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Marche lesbienne : contre le pinkwashing et la guerre, construire un mouvement LGBTI offensif

Sun, 26 Apr 2026 11:33:32 CEST

Révolution Permanente

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À l'occasion de la journée internationale de visibilité lesbienne, une manifestation est appelée à Montpellier, le 26 avril à 18h à la Comédie. Dans ce billet, Charlie, militante à Du Pain et des Roses Montpellier, revient sur pourquoi il est nécessaire d'y être nombreuses et nombreux.

Ce dimanche 26 avril, Du Pain et Des Roses défilera dans la manifestation à l'occasion de la journée internationale de visibilité lesbienne, appelée à Montpellier par le Monocle. Depuis plusieurs années, cette date a émergé en France comme une nouvelle échéance du mouvement LGBTI hors du mois des fiertés. Portée, comme les nombreux pink blocs, par la frange radicale de celui-ci, elle tend à s'opposer à la ligne plus institutionnelle du mouvement.

Du pinkwashing à l'homonationalisme : coopter et discipliner les luttes

A Montpellier comme dans de très nombreuses villes, la Pride institutionnelle est l'occasion pour la mairie socialiste d'afficher le temps d'une journée un vernis progressiste sur sa politique sécuritaire et raciste. Charte de la laïcité imposée aux associations, armement de la police municipale ou encore police des transports, ce n'est rien d'autre qu'un relai local du macronisme et de ses obsessions qu'incarne le maire Michaël Delafosse.

À l'échelle nationale, l'Etat cherche à discipliner politiquement les mouvements LGBTI. Au lendemain du 7 octobre et aux premiers jours du génocide, Aurore Bergé voulait couper les subventions des associations féministes qui ne reprenaient pas le narratif officiel. Le message est clair : nos revendications ne seront légitimes qu'à la condition de notre silence et de notre complicité avec l'oppression coloniale du peuple palestinien.

C'est dans ce sens que nous considérons que la loi Yadan, actuellement discutée à l'Assemblée nationale, constitue elle aussi une attaque dirigée contre nos mouvements. Si elle ne vise pas spécifiquement les mouvements LGBTI, elle s'inscrit dans une offensive plus large pour criminaliser les soutiens à la Palestine.

Or, ces dernières années, une partie du mouvement féministe et LGBTI, notamment dans ses franges les plus combatives, a manifesté en soutien à la Palestine, malgré la criminalisation et la répression.

Ce que craint le pouvoir, ce ne sont pas des mobilisations isolées, mais leur politisation et leur capacité à converger. En cherchant à faire taire les soutiens à la Palestine, il s'attaque aussi aux dynamiques qui traversent et radicalisent nos propres luttes.
Une simple politique de visibilité démontre dans ce contexte toutes ses limites. D'une part, elle permet à l'Etat de coopter des représentants de la communauté LGBTI à sa politique et se doter d'un vernis « progressiste » pour ses politiques néolibérales, austéritaires et sécuritaires. De l'autre, dans une période de crise du néolibéralisme à l'échelle internationale, les multinationales et les Etats mettent fin aux politiques de diversité et de visibilité des personnes marginalisées pour mieux attaquer leurs droits. