Enquête. « Les arabes comme toi, on les balance dans la Seine » : sur X, le racisme décomplexé d'un élu UNI
Wed, 29 Apr 2026 21:07:37 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe comité d'action contre l'extrême droite a découvert le compte X de l'élu de l'UNI au Conseil d'Administration de l'Université Bordeaux Montaigne. Racisme, appels aux meurtres, apologie du génocide en Palestine et de la colonisation : de nouvelles révélations qui, en démasquant le véritable projet de l'extrême-droite étudiante, réaffirment plus que jamais la nécessité de s'organiser pour les dégager, eux et leurs idées, de nos campus.

« Léopold de Belgique n'a pas tué assez d'Africains », « Faut en tuer un ou deux pro-palestiniens pour l'exemple », « 1v1 je te bz mon p'tit arbre, les Arabes comme toi on les balance dans la Seine »… Voici des propos d'une violence et d'un racisme assumés, révélé par le comité d'action contre l'extrême droite que l'on retrouver sur le compte de Paul Avenin, élu de l'UNI au conseil d'administration de Bordeaux Montaigne derrière le pseudonyme "polluxlerigolow".
Après avoir enquêté, le Poing Levé et le CACED ont recensé une vingtaine de tweets racistes, appelant au meurtre ou faisant l'apologie du génocide en Palestine ou de la colonisation, publiés entre octobre 2025 et avril 2026 sur le compte en question.
L'auteur de ces messages y revendique son engagement à l'UNI Bordeaux ainsi que sa présence physique sur le campus lors des dernières élections étudiantes, au moment où l'organisation était expulsée par les étudiants. Au même moment, la présence de l'élu en question est attestée par des témoignages ainsi que des images. Par ailleurs, en poursuivant son enquête, le CACED a identifié, sur le réseau social Letterboxd (plateforme de partage d'avis cinématographiques), un compte portant le même pseudonyme que celui utilisé sur X, directement associé au nom de Paul Avenin et doté d'une photo de profil similaire à celle de son compte Facebook personnel. Ces éléments permettent d'établir avec certitude l'identité de l'auteur des tweets.
Apologie du génocide, glorification de terroristes d'extreme-droite ou de meurtres policiers racistes
Dans plusieurs posts, l'élu de l'organisation d'extreme-droite se réjouit du massacre d'enfants Palestinien et appelle au meurtre des soutiens de la Palestine : « Dit Siri lance la kiffance » en commentaire d'un post au sujet de la mort d'Hind Rajab, une enfant palestinienne de 6 ans tuée de 335 balles par l'armée israelienne ou encore « faut en tuer un ou deux pro-palestiniens pour l'exemple ». Des tweets qui révèlent une nouvelle fois que derrière les appels répétés de l'UNI à la répression des soutiens de la Palestine en instrumentalisant la lutte contre l'antisémitisme, se cache un soutien acharné de la politique coloniale et génocidaire d'Israel.
Sur son compte, l'élu enchaine également les tweets racistes comme « Ta geule le singe », « il veut quoi le singe », et va même jusqu'à glorifier la colonisation et les meurtres coloniaux en repostant un message demandant « Vous avez appris à nager depuis ou pas les dz » ou en twettant « les arabes comme toi on les jettes dans la seine » en référence au massacre des Algériens par l'État français du 17 octobre 1961.
Dans la continuité de son apologie des meurtres coloniaux, il va jusqu'à poster « Léopold de Belgique n'a pas tué assez d'Africains », en référence au génocide des congolais par le roi belge Léopold II, qui mit en place un régime brutal de travail forcé, imposé par la terreur militaire, pour extraire du caoutchouc et de l'ivoire. Les historiens estiment aujourd'hui que des millions d'autochtones furent exterminés, une violence dont témoignent les photographies montrant des hommes et des femmes aux mains ou aux pieds amputés. Ces mutilations, tout comme les viols et les flagellations, étaient des pratiques courantes des colons belges et de leur armée privée.
Si ce militant de l'UNI manifeste ici un soutien particulièrement abjecte aux politiques coloniales les plus brutales, il s'inscrit en réalité dans la continuité de l'histoire de l'extrême droite étudiante qui remplissait pour partie des rangs de l'OAS et défendait avec force le maintien de l'Algérie sous giron colonial français.
