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Trump veut envoyer l'USS Abraham Lincoln contre Cuba

Tue, 05 May 2026 19:23:32 CEST

Révolution Permanente

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« L'USS Abraham Lincoln, notre plus gros porte-avion, de retour d'Iran ; il va s'arrêter à quelque cent mètres des côtes cubaines et ils vont dirent ‘Merci ! On se rend ! ». Rires dans la salle. Il ne s'agit pas d'un mauvais spectacle de stand-up comedian à l'affiche, ces jours-ci, à Broadway, mais du dernier discours de Trump devant un parterre de décideurs et d'hommes d'affaires, à Palm Beach, en Floride, vendredi dernier.

Alors, bien entendu, Trump a annoncé qu'il entendait d'abord « finir le job » en Iran. Comment, et avec quel calendrier ? Personne ne le sait vraiment, et sa dernière « Project Freedom » visant à « libérer » le détroit d'Ormuz relance les tensions au Moyen-Orient, sans que l'on sache si le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran va tenir encore longtemps. Il n'en reste pas moins que vis-à-vis de La Havane, Trump ne veut pas en démordre. L'île serait la prochaine cible sur sa liste.

Il y avait eu les menaces d'intervention militaires contre Cuba, toujours prononcées sur un ton badin (« faites semblant de ne pas avoir entendu »), lancées lors d'un Forum d'investisseurs saoudiens, toujours en Floride, fin mars. Puis cette fuite du 15 avril (probablement orchestrée avec l'aval du département d'État), publiée dans USA Today, au sujet d'une intervention militaire du Pentagone, programmée contre Cuba, et qui n'aurait besoin que du feu vert de la Maison blanche. Dernières en date, donc, ces menaces réitérées, le Premier mai, servant à son public, hilare, un scénario hollywoodien avec un porte-avion jetant l'ancre au large des côtes cubaines pour faire plier le pays. Remake de la politique de la canonnière qui fait rigoler la salle à l'évocation de cette époque où la simple apparition, au large, de l'US Navy, dictait la politique des pays composant l'arrière-cour de Washington en Amérique latine et dans la Caraïbe, arrière-cour avec laquelle la « Doctrine Donroe » entend « resserrer les liens ».

Bluff ? Enième coup de pression ? Quelques jours avant, à 51 voix contre 47, lors d'un vote de procédure, le Sénat étatsunien a dédouané le président de toute obligation à obtenir l'aval du Congrès avant d'engager une action armée contre Cuba. Ce qui est sûr, par-delà la mise en scène du show présidentiel à Palm Beach, c'est que Trump s'est fendu d'un nouveau décret, peu avant de présenter son discours : un décret qui prévoit un nouveau train de sanctions contre Cuba et qui vient s'ajouter à celles entrées en vigueur à la suite du décret exécutif du 29 janvier et qui condamne Cuba et sa population à l'asphyxie énergétique en promettant des malus tarifaires supplémentaires à tout pays qui exporterait à des fins commerciales ou humanitaires du pétrole en direction de l'île.

La spécificité des sanctions prises le Premier mai ont trait non plus seulement à leur caractère extraterritorial – frapper les actifs étatsuniens de toute entité privée ou tout État qui serait associé à des investissements dans les secteurs stratégiques de l'île, à commencer par celui de l'énergie – mais également leur caractère rétroactif. Désormais, ce ne sont plus seulement les investissements actuels qui sont en ligne de mire, mais également les investissements passés. Pour rajouter un « argument légal » tout droit sorti de la loi du talion, ce ne sont pas uniquement des investisseurs étrangers faisant affaire avec Cuba qui sont visés, mais également les actifs étatsuniens de tout membre adulte de leur famille qui pourraient être gelés, sans avis préalable du secrétariat au Trésor.

La logique qui sous-tend le nouveau décret présidentiel de Trump consiste à couper non seulement l'île du système international de transactions bancaires, mais également toute entité ou État qui aurait des liens commerciaux, ou financiers avec Cuba. Le blocus de l'île, en vigueur depuis le début des années 1960, est porté à ses dernières conséquences. Après l'asphyxie énergétique, l'étranglement financier. Une version caribéenne de ce que Trump applique à l'Iran et à la population iranienne, à la seule différence que l'agression militaire n'a pas encore été lancée.

Pour l'heure, la « communauté internationale » n'a pas réagi à ce nouveau coup de semonce impérial. Pas davantage que les « pays amis » de Cuba, les gouvernements progressistes du Mexique, de la Colombie ou du Brésil qui n'ont avancé aucune mesure concrète pour briser le blocus redoublé qui prend tout un peuple en otage. Le gouvernement cubain – qui appelait à une grande manifestation, le Premier mai, sur le front de mer de La Havane et qui a réuni davantage de participant.es que lors des mobilisations précédentes, ces dernières semaines – a réagi par voie diplomatique contre cette violation flagrante de toutes les normes internationales. Sans rien régler des contradictions dans lesquelles les autorités cubaines se sont un peu plus enferrées avec l'acceptation de « discussions » entre Washington et La Havane depuis plusieurs semaines. Dans la situation actuelle, les autorités cubaines vont-elles continuer à poursuivre sur la voie des « négociations » avec l'administration Trump, à grands renforts de « réformes de marché » qui se sont accélérées ces dernières semaines et qui érodent un peu plus ce qui reste d'économie socialisée et planifiée et de conquêtes sociales ? Continuer sur cette voie s'apparenterait davantage à une capitulation, à petits pas, devant les exigences de l'impérialisme étatsunien et de la diaspora américano-cubaine de Floride, qu'à donner de l'oxygène à l'économie et à la population, comme le justifie le gouvernement, à La Havane. Et encore moins à défendre l'héritage de la Révolution de 1959.

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