisuel public. Dans de longues listes geignardes d'« entorses graves aux règles élémentaires de la déontologie journalistique », Alloncle s'emploie à exclure toute prise de position trop critique, par exemple à l'égard de l'impérialisme français (il fustige les « propos antifrançais » relayés « sans distance » par France 24 interviewant des manifestants au Niger), ou encore, tout ce qui nuirait à l'entreprise de dédiabolisation du RN. Les comparaisons entre l'extrême droite contemporaine et le nazisme, comme par exemple le rappel que le RN a été fondé par des anciens de la Waffen-SS, sont listées sous la rubrique « analogies historiques outrancières ». L'usage de l'adjectif « raciste » pour décrire une politique ou une personne raciste contrevient aussi évidemment à la « neutralité ». Quant à Slash, la plateforme destinée aux jeunes, ses « contenus militants sont incompatibles avec les missions du service public audiovisuel » : pour ne plus risquer d'y voir de dangereux bandeaux invitant à ne plus dire « bonjour madame » afin d'éviter de mégenrer les personnes, il apparaît plus sage de supprimer la chaîne entièrement.

Enfin, le rapporteur ciottiste préconise que les PDG de France Télévisions et Radio France soient directement nommés par le président de la République, comme au temps de l'ORTF gaulliste, et que les groupes soient mis sous la tutelle d'un nouvel organisme directement rattaché à Matignon : le secrétariat général à l'audiovisuel public.

Ce rapport, ainsi que l'instrumentalisation de l'enquête qui a été faite des mois durant par les députés d'extrême droite et les médias Bolloré pour jeter l'opprobre sur l'audiovisuel public, est taillé pour offrir un point d'appui idéologique « officiel » aux futures attaques, et préparer les esprits à une potentielle liquidation/privatisation menée par le RN. Une offensive totale préparée par l'extrême-droite qui ne doit cependant pas faire oublier que nombre de ces politiques – la censure, la casse austéritaire, les suppressions de chaînes – sont déjà mises en route par le macronisme.

L'austérité et censure, c'est déjà maintenant

Partie émergée de l'iceberg de la censure médiatique, on se rappelle du licenciement par France Inter de l'humoriste Guillaume Meurice, qui avait comparé Netanyahou à un nazi (une « analogie historique outrancière » dirait Charles Alloncle), ou la suspension du journaliste de France Info qui avait qualifié d'« otages » des prisonniers palestiniens en Israël. La droitisation de l'audiovisuel public, voire son ré-équilibrage par l'extrême droite, s'accélère sous pression d'une bourgeoisie de plus en plus radicalisée. Cette semaine, France 2 annonçait d'ailleurs s'adjoindre Eugénie Bastié, éditorialiste de Bolloré et proche de l'Action Française, pour animer l'émission de débat des présidentielles.

Lire aussi : « Proche » de l'Action française, Eugénie Bastié recrutée par France 2 pour la présidentielle 2027

Sur le volet des finances, la macronie n'a pas lésiné non plus. Depuis la suppression de la redevance audiovisuelle en 2022 par Macron, le Parlement a un droit de vie ou de mort sur le budget de l'audiovisuel public. Au nom de l'austérité, il a été réduit de 86 millions d'euros rien qu'entre 2025 et 2026, comme le rapporte Le Monde, avec entre autres conséquences la liquidation des programmes du Mouv', la radio jeunesse et cultures urbaines. Et ça n'est pas fini : ce lundi, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, rencontrait les directrices générales de Radio France et de France Télévisions pour discuter d'accélérer les réformes et de faire davantage d'économies. Au-delà des travailleurs des chaînes elles-mêmes, l'austérité menace tout un écosystème d'emplois culturels : France Télévisions est par exemple le premier financeur de films, séries, documentaires et autres œuvres audiovisuelles du pays.

En outre, une restructuration permettant une plus grande concentration du pouvoir est déjà en discussion : en 2024, Rachida Dati, alors ministre de la Culture, avait proposé la fusion de France Télévision, Radio France et l'INA en un seul holding, « France médias ». Rejetée d'abord par l'Assemblée puis adoptée en seconde lecture par le Sénat en 2025, la loi devait repasser devant l'Assemblée à l'automne dernier, mais semble pour l'instant en suspens. La mobilisation avait été très large face aux conséquences promises par cette loi : désorganisation, suppressions de postes, remise en cause de tous les accords collectifs, perte de la diversité et la pluralité des émissions et reportages proposés par les trois structures… Jusqu'à 90% des travailleurs de certaines chaînes s'étaient mobilisés en 2024, puis à nouveau en 2025, dans des grèves qui regroupaient aussi bien les techniciens et les métiers de l'ombre de l'audiovisuel, que des membres de l'encadrement.

Soutenir les travailleurs de l'audiovisuel face aux attaques et préparer les conditions d'un combat d'ensemble

Face aux futures attaques, l'ensemble du mouvement ouvrier devra se tenir aux côtés des travailleurs de l'information qui lutteront contre l'offensive idéologique, la censure généralisée que préparent les classes dominantes et les coupes budgétaires. Car ces attaques annoncent une casse sociale de grande ampleur contre les conditions de travail, les salaires et l'emploi, au profit des grands médias privés, à travers le démantèlement et la privatisation de pans entiers de l'audiovisuel public.

Cette lutte doit néanmoins se mener sans aucune illusion sur la nature de l'audiovisuel public. Loin d'être un outil « neutre » d'information, celui-ci s'inscrit comme un prolongement de l'appareil d'État, participant à la diffusion de l'idéologie des classes dominantes et à la défense de leurs intérêts. Souvent présenté comme impartial dans les périodes de stabilité, où la dépolitisation apparente sert à masquer ses fonctions politiques, il redevient pleinement politique lorsque les intérêts de l'État et des classes dominantes exigent de renforcer le contrôle de l'information, d'imposer un cadrage idéologique plus poussé ou de légitimer leurs offensives.

Les attaques actuelles ne font ainsi que prolonger la radicalisation des classes dominantes, qui préparent le terrain à des médias toujours plus centralisés, contrôlés et mis au service de leurs intérêts. Alors que le rapport Alloncle propose de nouvelles mesures visant l'audiovisuel public, il est indispensable de soutenir les travailleurs et travailleuses qui se mobilisent pour leurs conditions de travail, leurs salaires et leurs emplois, sans nourrir pour autant la moindre illusion sur la possibilité d'un service public prétendument « neutre » ou d'un simple retour en arrière.

Car l'enjeu dépasse largement le seul audiovisuel public. Lutter contre cette offensive, c'est aussi s'opposer à l'ensemble des grands médias, privés comme publics, qui participent à la fabrication d'un consentement alors qu'il s'assoit sur des bases toujours plus fragiles, et à un recours croissant à la coercition pour imposer l'idéologie dominante. C'est donc un combat d'ensemble qu'il faut construire : face aux grands médias, face aux politiques d'austérité et de militarisation qui se préparent, face à la montée de l'extrême droite, mais aussi face à un gouvernement qui n'a cessé de lui paver la voie.

Crédits photo : chaîne de l'Assemblée nationale

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