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Guerre en Iran : pour rouvrir Ormuz, Trump navigue à vue et risque un nouvel échec

Mon, 04 May 2026 18:59:57 CEST

Révolution Permanente

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Trump a annoncé le début d'une opération navale pour rouvrir le détroit d'Ormuz, un nouveau signe de fébrilité de l'impérialisme alors que les effets du blocus sont limités et que l'Iran maintient ses exigences dans les négociations.

Dimanche 3 mai, Trump a annoncé le lancement d'une nouvelle opération dans le détroit d'Ormuz : la marine étasunienne s'apprêterait à escorter les navires, coincés depuis le début de l'agression impérialiste, le 28 février dernier, pour sortir du détroit. D'après le commandement militaire étasunien, l'opération, qui devait commencer ce lundi matin, engagerait plusieurs destroyers, une centaine d'appareils de combat et 15 000 soldats.

« Nous avons dit à ces pays que nous guiderions leurs navires en toute sécurité hors de ces voies maritimes restreintes, afin qu'ils puissent poursuivre librement et efficacement leurs activités » a noté Trump, alors que 913 navires seraient toujours coincés dans les eaux du Golfe, selon AXSMarine.

Trump a menacé de mener des opérations offensives si l'Iran entravait l'opération, nommée « Project Freedom », ouvrant la voie à une tentative de rouvrir le détroit par la force. Depuis les annonces de Trump, la situation s'est rapidement tendue tandis que l'Iran a d'emblée fait le choix de faire monter les coûts de la manœuvre de Trump. Les Émirats arabes unis font état d'une attaque de drone contre un tanker, ce dimanche, tandis que des médias iraniens ont indiqué qu'un navire étasunien avait été visé, lundi matin, par des tirs de missiles, une frappe que le commandement militaire étasunien dément. Un pétrolier aurait également été visé près d'Oman. En fin d'après-midi, les Émirats arabes unis ont signalé que les infrastructures pétrolières de Fujairah ont été prises pour cible par des drones iraniens, provoquant un incendie. Des frappes contre plusieurs monarchies ont eu lieu, ouvrant la voie à un nouveau cycle d'escalade.

Cette nouvelle manœuvre de Trump intervient quelques jours après la communication, par l'intermédiaire du Pakistan, d'un nouveau plan de cessez-le-feu, rédigé par l'Iran. Selon l'agence Tasnim, Téhéran demande le retrait des forces étasuniennes des zones proches de l'Iran, la levée du blocus étasunien, des réparations pour les dommages causés par les attaques israélo-étasuniennes, ainsi que la levée des sanctions et le dégel des avoirs du pays, l'arrêt des combats sur tous les fronts et la mise en place d'un dispositif pour gérer le détroit d'Ormuz.

Selon al-Jazeera, qui fait un résumé différent des négociations, le plan prévoierait trois phases, destinées à mettre fin à la guerre sous 30 jours : une première phase verrait l'ouverture du détroit et le déminage des eaux en échange de la levée du blocus. La seconde phase permettrait de rétablir le droit à l'enrichissement du pays, autour de 3,6 %, après un certain délai qui pourrait aller jusqu'à 15 ans, la levée des sanctions et une clause de non-agression entre Israël, les États-Unis et l'Iran. Enfin, l'Iran aspirerait à mener un « dialogue stratégique » avec les pays arabes afin de construire une nouvelle « architecture de sécurité » régionale.

Quoi qu'il en soit, cette séquence intervient quelques jours après une nouvelle prise de parole de Motjaba Khamenei, le nouveau guide suprême, qui a indiqué que l'Iran resterait en contrôle du détroit d'Ormuz, en lien avec certains pays du Golfe.

La manœuvre agressive de l'impérialisme étasunien apparaît dans ce contexte comme une nouvelle démonstration de faiblesse. Alors que Trump proclamait, le 25 avril, que le blocus mis en place par les États-Unis allait provoquer l'effondrement de l'économie du pays, force est de constater que l'Iran s'est également préparé à cette éventualité.

À rebours des déclarations de Scott Bessent, le secrétaire à l'énergie de Trump, architecte du pillage des ressources énergétiques du Venezuela, qui expliquait le 22 avril que le secteur pétrolier iranien serait saturé en « quelques jours », le pays a augmenté ses capacités de réserve : « Téhéran utilise notamment le stockage flottant sur pétrolier. Le pays a déjà remis en service des réservoirs anciens ou partiellement désaffectés. Il a également recours à des installations improvisées dans des hubs comme Ahvaz et Assalouyeh et tente, de manière limitée, des exportations par rail vers la Chine », comme le note Umud Shokri pour Le Monde, sans doute au travers du corridor sino-pakistanais.

