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« Je suis hostile à l'immigration de travail » : François Ruffin, candidat rose-brun

Mon, 04 May 2026 22:02:33 CEST

Révolution Permanente

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Ce mardi 28 avril, François Ruffin s'est déclaré sur France 2 « hostile à l'immigration de travail ». Poussant à bout sa logique protectionniste et sa stratégie opportuniste de séduction de l'électorat du RN, le candidat à la présidentielle finit par défendre des positions ouvertement xénophobes.

Deux semaines à peine après s'être lancé dans la campagne présidentielle, François Ruffin tente déjà de cliver pour faire décoller sa candidature. Invité sur le plateau de France 2 mardi 28 avril, le député de la Somme a exprimé sa position sans nuances : réagissant aux propos hypocrites de Macron sur l'importance des médecins étrangers en France, il s'est ouvertement déclaré « hostile à l'immigration de travail ». Avec ces mots lourds de sens, le candidat confirme sa ligne en vue de 2027 : séduire les classes populaires attirées par l'extrême droite en se positionnant clairement sur son terrain, opposant travailleurs français et étrangers.

Derrière un vernis « humanitaire », une position ouvertement xénophobe

S'ils ont suscité des critiques à gauche, les propos de Ruffin sont loin d'être un simple dérapage. Dans une note de blog publiée le lendemain, il revendique et argumente sa déclaration. Le député s'appuie notamment sur les propos tenus en 2023 par le président du MEDEF, selon lesquels l'économie française aurait besoin de « 3,9 millions de travailleurs étrangers ». Invité sur BFM TV ce 1er mai, Ruffin a surenchéri en se disant opposé au « projet d'importation de main d'œuvre » du MEDEF. De quoi faire passer son opposition à l'immigration de travail comme une position pro-ouvrière, et dénoncer la gauche qui refuserait de s'aligner avec sa proposition xénophobe comme une « alliée objective du patronat ».

Pour tenter de donner un vernis « progressiste » à sa position, Ruffin ne manque pas de souligner que, pour les étrangers déjà présents sur le territoire français, il défend « une régularisation pour des raisons à la fois humanitaires, mais aussi de production, et enfin, parce qu'on fait nation par le « faire ensemble » ». Afin d'appuyer ces bonnes intentions, le député aime par ailleurs se montrer comme un des premiers soutiens des travailleurs précaires, très souvent issus de l'immigration et parfois sans papiers. Au meeting pour le lancement de sa campagne présidentielle à Lyon, l'un des premiers orateurs n'était autre que Abou Sangaré, travailleur guinéen dans l'automobile et acteur principal de L'Histoire de Souleymane, que Ruffin a personnellement aidé pour l'obtention de son titre de séjour.

Mais la tentative de donner une image humaniste de lui-même ne change rien au caractère xénophobe de son discours. Quelle que soit la manière de présenter les choses, affirmer son opposition à « l'immigration de travail » revient inévitablement à désigner les étrangers comme responsables du chômage, de la précarité et de la faiblesse des salaires. Dès lors, la solidarité de Ruffin avec les travailleurs sans papiers est on ne peut plus hypocrite. Exiger une fermeture des frontières pour l'immigration de travail, comme il le fait, revient en réalité à renforcer les conditions de précarité des travailleurs étrangers qui, poussés par les guerres et la misère engendrées par le capitalisme, n'ont souvent d'autre choix que l'exil pour survivre.

Ceux qui font le jeu du patronat, ce sont bien ceux qui veulent renforcer l'Europe forteresse et aggraver les conditions d'extrême précarité des personnes étrangères. En faisant de l'immigration une menace pour les travailleurs déjà présents en France, Ruffin défend en réalité une politique bourgeoise en plein accord avec les intérêts patronaux : il alimente la division entre travailleurs français et immigrés. En faisant de l'immigration la cause des problèmes de la population, le candidat à la présidentielle accentue donc la division raciste intrinsèquement liée au capitalisme et à ses institutions, et s'aligne de facto sur le discours de l'extrême droite.

Le racisme et la xénophobie, un prolongement du protectionnisme

En réalité, l'argumentaire de Ruffin est tout sauf une innovation. Depuis toujours, l'extrême-droite a cherché à faire passer sa xénophobie comme une position « sociale », voire anticapitaliste. Et certaines franges de la « gauche » ont toujours répondu à ses sirènes en reprenant cet argumentaire : volant à la rescousse de Ruffin face aux critiques de la gauche, le Journal du Dimanche a défendu le candidat à la présidentielle en l'inscrivant dans les pas de Georges Marchais, François Mitterrand, et même Jean Jaurès qui dénonçait dans un discours de 1894 « l'invasion des ouvriers étrangers qui viennent travailler au rabais ». Autant d'amis bien encombrants sur la question de l'immigration et des étrangers, qui ne font qu'illustrer les positions désastreuses de la gauche institutionnelle sur la question de l'immigration.

De ce point de vue, Ruffin s'est toujours inscrit dans cette ligne qui flirte avec les thèmes de l'extrême droite. Avec ses déclarations de la semaine dernière, il se contente de radicaliser la position qu'il défend depuis des années. En se faisant un des chantres du protectionnisme en France, soi-disant pour défendre l'emploi, les positions économiques de Ruffin contenaient déjà en germe une hostilité à l'immigration. Dans un entretien accordé à Marianne en février dernier, il affirmait d'ailleurs sans détours : « Il faut une régulation aux frontières. Dans les différentes formes d'immigration, il faut choisir ». Une position que l'on retrouvait déjà en 2018, lorsqu'il affirmait sur le plateau de France Info qu' « on ne peut pas dire que la France va accueillir tous les migrants, ce n'est pas possible ».

À l'occasion de cette campagne présidentielle, François Ruffin a donc simplement explicité la position qui est la sienne dans toutes ses conséquences : une logique protectionniste qui prétend défendre les droits des travailleurs mais qui conduit inévitablement à s'aligner sur un secteur du patronat français et à faire de l'immigration et des travailleurs étrangers une menace pour le pays. À son habitude, l'ancien insoumis reste entièrement aveugle à la façon dont le patronat utilise les oppressions pour dominer les travailleurs, reprenant systématiquement à son compte les clichés les plus réacs sur ces questions. Or, si les patrons peuvent utiliser les différences de nationalité entre les travailleurs, y compris en alimentant la concurrence entre eux et en faisant pression à la baisse sur les conditions de travail et les salaires, c'est parce que l'ensemble du système le met en position de les exploiter. Plus largement, la bourgeoisie profite de tout ce qui affaiblit leurs luttes et les divise, qu'il s'agisse des divisions nationales, raciales, de genre, d'âge ou de statut.

A rebours des positions de Ruffin, ce sont l'ensemble de ces divisions et le système qui les alimente qu'il faut attaquer. Le chômage de masse, les bas salaires et la dégradation des conditions de travail sont avant tout le produit de l'exploitation patronale, des politiques des gouvernements successifs à son service et d'un système capitaliste fondé sur le profit. Contre le poison xénophobe que le député de la Somme a choisi de répandre à son tour, il est urgent de revendiquer des mesures essentielles pour mettre fin à l'exploitation raciste des travailleurs étrangers : régulariser tous les sans-papiers, garantir l'ensemble de leurs droits politiques, assurer un logement digne pour tous et, plus largement, de défendre l'ouverture de l'ensemble des frontières.

Crédit photo : capture d'écran Twitter.

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