Dans son soutien à tout type de meurtre raciste, l'élu de l'UNI multiplie aussi des références célébrant les meurtres racistes commis par la police ces dernières années. On retrouve ainsi sur son compte des références tournant en humour les cas de Zied et Bouna, morts en cherchant à échapper à un contrôle policier en 2005, ou encore à Nahel Merzouk tué à bout portant pendant un contrôle de police. Il a, par exemple, publié une photo de Nahel accompagnée de la mention « ptdr je suis mort », ainsi qu'une image générée par IA le représentant avec un corps criblé de trous. Il a également diffusé un montage inspiré de la jaquette du jeu GTA, détourné avec la mention « dégomme les petits anges » et illustré par la voiture dans laquelle Nahel a été abattu, en commentant en dessous « heureusement que la police lui a réglé son compte ». Apparaissent aussi sur son compte plusieurs posts faisants référence à des attentats d'extrême droite comme Brendon Tarrent, supremaciste blanc auteur des attentats de Christchurch contre deux mosquées ayant fait 51 morts en Nouvelle Zélande en 2019, ou encore faisant référence à la mort de Clément Méric militant antifasciste tué en 2013 par des militants néonazis.
Il n'est donc pas surprenant de retrouver, sur ce profil, des retweets de comptes ouvertement néofascistes relayant des affrontements contre les antifascistes. Ces contenus proviennent notamment du compte « carthaginoie », coutumier des retweets de Luminis, organisation parisienne ouvertement antisémite, ainsi que de publications glorifiant Mussolini.
Contre l'extreme droite et ses projets, il faut s'organiser !
Ces révélations s'inscrivent dans la continuité de tous les scandales qui ont éclaté quant à l'UNI, une organisation étudiante dont la quasi totalité des cadres ont été photographiés entrain de réaliser des saluts nazis, épinglés pour des propos racistes, homophobes et antisémites. Rien d'étonnant alors à trouver dans les followers de cet élu Mathis Gachon Gachon, ex responsable national de l'UNI précédemment épinglé pour des saluts nazis, ou Louise Montangon responsable de l'UNI Bordeaux et cinquième sur la liste du Rassemblement National aux élections municipales de Bordeaux.
Ainsi, derrière les opérations de victimisation menées sur les plateaux télévisés, dont l'UNI — particulièrement à Bordeaux — est coutumière pour encourager la répression des organisations de gauche, le véritable visage de cette organisation d'extrême droite réapparaît rapidement. À Bordeaux Montaigne, les tweets d'un élu au conseil d'administration font directement écho à la récente polémique déclenchée par la découverte de tags pro-génocide et appelant au meurtre de militants de gauche.
Cette découverte avait suscité une vive réaction parmi les étudiants, qui s'étaient organisés avec le comité d'action contre l'extrême droite pour recouvrir les inscriptions, contribuant à faire éclater l'affaire dans la presse et poussant la présidence à condamner ces propos, ainsi que, plus largement, l'extrême droite qui les véhicule.
Dans le même sens, il est inacceptable qu'un élu puisse prétendre représenter les étudiants en défendant de telles positions, alors même que les dernières élections sur le campus ont marqué un net rejet de l'extrême droite. Il y a plusieurs semaines, le président de l'université affirmait, dans un mail adressé à la communauté universitaire, que « l'histoire de l'université est indissociablement liée à la lutte contre le fascisme et contre toutes les idéologies autoritaires et antidémocratiques […]. Les violences et menaces racistes ou antisémites, homophobes, transphobes ou sexistes, les appels au meurtre, le harcèlement et les dégradations de l'université constituent des atteintes illégales aux conditions d'étude, d'enseignement et de recherche ». Dès lors, la présidence ne peut rester silencieuse face à de telles révélations, qui s'inscrivent pleinement dans ce qu'elle dénonçait elle-même.
Plus profondément, ces faits renforcent la nécessité de consolider des cadres d'auto-organisation comme le comité d'action contre l'extrême droite, afin de ne laisser aucun espace à la diffusion d'idées réactionnaires sur le campus. Ceci en toute indépendance de la présidence qui n'hésite pas à réprimer les étudiants mobilisés.
Plus que jamais, dans un contexte international où le génocide en palestine et les guerres impérialistes continuent de faire rage, alors que la repression des voix qui dénoncent établi s'intensifie et où le gouvernement mène des politiques réactionnaires qui font monter l'extrême droite, il est urgent de les affronter sur nos universités et s'organiser pour empêcher leur progression
