« Je vais devoir changer de pays » : les étudiants étrangers face aux conséquences de Bienvenue en France
Tue, 05 May 2026 16:31:34 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalExtrêmement inquiets, contraints d'envisager d'abandonner leurs études ou de quitter la France : des étudiants étrangers du Mirail ont témoigné auprès du Poing Levé de l'impact concret sur leur vie du projet gouvernemental visant à limiter drastiquement les exonérations de frais d'inscription dans les universités.

Dans un entretien au Parisien daté du 20 avril, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a annoncé un plan gouvernemental visant à ce que « les universités ne puissent plus édicter des exonérations massives » de frais d'inscription pour les étudiants étrangers hors-UE, qui « seront réservées à des cas très précis ». Une véritable bombe, qui a explosé au visage des quelques 300 000 étudiants extra-communautaires, qui devront désormais payer environ 3000€ pour une année à la fac.
Pour rappel, depuis 2018 et la loi très cyniquement nommée « Bienvenue en France », les étudiants étrangers hors-UE doivent en effet débourser 2.895 euros par an en licence, contre 178 euros pour les Français et Européens, et 3.941 euros en master, contre 254 euros pour les intra-communautaires. Une différenciation xénophobe que bon nombre d'universités, comme celle du Mirail à Toulouse, refusent jusqu'à présent d'appliquer sous la pression des luttes étudiantes, votant chaque année des exonérations de frais. En conséquence de cette situation, d'après le ministre, seuls 10% des étudiants étrangers extra-communautaires paient ces frais exorbitants.
Un statu quo que le ministre entend balayer, en plafonnant à 10% la proportion des étudiants étrangers que les universités auront le droit d'exonérer. Pour les étudiants étrangers concernés, cette annonce est tout bonnement dévastatrice. Marie, étudiante en langues, témoigne auprès du Poing levé, « cette situation me touche de plein fouet [...] je suis totalement perdue, la vérité c'est que je ne pourrais pas payer si jamais la fac met fin aux exonérations pour nous ».
Nour*, en licence de psychologie, confirme : « cela m'inquiète beaucoup. J'ai construit mon projet d'études en France en tenant compte de cette exonération et j'ai même choisi des universités qui la proposaient. Si j'avais su dès le début que les frais seraient aussi élevés, ma décision aurait été différente, si ils appliquent cette nouvelle lois, je pense que je vais changer de pays ».
En effet, les sommes exigées par le gouvernement sont hors de portée de la grande majorité des étudiants, et surtout de toutes celles et ceux qui viennent de pays qui subissent l'impérialisme et dont les familles sont elles-mêmes précaires. Le passage en force voulu par le ministre a donc un double objectif : renflouer ses caisses sur le dos d'une des frange les plus pauvres de la population, et fermer les universités aux étudiants étrangers les plus précaires.
Une offensive xénophobe extrêmement grave, justifiée d'après le gouvernement par la sempiternelle nécessité de faire des économies. Ce dernier se garde pourtant dans le même temps de toucher un seul centime des profits faramineux du grand patronat, qu'il continue au contraire d'arroser d'argent. Rien qu'en avril, Total a par exemple engrangé - en spéculant sur la guerre impérialiste des USA et d'Israël contre l'Iran - plus d'un milliard d'euros de profits, soit plus que ce que la fin de l'exonération rapporterait si tous les étudiants étrangers extra-communautaires pouvaient payer les 3000€ exigés pour l'année qui vient. Mais que valent 300 000 projets de vie face aux intérêts pécuniers d'une poignée de grands actionnaires ?
Derrière les mensonges du gouvernement, les annonces du ministre visent donc à lancer une offensive xénophobe de grande ampleur, le tout pour continuer de ponctionner les classes populaires au profit du grand patronat. D'ailleurs, il s'agit aussi d'un test pour le gouvernement : si il n'y a pas de réaction de notre côté à cette offensive, il aura toute confiance pour généraliser dans les années qui viennent les frais d'inscription exorbitants à l'ensemble des étudiants, afin de dégager l'ensemble des enfants d'ouvriers des facs, ce qui constitue son objectif depuis des années.
Aussi, il est fondamental de construire dès à présent la solidarité et une mobilisation massive dans nos universités. Pour ce faire, Le Poing Levé est à l'initiative, dans toutes les facs où nous sommes présents, de rencontres avec l'ensemble des organisations étudiantes pour construire concrètement la résistance. Soyons nombreuses et nombreux de 12 mai, jour où sera discuté le décret pour faire passer cette attaque, et où une mobilisation est appelée par l'intersyndicale. Pour y prendre part et pour continuer de faire connaître cette situation, parles-en autour de toi, contacte Le Poing Levé, envoie-nous ton témoignage et viens aux rencontres anti-impérialistes du Poing Levé, le 23 mai à Toulouse !
*Le prénom a été modifié