Rachel Kéké menacée de licenciement : « une punition pour avoir mené la grève », solidarité !
Tue, 05 May 2026 20:58:11 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès son mandat de députée LFI, l'ancienne figure de la grève des femmes de chambre de l'Ibis Batignolles Rachel Kéké souhaitait reprendre son travail à la STN. Mais la direction l'a convoquée à un entretien préalable au licenciement après l'avoir mutée à 40km de chez elle. Soutien face à la répression !

En mai 2021, après 22 mois d'une grève exceptionnelle, Rachel Kéké et ses collègues arrachent des victoires importantes face au groupe Accor et la société de nettoyage STN, sous-traitant de l'hôtel Ibis Batignolles : revalorisation salariale, meilleures conditions de travail et la signature d'un contrat limitant les mutations professionnelles à 15 km du domicile des salariés.
Alors que son mandat parlementaire s'est terminé à la suite de la dissolution de l'Assemblée en juin 2024 et de la défaite face au candidat des Républicains, Rachel Kéké souhaitait reprendre son emploi auprès de la STN. Ces derniers ayant perdu le marché de nettoyage de l'hôtel Ibis Batignolles, Rachel Kéké devait être affectée à un nouveau lieu de travail. Elle a confié à Mediapart avoir reçu un courrier le 6 février, lui indiquant qu'elle devra désormais travailler au domaine de Frémigny, qui se trouve à Bouray-sur-Juine, soit à plus de 40km de son domicile, ce qui ne respecte pas l'accord arraché en mai 2021. Cette mutation implique plusieurs heures de déplacement quotidien, dans des conditions particulièrement difficiles, les transports en commun les plus proches se trouvant à 30 minutes à pied du domaine, et alors que les prix du carburant explosent depuis le début de l'agression impérialiste de l'Iran. Ce type de situation est bien connu dans le monde du travail : plutôt que de licencier directement, l'employeur impose des conditions intenables pour pousser les salariés à la faute ou à la démission.
Rachel Kéké a raconté dans une interview avec Le Média avoir été reçue par la STN deux jours après le courrier annonçant la mutation. Ceux-ci, lui ont expliqué qu'à cause de la grève, ils ont « perdu beaucoup d'argent » et que « les médias ont parlé d'eux », avant de lui annoncer qu'ils n'ont pas de place pour elle à Paris. Cette société de sous-traitance hôtelière ayant, selon Mme Kéké, des contrats avec de nombreux hôtels à Paris, elle a « la sensation que c'est une forme de punition pour avoir mené la grève. Certes, ils ont perdu le marché avec le groupe Accor, mais nous on avait perdu notre dignité et on s'est battues pour la récupérer. ».
Rachel Kéké a contacté les ressources humaines pour expliquer que sa mutation ne respectait pas l'accord et était incompatible avec ses conditions de vie. N'ayant pas reçu de réponse, elle ne s'est pas rendue sur son nouveau lieu de travail. La réponse de l'employeur ne s'est pas fait attendre : mises en demeure, menaces de sanctions disciplinaires, suspension partielle du salaire. Cette offensive patronale est caractéristique : remise en cause d'accords collectifs, mutation punitive et pressions disciplinaires.
Ce lundi 4 mai, elle était alors convoquée à un entretien préalable au licenciement. Alors qu'elle a saisi le conseil des Prud'hommes pour le non-respect de l'accord collectif de 2021, Rachel Kéké voit cette convocation comme un moyen d'éviter le procès, qui devait avoir lieu le 15 juin.
Cette répression patronale d'une figure syndicale emblématique et politique est un signal adressé à l'ensemble des travailleurs : aucune victoire n'est définitivement acquise, et toute contestation peut être sanctionnée, même des années plus tard. Le patronat fait la chasse aux travailleurs qui osent relever la tête, à l'image des 1000 syndicalistes CGT poursuivis après la réforme des retraites ou bien de Jean-Paul Delescaut, Anasse Kazib et Timothé Esprit, tous syndicalistes et réprimés pour leur soutien au peuple Palestinien.
Face à la radicalisation du patronat et à la répression d'Etat, il est urgent d'opposer un front large de l'ensemble des organisations syndicales et politiques pour exiger la fin des poursuites contre les travailleurs réprimés, et la réintégration de tous les réprimés, comme Rachel Kéké. L'interdiction des licenciements est plus que jamais liée à cette lutte contre la répression, afin d'ôter cette arme de chantage abject au patronat. Soutien à Rachel Kéké et à tous les réprimés !