« Contre la colonisation » : des élèves ingénieurs dénoncent le partenariat de l'Efrei avec Carrefour
Mon, 04 May 2026 19:51:50 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 23 avril, des étudiants de l'Efrei ont lancé une pétition pour dénoncer le partenariat de leur école d'ingénieurs avec Carrefour, entreprise complice de la colonisation en Palestine, visée depuis de nombreuses années par la campagne BDS.

Le 23 avril, des étudiants de l'Efrei, une école d'ingénieurs basée à Villejuif, ont lancé une pétition pour revendiquer la rupture du partenariat entre leur école et Carrefour. Révolution Permanente a interrogé A. et P., deux étudiants mobilisés, qui refusent que leur école soit complice de la colonisation israélienne.
RP. Est-ce que vous pourriez revenir sur les raisons de votre opposition au partenariat de votre école avec Carrefour ?
P. Carrefour, c'est une entreprise du secteur de la grande distribution qui est complètement impliquée dans la colonisation israélienne. Le groupe développe ses activités dans les colonies israéliennes en Cisjordanie. Ils y sont largement implantés, et c'est le cas depuis très longtemps d'ailleurs. L'appel au boycott de Carrefour a été lancé il y a plusieurs années, notamment par des organisations comme Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).
On n'est même pas sûrs du contenu exact de ce partenariat, parce que les accords ne sont pas transparents. Ce qui est communiqué, c'est l'intervention de Carrefour au sein de l'Efrei, la tenue d'un stand et le recrutement d'étudiants en stage et en alternance. Signer ce partenariat en 2026, avec une boîte dont on sait qu'elle est la cible d'un boycott, c'est injustifiable.
Carrefour est sur les listes d'entreprises à boycotter depuis des années, et il est probable que beaucoup d'étudiants la boycottent déjà. On ne peut pas boycotter Thalès, puisqu'on n'achète pas de drones à titre personnel. Alors que Carrefour, on peut choisir de ne pas aller y faire nos courses. Il n'y a pas de raison que le boycott s'arrête aux portes de notre école.
Si notre démarche aboutit contre Carrefour, on voudrait faire annuler les autres partenariats de l'école. C'est aussi un des retours qu'on a eus sur Insta : parmi les réactions positives, certains demandent : « Pourquoi on ne s'occupe que du groupe Carrefour, alors qu'il y a d'autres partenariats problématiques ? » Il y a Thales, mais aussi Capgemini, qui a travaillé avec l'ICE aux États-Unis. L'Efrei a même un partenariat avec l'institut de technologie de Holon, en Israël. Donc il y a d'autres partenariats, ce n'est pas un cas isolé. Ce qu'on vise, ce sont les politiques de complicité avec la colonisation et la militarisation.
RP. Le 23 avril, vous avez publié une lettre ouverte à destination de la direction de votre école et lancé une pétition ainsi qu'une page Instagram, pour dénoncer ce partenariat. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce combat ? Quelle a été votre démarche ?
P. En janvier 2026, j'ai remarqué un post de l'école sur LinkedIn qui annonçait ce partenariat avec Carrefour. J'ai été choqué par l'absence de réaction à cette publication. Ça semblait normal.
Pour moi, ce n'était pas normal. J'ai réfléchi à ce que je pouvais faire à mon échelle. Un des premiers réflexes que j'ai eus, c'est de ne pas faire ça tout seul. Je ne me suis jamais vraiment opposé à quelque chose. Mais là, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à tenter.
J'ai donc rassemblé des gens que je savais partager la même cause que moi. Le plan a d'abord consisté à envoyer à la direction de l'école, début avril, un document très détaillé pour expliquer pourquoi ce partenariat avec Carrefour est inacceptable.
On a laissé un délai de 15 jours à l'école pour nous répondre. Et passé 15 jours, on est passés à la suite, en rendant notre lettre publique et en lançant la pétition, qui a aujourd'hui dépassé les 140 signatures.
A. On a essayé de discuter avec notre direction, mais nous n'avons pas eu de réponse. On s'est dit que si on avait un peu de visibilité, ça marcherait. C'est seulement une fois que ça a pris une ampleur publique que la direction de l'école s'est manifestée.
RP Pensez-vous que les étudiants en ingénierie du numérique ou en informatique ont un rôle particulier à jouer dans la bataille contre la militarisation et contre le génocide dans la séquence internationale actuelle ?
A. Je dirais que oui. On voit de plus en plus que des entreprises de l'IA comme OpenAI sont en train de développer des partenariats avec l'industrie de la défense. Récemment, OpenAI a ouvert des négociations avec le Pentagone, ce qui a mené à des protestations de la part d'ingénieurs qui y sont employés. Donc, oui, je pense qu'on aura quelque chose à voir là-dedans. Et c'est pour ça que c'est important d'avoir des étudiants politisés et sensibilisés là-dessus.
RP. Avez-vous suivi les mobilisations contre les partenariats avec des entreprises complices du génocide, de la colonisation ou avec des institutions israéliennes dans d'autres écoles et universités ?
P. Ça s'est vu dans les facs publiques, il y a eu aux Beaux-Arts — j'ai vu un article de RP à ce sujet. Ça s'était vu à Sciences Po aussi. Dans les écoles privées, c'est beaucoup plus rare.
Notre but, c'est de faire en sorte que les étudiants, même en écoles privées, se motivent à prendre des initiatives comme nous. On a cette volonté de mobiliser d'autres étudiants, d'autres écoles, à faire la même chose. Je sais qu'avec le compte Insta, on a aussi atteint le campus de Bordeaux de l'Efrei. Donc on arrive déjà à atteindre les autres campus, et c'est une bonne chose. Je pense que c'est bien que ça sorte de l'école.
C'est pourquoi on appelle tout le monde à signer la pétition contre le partenariat entre l'Efrei et Carrefour, mais aussi les étudiants qui sont dans d'autres écoles, et même en entreprise, à prendre des initiatives contre les partenariats avec des complices de la colonisation.