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« Proche » de l'Action française, Eugénie Bastié recrutée par France 2 pour la présidentielle 2027

Tue, 05 May 2026 20:41:38 CEST

Révolution Permanente

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Eugénie Bastié rejoint le casting France 2 à partir de la rentrée prochaine. Proche de l'Action Française, militante de la Manif pour tous, son arrivée annonce la couleur du traitement médiatique des présidentielles, avec un service public audiovisuel qui n'hésite plus à recruter chez Bolloré.

Pour « L'Heure de Vérité », émission emblématique de débat présidentiel, la journaliste antiféministe et anti-avortement sera chargée d'interviewer les candidats de 2027 aux côtés de Marc-Olivier Fogiel, proche revendiqué d'Emmanuel Macron, et Benjamin Duhamel, membre d'une des familles les plus puissantes des médias français et cousin de l'ancienne ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra.
Une annonce peu surprenante au regard de la ligne éditoriale tenue sur la chaîne depuis quelques années, dont les différences avec l'empire Bolloré sont de plus en plus fines, mais qui officialise un rapprochement de plus en plus décomplexé avec l'extrême droite la plus radicale.

Eugénie Bastié, figure antiféministe et islamophobe des médias Bolloré

Figure médiatique assumée du camp réactionnaire, Eugénie Bastié s'est imposée comme une pièce importante du dispositif idéologique de la droite et de l'extrême droite. Issue d'un milieu aisé du Sud-Ouest, elle suit un parcours classique de la bourgeoisie : passant par un lycée privé catholique puis par Sciences Po, la future figure de la Manif pour tous y affine ses convictions politiques et y trouve ses pairs, en se rapprochant notamment de l'Action française, un groupuscule royaliste et antisémite dont elle revendique l'héritage dans les pages de son journal « Limites ».

Elle débute sa carrière dans les pages de Causeur avant de rejoindre [FigaroVox, chaperonnée par deux des principales figures antiféministes de son époque : Élisabeth Lévy et Natacha Polony. Elle est ensuite engagée comme éditorialiste au Figaro et obtient une place de chroniqueuse à l'antenne d'Europe 1. Présente régulièrement sur les plateaux de CNews, la militante réactionnaire fréquente depuis des années les médias de Bolloré pour y propager ses idées nauséabondes et islamophobes.

Eugénie Bastié est une fervente défenseuse du vieux monde et de son ordre et s'érige en combattante du « wokisme ». Le florilège de titres d'essais qu'écrit la pamphlétaire illustre en haut lieu son combat : « Sauver la différence des sexes », « Adieu mademoiselle : La Défaite des femmes », « Le Porc émissaire : Terreur ou contre-révolution ». Ses œuvres ne sont rien d'autre que le reflet des paniques morales les plus réactionnaires de la bourgeoisie et de ses représentants médiatiques. Sa lutte pour ressusciter le vieux monde qui se meurt, s'inscrit aussi dans l'expression d'un racisme crasse à l'encontre des travailleurs étrangers.

Ces derniers années, elle s'est illustrée à de nombreuses reprises pour ses positions islamophobes, entre participation à la tribune du meeting « Pour la République… La France contre l'islamisme » aux côtés, entre autres, de Bruno Retailleau, qui y avait scandé « à bas le voile ! »

Si l'arrivée de Bastié surprend sur France 2, elle ne constitue au final pas tant une rupture, mais plutôt une continuité dans la séquence de droitisation réactionnaire du service public.

La droitisation de l'audiovisuel public à l'image de la radicalisation de la bourgeoisie

Ces dernières années, les exemples de porosité entre les chaînes de radio et de télé publiques et l'extrême droite se sont accumulés. Entre l'éviction de Guillaume Meurice et son équipe, scandaleusement licencié de France inter pour une blague sur Netanyahou, la suspension d'un journaliste sur France Info pour avoir osé qualifier des Palestiniens emprisonnés par Israël « d'otages » ou au regard du traitement médiatique de la mort de Quentin Déranque, l'audiovisuel public a pleinement participé à la répression d'Etat des voix pro-palestiniennes et de la gauche dans son ensemble. C'est dans cette continuité que s'inscrit le recrutement d'Eugénie Bastié, qui aura à cœur de prolonger cette politique.

La publication récente du rapport Alloncle sonne comme une dernière offensive contre les voix critiques que les médias de masse pourraient diffuser, et contre l'ensemble des travailleurs du secteur. Derrière le discours sur la « neutralité », ce document prépare en réalité un encadrement accru des contenus et une mise au pas des rédactions. Son adoption, entachée d'accusations de conflits d'intérêts et de pressions liées à la sphère Bolloré, éclaire les rapports de force à l'œuvre. Dans ce contexte, le recrutement d'une éditorialiste issue de cet écosystème n'a rien d'anodin. Il participe d'un rééquilibrage par l'extrême droite du service public, sommé de s'aligner sur les intérêts d'une bourgeoisie de plus en plus radicalisée.

À l'approche de 2027, le rôle des médias dans la structuration du débat politique apparaît plus central que jamais. Avec des personnes comme Eugénie Bastié, Duhamel et Fogiel, il est fort à parier, qu'une nouvelle fois, les thématiques identitaires et sécuritaires s'imposeront encore comme maîtres du débat, au détriment des véritables préoccupations des travailleurs, comme la précarité, l'inflation, la lutte contre les oppressions, la lutte contre le génocide en cours…

Alors que le rapport Alloncle vient proposer de nouvelles mesures visant l'audiovisuel public, il est nécessaire de soutenir les travailleurs qui se mobilisent pour leurs conditions de travail et leurs salaires. Mais il ne faut pas se faire d'illusion : face à une offensive idéologique en cours, l'idée d'un service public « neutre » et de retour en arrière apparaît illusoire. L'enjeu dépasse en réalité le seul audiovisuel public. Lutter contre cette offensive, c'est aussi s'opposer à l'ensemble des grands médias, privés comme publics, qui participent à la reproduction de l'idéologie dominante. Il s'agit d'un combat d'ensemble à construire, face à la montée de l'extrême droite mais aussi face à un gouvernement qui lui pave la voie.

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