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Matelas au sol, moisissure, cafards... : le quotidien des prisonniers à Angoulême

Tue, 05 May 2026 17:54:48 CEST

Révolution Permanente

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Avec 277 prisonniers pour 199 places, les grèves de matons ont mis en lumière la situation à la prison d'Angoulême, mais au service de revendications qui visent à renforcer les forces de répression.

Plusieurs prisons, dont la maison d'arrêt d'Angoulême, ont été bloquées cette semaine à l'initiative du syndicat Ufap-Unsa Justice, en front avec FO, la CGT et la CFDT. Cette action visait à dénoncer la dégradation de leur condition de travail en lien avec la surpopulation carcérale qui a augmenté de 6% en un an. Parmi leurs principales revendications, les syndicats réclament notamment un « stop écrou », autrement dit la suspension des nouvelles incarcérations, ainsi que des « transferts en masse » de détenus.

Les conditions qui règnent à la prison d'Angoulême sont effectivement scandaleuses : 70 matelas au sol, moisissure et promiscuité sont le quotidien des prisonniers. Celle-ci n'est d'ailleurs pas isolée : mi-janvier, le comité européen pour la prévention de la torture du Conseil de l'Europe qualifiait les prisons françaises, dont le taux d'occupation moyen en 2026 est de 139% et atteint 171% dans les maisons d'arrêt, « d'entrepôts humains ». Mais les mesures revendiquées visent à permettre aux surveillants pénitentiaires d'assurer dans de meilleures conditions leur mission de contrôle et de répression. Une mobilisation qui n'a donc rien de progressiste.

De fait, la situation actuelle est une conséquence directe de la politique ultra répressive du gouvernement en même temps qu'un reflet du rôle de l'institution carcérale. D'un côté, l'exécutif s'acharne sur les prisonniers, à l'image du plan « zéro portable », fort de 29 millions d'euros pour durcir les conditions de rétention, la récente interdiction des activités en prison ou la construction d'une prison de haute sécurité pour enfermer les « narcotrafiquants » et l'annonce de la création d'une police pénitentiaire.. De l'autre, le gouvernement vise à accélérer les possibilités d'incarcération à travers la très réactionnaire loi SURE, pour « sanction utile, rapide et effective ».

Dans ces conditions, aussi bien les revendications des syndicats de matons, qui visent à renforcer un corps de métier assurant, en prison, le contrôle social, raciste et punitif des personnes, pour l'immense majorité, précaires et étrangères, que les revendications du député la France Insoumise René Pilato, venu soutenir leur mobilisation, participent de l'illusion que « réformer » la prison serait possible et souhaitable, légitimant ainsi la logique intrinsèque de l'enfermement. Si les luttes portant l'amélioration immédiate des conditions de vie - lorsqu'elle est demandée par les personnes emprisonnées elles-mêmes - sont importantes et peuvent constituer des points d'appui pour visibiliser l'horreur de la réalité carcérale, aucune « meilleure » condition de détention ne pourra jamais rendre la prison digne.

Améliorer la prison sans en contester le principe, c'est contribuer à sa perpétuation. Ainsi, à l'inverse, loin de toute illusion sur l'institution carcérale, il faut insister sur le fait que les établissements pénitentiaires sont, avec la police, des outils répressifs au service du contrôle social et de la répression d'Etat, visant particulièrement les franges les plus opprimés et précaires de la population.

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