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« Je vais au boulot pour les 200 balles de tickets restau » : face à l'inflation, un ouvrier témoigne

Mon, 04 May 2026 19:54:55 CEST

Révolution Permanente

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Nous publions ci-dessous le témoignage d'un ouvrier de la logistique qui parle de ses conditions de travail et des difficultés financières auxquelles il fait face avec l'explosion du prix du carburant et de l'inflation.

Je suis cariste dans un entrepôt logistique de la région toulousaine. Si je n'ai jamais roulé sur l'or et si, à de très rare exception près, je n'ai jamais pu mettre beaucoup de côté pour souffler financièrement, c'est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts depuis quelques semaines. Et quand je regarde autour de moi, je vois que c'est le cas de la majorité de mes collègues et amis.

Concrètement, je touche aux alentours de 1500 euros par mois, avec 200 euros de tickets restaurants en plus. Un salaire assez bas donc, alors que dans la logistique il n'y a pas de métiers faciles. Même en tant que cariste, et donc sur un chariot élévateur, on est amené à manipuler des charges lourdes à la force de nos bras régulièrement et tous les jours, jusqu'à 50 ou 60kg avec les produits les plus lourds. Des conditions de travail difficiles donc, dont toutes celles et tous ceux qui ont un jour mis les pieds dans un entrepôt peuvent témoigner.

Sauf qu'aujourd'hui, c'est de plus en plus difficile de finir les mois. Je suis jeune papa, en horaire décalé tout comme ma compagne et nous sommes obligés de faire appel à une assistante maternelle, ce qui entraine des frais de plusieurs centaines d'euros même avec les aides. Avec l'explosion du prix du carburant, c'est simple, j'en ai pour 250 euros d'essence chaque mois. Si on ajoute à cela la bouffe, le loyer, l'électricité, etc., les comptes sont simples : aujourd'hui, toute ma paie part dans les frais et je vais au boulot pour les 200 euros de tickets restaurants.

Au delà du fait que si les choses continuent comme ça, cela ne sera bientôt plus rentable pour moi d'aller bosser, on est nombreux dans mon entrepôt à ne plus en pouvoir. Qui aurait envie de se péter le dos jour après jour pour 200 balles ? Pourquoi ce serait à nous de payer les conséquences de la crise alors que dans le même temps Total se gave comme jamais en spéculant sur la guerre ? C'est à eux et à tous ceux qui profitent de la crise pour s'en mettre pleins les poches de passer à la caisse !

On est aussi de plus en plus nombreux à être en colère. On voit bien que tout augmente sauf une chose : notre paie à la fin du mois. On a bien compris que suspendre les taxes sur le carburant ou même plafonner les prix ne suffiront pas. Ce qu'il faut, c'est une forte augmentation de nos salaires et que nos salaires suivent l'inflation pour qu'on puisse vivre dignement. Mais pour cela, on voit bien aussi que mener une bataille sur notre seul entrepôt ne suffira pas. Ce qu'il faut, c'est un grand mouvement de grève qui touche tout le monde, tous les secteurs, les CDI comme moi ou les intérims comme nombre de mes collègues qui touchent encore moins. C'est le rôle de nos syndicats, au niveau national, d'appeler et de préparer ce grand combat qui sera difficile mais qui vaut la peine d'être mené. Il y a urgence, sur la dalle on est en train de craquer.

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