Paris 1 : les mentors étudiants de la bibliothèque Cujas en première ligne face aux coupes budgétaires
Wed, 06 May 2026 21:33:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa bibliothèque Cujas est la première bibliothèque juridique en droit francophone. Derrière cette façade reluisante, l'austérité vient frapper de plein fouet des travailleurs déjà précarisés, parmi lesquels nombre de mentors étudiants.

« Mentor.ices en galère, mentor.ices en colère » : les mentors étudiants de la Bibliothèque Cujas se trouvaient parmi les travailleurs mobilisés pour une journée de grève le 2 avril dernier. La mobilisation répond aux attaques austéritaires et racistes menées par la présidence de l'université.
Derrière le prestige de l'institution, l'exploitation des travailleurs et étudiants
Il y a un an, le rectorat imposait une coupe de 13 millions d'euros dans le budget de l'université Paris 1, appliquant les offensives souhaitées par le gouvernement dans son budget austéritaire. Rattachée à l'université, la bibliothèque encaisse alors une baisse de 46% du budget consacré à l'acquisition et la conservation des ouvrages. Des circonstances qui expliquent la combativité de ses personnels, dont 80% se sont mis en grève le mois dernier.
La mobilisation avait été l'occasion de mettre en lumière la précarisation croissante des travailleurs de la bibliothèque, mais également le statut singulier que possèdent les mentors étudiants. En effet, les bibliothèques universitaires ne peuvent ainsi pas ouvrir pleinement sans le concours des mentors, dont les contrats sont particulièrement précaires. Résiliables unilatéralement en cas de défaut d'assiduité, ils n'ouvrent pas de droits à la protection sociale en cas d'accident du travail. Tout arrêt de travail revient donc à perdre les heures manquées. Les heures travaillées sont quant à elles rémunérées au SMIC horaire, comme l'a confirmée la délibération du Conseil d'Administration de Paris 1 le 23 avril. Les paies arrivent systématiquement avec deux mois de décalage, le travail étant rémunéré sur « service fait ».
Comme le souligne Luc*, mentor étudiant, ce statut permet de les museler : « le statut de vacataire est structurellement fait pour qu'on ne soit pas entendus ». Autant d'avantages pour l'administration qui expliquent le recours croissant à ce type de contrats. Le nombre de mentors étudiants est passé de 3 à 12 de 2024 à 2026, notamment pour pallier la fermeture de postes contractuels et coupes budgétaires.
Comme les travailleurs de la bibliothèque, les mentors étudiants subissent de plein fouet la dégradation de leurs conditions de travail, qui de plus se superpose à la dégradation de leurs conditions d'études. Un exemple illustre particulièrement cette dégradation : les archives de la plus vieille bibliothèque juridique contiennent du Vert de Paris, un composé hautement toxique dérivé de l'arsenic. Cancérogène avéré, il est suspecté toxique pour la reproduction. Ce pigment était utilisé durant le XIXème siècle comme coloris pour pigmenter des peintures, ou encore des couvertures de livre. Son utilisation massive est largement connue dans les milieux universitaires. La direction des ressources humaines du Ministère de l'Enseignement Supérieur publiait même en mars 2025 un guide de prévention des risques, et indiquait que les principaux facteurs d'exposition sont l'ingestion, l'inhalation et le contact prolongé avec la peau. Pourtant, « on ne fournit aux travailleurs manipulant ces ouvrages que des gants, et les lecteurs ne sont pas informés de leur toxicité », témoigne Mélissa*, mentor à Cujas.
Austérité et militarisation : le gouvernement veut modeler une université à l'image de ses besoins
La bibliothèque Cujas n'est pas la première à subir les conséquences de l'austérité qui cible l'enseignement supérieur. En mars dernier, la BU de Lourcine annonçait qu'elle fermerait le samedi en raison des coupes budgétaires imposées par la présidence. A Cujas comme à Lourcine, la dégradation des conditions de travail d'une part et des conditions d'études de l'autre mettent en lumière les effets concrets des politiques gouvernementales dont la présidence s'est faite le relai. En décembre dernier, Paris 1 décidait en ce sens d'appliquer le plan Bienvenue en France en augmentant les frais d'inscription pour les étudiants étrangers extra-européens à 2 895 euros par an pour une année de licence et 3 941 euros par an pour une année de master. Une mesure raciste qui vise ouvertement à faire payer les attaques austéritaires contre l'enseignement supérieur aux étudiants étrangers.
Cette offensive contre l'université est directement liée à la volonté de mettre au pas les universités. Dans la jeunesse, la militarisation est en cours avec le lancement du nouveau service militaire par le gouvernement en janvier 2026. Pour ce dernier, elle ne doit laisser aucune place à des espaces de résistance ou des voix subversives. « Les universités veulent qu'on rende des mémoires et des thèses toujours plus lisses et plus neutres. Est-ce que cela ne participe pas à imposer une seule manière de penser ? », s'interroge Mélissa*. Ces inquiétudes redoublent face à la criminalisation du soutien au peuple palestinien, qui musèle toute critique de l'impérialisme français ou américain. Récemment, la loi Yadan instrumentalisait la lutte contre l'antisémitisme pour réprimer toute critique de l'Etat d'Israël et sa politique génocidaire en Palestine. Ses dispositions auraient eu des conséquences directes dans les centres de recherches comme les bibliothèques universitaires.
Face à ces offensives, la colère gronde parmi les étudiants comme les travailleurs. En décembre 2025, des centaines d'étudiants empêchaient la tenue du Conseil d'Administration de Paris 1 face à l'application de la préférence nationale à l'université. Etudiants et travailleurs faisaient grève ensemble à l'université le 2 avril. Les nombreuses mobilisations pour la Palestine, comme les récentes occupations de La Sorbonne et Sciences Po en avril dernier, mettent également en lumière l'existence d'une conscience anti-impérialiste dans la jeunesse.
Face au modèle d'université qu'essaient d'imposer les classes dominantes et à la criminalisation qui cible les étudiants qui s'opposent aux massacres au Moyen-Orient, en Palestine comme en Iran, il est nécessaire de réfléchir à une stratégie qui permette au mouvement étudiant de jouer un rôle dans la lutte contre l'austérité, la militarisation et les guerres impérialistes à travers le monde. En ce sens, le Poing Levé organise des rencontres anti-impérialistes partout en France et le 30 mai à Paris. Débats sur l'avenir du mouvement étudiant, tables rondes, projections, avec des intellectuels, des militants du mouvement social en France mais aussi des invités d'Italie, d'Allemagne, de l'État espagnol qui seront là pour réfléchir avec nous à comment coordonner nos luttes à l'international contre la militarisation, la répression et l'extrême-droite. Alors si toi aussi, tu veux faire partie de cette jeunesse qui relève la tête, inscris-toi et participe aux rencontres anti-impérialistes du Poing Levé le 16 mai à Marseille, le 23 mai à Bordeaux et Toulouse, et le 30 mai à Paris !
*Les prénoms ont été modifiés.