L'Iran disposerait ainsi d'une capacité de stockage de 90 à 95 millions de barils. Après quelques semaines de blocus, les réserves iraniennes seraient montées à 49 millions de barils, selon Kpler. En d'autres termes, l'Iran dispose de plusieurs semaines encore avant de devoir interrompre sa production. D'autre part, l'effet du blocus étasunien est également limité par les mécanismes mis en place par Téhéran depuis plusieurs années pour contourner les sanctions. Toujours selon Kpler, les livraisons de brut iranien prennent généralement deux mois pour atteindre la Chine, tandis que le paiement des cargaisons prend deux mois supplémentaires. Alors que près de 190 millions de barils iraniens sont actuellement en circulation partout dans le monde, l'Iran doit encore percevoir l'équivalent de plusieurs mois de livraisons, retardant encore l'impact du blocus.

Dans cette situation, le temps joue toujours en faveur de l'Iran, tandis que les États-Unis, qui ont accepté dans les faits un arrêt unilatéral des combats sans obtenir la réouverture du détroit d'Ormuz, ont systématiquement reculé devant leurs propres ultimatums. Si les opérations navales annoncées par Trump visent peut-être à accentuer la pression, dans l'espoir que Téhéran infléchisse ses exigences, que Washington ne peut pas accepter sans reconnaître l'échec de ses opérations militaires, elles pourraient également être le prélude à une reprise des combats.

Depuis plusieurs semaines, en effet, les États-Unis ont acheminé de nouveaux équipements dans la région. Mais, comme le soulignait déjà Trita Parsi, la reprise des combats se ferait dans un contexte très différent de celui qui prévalait avant la guerre : « La guerre ratée de Trump a annihilé la crédibilité des menaces militaires américaines dans la diplomatie entre les États-Unis et l'Iran. Les États-Unis peuvent toujours proférer des menaces, mais tout le monde sait désormais qu'elles ne pèsent plus très lourd. »

Si le commandement militaire étasunien a préparé de nouveaux plans d'attaques – dont une campagne de bombardements très violents mais resserrée dans le temps –, l'incapacité des États-Unis à produire des résultats politiques durables à l'aide de la force militaire, la décrédibilisation de la puissance de feu étasunienne ainsi que le refus de l'Iran de plier sous la contrainte rendent les chances de succès d'une nouvelle campagne extrêmement limitées. Le scénario d'une attaque éclair, qui permettrait à Trump de crier victoire à moindre frais, tout en se désengageant d'un conflit qu'il ne peut pas gagner, est également une possibilité.

D'autant que les effets de l'impasse stratégique des États-Unis se font de plus en plus sentir. Les retombées économiques du blocage d'Ormuz rapprochent l'économie mondiale d'une situation catastrophique : au-delà de la hausse des prix de l'énergie, alors que le prix du brut se maintient autour de 110 dollars, les pénuries d'engrais pourraient déclencher une crise alimentaire, tandis que le risque d'une pénurie d'hélium fragilise l'économie de l'IA, qui alimente une partie significative du système financier mondial.

Sur la scène géopolitique, les États-Unis font face à la fronde de leurs alliés. Les monarchies du Golfe sont dans une impasse stratégique qui attise leurs divisions internes, alors que les Émirats ont quitté l'OPEP et font le choix d'un alignement total sur Trump et Tel-Aviv, pavant la voie à des tensions accrues avec l'Arabie saoudite. En Europe, les répercussions de la guerre ont isolé Washington de ses plus proches alliés. Friedrich Merz, le chancelier allemand, a ainsi jugé, selon New York Times, que l'Europe n'avait « vraiment pas besoin de conseils de Donald Trump en ce moment. Il devrait voir le désastre qu'il a causé. » De son côté, Giorgia Meloni a remis en cause la « moralité » du président étasunien après ses attaques contre le pape. Quant à l'Asie, elle subit de plein fouet les conséquences de la guerre. Sur la scène intérieure, la situation de Trump n'est guère plus favorable, alors qu'une partie de son administration tente de se mettre à distance du fiasco en Iran et que l'opposition à la guerre au sein de la population se renforce.

La nouvelle manœuvre de Trump pourrait ainsi encore aggraver la crise stratégique des États-Unis. Si la fébrilité de Trump pourrait le pousser à escalader de manière brutale et à mettre à exécution sa menace génocidaire de « détruire une civilisation tout entière », la situation demeure ouverte. Dans ce contexte, il est de la première importance de construire un mouvement anti-impérialiste, en toute indépendance du régime iranien, qui se prononce pour la défaite de l'impérialisme étasunien et d'Israël dans leur guerre contre l'Iran, alors que l'affaiblissement des États-Unis a déjà fragilisé l'extrême droite à l'internationale et qu'une défaite consommée de Washington ouvrirait un espace plus favorable aux luttes des exploités et des opprimés partout sur la planète.

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