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Loi séparatisme 2.0 : Nuñez veut une loi islamophobe et ultra-autoritaire

Mon, 04 May 2026 21:51:46 CEST

Révolution Permanente

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De l'élargissement des possibilités de dissolution au pouvoir ministériel d'interdire des ouvrages et au contrôle préfectoral des associations, Nuñez vise « l'entrisme diffus » pour lancer une offensive autoritaire et islamophobe sans précédent.

Dans un entretien au Monde, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a dévoilé le contenu de la loi que le gouvernement prépare « contre le séparatisme et l'entrisme », une nouvelle attaque islamophobe cinq ans après la loi séparatisme et alors que la loi sur l'« entrisme islamiste » de Retailleau sera examinée, ce mardi 5 janvier, à l'Assemblée.

« Pas de rupture affichée, l'apparence d'une adhésion aux règles de la République, en réalité, une stratégie de noyautage dans le but, in fine, d'imposer la loi religieuse par des manœuvres trompeuses, des pressions, des menaces. Ce sont des comportements extrêmement diffus et difficiles à caractériser » : voilà la définition particulièrement opaque que Nuñez donne de l'« entrisme ». Une collection de notions floues qui permettent d'élargir considérablement le champ de la répression en criminalisant à peu près n'importe quel comportement, sur la base d'une simple suspicion « diffuse ».

La nouvelle loi se fonde ainsi sur le rapport complotiste de l'été dernier, consacré à l'« entrisme des Frères musulmans », et utilise ce concept pour créer un huitième motif de dissolution d'association. Nuñez insiste cependant sur le fait que sa loi est beaucoup plus large que celle de Retailleau et ne cible pas seulement l'« entrisme islamique » : « Notre texte ne cible pas seulement l'entrisme islamiste, il vise toutes les formes de séparatisme et d'entrisme ». Une définition qui prépare des offensives majeures contre les organisations associatives et politiques, qui criminalisent les personnes de confession musulmane ou assimilées comme telles, et qui permettrait potentiellement de viser toutes prises de position anticoloniales ou antimilitaristes dans la sphère publique. Nuñez donne le ton : « le terreau le plus favorable pour accueillir des tenants de l'entrisme se situe du côté de LFI ».

La loi de 2021 créait un « contrat d'engagement républicain » dont la violation permettait aux élus de récupérer des subventions publiques. Cette nouvelle loi permettra désormais au préfet de se substituer aux élus. Les associations devront aussi fournir toute leur comptabilité au préfet. Les ministres aussi se voient dotés d'un pouvoir de censure supplémentaire : « Les ministres de l'Intérieur et de la Culture [auront] un pouvoir général d'interdiction de livres qui contiendraient des passages homophobes, appelant à la haine ou carrément négationnistes dans un délai très court ».

Le texte prévoit aussi de s'attaquer aux ressources financières des associations dissoutes en nommant un liquidateur, pour éviter qu'elles se reforment à l'étranger, en nommant spécifiquement le Collectif contre l'islamophobie comme exemple. Enfin, ce projet de loi prévoit d'allonger la durée légale pendant laquelle il est possible de s'opposer à une publication, en la portant d'un à trois ans, ainsi que son délai de prescription.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Macron, ce sont 51 associations qui ont été dissoutes ou menacées de dissolution. Les mesures islamophobes servent de laboratoire à un durcissement autoritaire qui sert à l'État à réprimer toute forme d'opposition.

De « l'état d'urgence anti-trafic » proposé par Retailleau, dans le cadre de sa campagne pour les présidentielles, à la loi, examinée demain à l'Assemblée contre l'entrisme islamique, en passant par la loi RIPOST, la loi SURE et la loi séparatisme, le gouvernement – et ses anciens ministres – assument une ligne ultra-autoritaire qui fait des lois islamophobes un laboratoire réactionnaire destiné à organiser la répression de l'ensemble de l'opposition politique au macronisme et à l'impérialisme français.

L'extension du délit d'entrisme – imbibée de l'esprit du néomaccarthysme féroce qui s'abat contre tous les soutiens de la Palestine – prépare la voie à de nouvelles offensives majeures. Il y a urgence à préparer une riposte antiraciste, qui affronte toutes les lois sécuritaires et islamophobes du gouvernement, en alliance avec le mouvement ouvrier et les luttes anticoloniales qui seront immanquablement visées par cette série de mesures autoritaires, face auxquelles il va falloir prendre les rues, sans aucune illusion dans les institutions qui légitiment systématiquement les offensives les plus brutales de l'État.

Crédits photos : capture d'écran.

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