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Billet. Hausse des taxes sur les titres de séjour : comment l'État fabrique des sans-papiers

Tue, 05 May 2026 19:37:08 CEST

Révolution Permanente

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Le 1er mai, c'était la journée internationale du droit des travailleurs, et c'était aussi l'entrée en vigueur d'une augmentation des taxes liées aux demandes de titre de séjour. Une nouvelle mesure xénophobe qui vise à rendre toujours plus difficile la régularisation et la naturalisation.

J'accompagne depuis plusieurs mois des personnes immigrées dans leurs cours de français langue étrangère et de formation civique. Un matin, je suis tombée sur un article : « Titres de séjour : augmentation du montant des taxes demandées aux étrangers à compter du 1er mai ». J'y apprends que la loi de finances pour 2026 prévoit une augmentation des taxes pour les demandes de titres de séjour. Ainsi, le coût d'une première demande ou d'un renouvellement passe à 225 euros. Des tarifs minorés ont été mis en place pour certains statuts, comme pour les étudiants, les travailleurs saisonniers ou les personnes en recherche d'emploi, une main d'œuvre particulièrement corvéable. Le texte précise aussi que le timbre fiscal pour la naturalisation passe à 255 euros (contre 55 euros actuellement), que le droit de visa de régularisation monte à 300 euros, dont 100 euros non remboursable, et que le visa de long séjour atteint 300 euros contre 200 euros auparavant.

Dans ma salle de classe, cette nouvelle plombe le moral : les conditions d'obtention des titres ont déjà été fortement durcies depuis janvier 2026, avec l'augmentation du niveau de langue requis, la diminution de l'accompagnement linguistique, et l'instauration d'un examen civique conditionnant la demande de titre. Avec l'augmentation des taxes de titres de séjour, leurs conditions de vie déjà précaires vont encore s'aggraver.

Derrière l'austérité, une nouvelle offensive raciste contre les étrangers

Sur fond d'offensive anti-immigration, l'examen civique renforce le tri des migrants : désormais, en quatre jours, des stagiaires parqués par groupes de 18 doivent retenir les œuvres de Marc Chagall, les chefs-lieux des régions françaises ou encore les traités de construction européenne. Un nouvel outil qui vise à sélectionner les candidats à la régularisation à la condition d'une allégeance aux prétendues valeurs d'une République profondément raciste.

Cet examen constitue un nouvel obstacle pour ceux qui n'ont rien. Il coûte 70 euros, et il n'existe aucune possibilité d'aide ou d'interprétation, ajoutant une barrière financière et matérielle supplémentaire à un dispositif déjà profondément raciste. Certaines personnes retardent le passage de l'examen faute de moyens, d'autres le passent sans être réellement prêtes, avec le risque de devoir repayer en cas d'échec. La loi susmentionnée durcit également les niveaux de langue exigés : A2 pour un titre de séjour de deux à quatre ans, B1 pour dix ans, et B2 pour la nationalité. L'OFII a en parallèle réduit le nombre d'heures de formation et le nombre de personnes pouvant en bénéficier.

Enfin, toutes ces exigences s'inscrivent dans un contexte où, en cas de silence de la préfecture pendant plus de quatre mois, une demande peut être considérée comme implicitement rejetée (articles R*432-1 et R432-2 du CESEDA). La dématérialisation des démarches depuis 2019 a fermé les guichets physiques et précarisé l'accès aux droits pour les personnes ne maîtrisant pas internet ou n'y ayant pas accès. Elle a aussi allongé les délais de traitement d'environ 20 %, et les réclamations ont augmenté de plus de 400 % entre 2020 et 2024. Le parcours de régularisation est un espace d'attente opaque, où l'administration peut retarder sans contact direct avec les usagers.

Lors de mes accompagnements, ces politiques ne sont jamais abstraites. Elles se traduisent très concrètement dans les trajectoires des personnes que j'accompagne : des dossiers bloqués en préfecture pendant des mois, des renouvellements impossibles faute de rendez-vous, des personnes qui perdent leur travail parce que leur situation administrative n'est pas régularisée à temps, ou encore d'autres qui abandonnent certaines démarches tant l'accès est devenu incompréhensible ou inaccessible. On voit aussi des personnes préparer des formations civiques ou des examens exigés par l'administration, tout en restant dans une incertitude totale sur leur droit à rester ou à travailler ici.
Cette contradiction est centrale : on demande aux personnes immigrées de s'intégrer dans un système qui repose déjà sur leur exploitation. Quand l'État français parle d'intégration, il s'agit en réalité d'une précarisation et d'une exploitation organisée.

En effet, les immigré·es occupent une part importante des emplois les plus précaires et les plus pénibles. Cette place est centrale dans l'organisation du travail en France : les travailleurs et travailleuses immigré·es font pleinement partie de la classe ouvrière, et participent chaque jour à faire tourner des secteurs entiers dans des conditions souvent dégradées. Le durcissement des conditions d'accès aux titres de séjour, la multiplication des contrôles et la réduction des droits ne viennent pas contredire cette réalité. Ils la prolongent. Ce n'est donc pas une politique « à côté » du monde du travail. C'est une politique du travail, qui organise la division au sein de la classe ouvrière et qui hiérarchise les droits avec comme ligne rouge le statut administratif.

En tant que travailleuse d'un secteur qui accompagne des personnes étrangères, je pense qu'il est nécessaire de prendre parti : pour les travailleurs et travailleuses immigré·es, les sans-papiers, les précaires, pour toute une classe ouvrière exploitée. Il faut s'opposer au récit méritocratique de l'Etat qui affirme qu'il y aurait des personnes plus méritantes que d'autres pour une régularisation, ou encore à celui oppose les intérêts des travailleurs français et les personnes étrangères, et exiger la régularisation de toutes les personnes sans-papiers.

Alors que les principales puissances impérialistes se réarment, les frontières de l'Union Européenne sont toujours plus meurtrières : face à cela, il est urgent de s'organiser, construire une gauche anti-impérialiste et révolutionnaire pour s'affronter à un à un système qui précarise, divise et exploite.

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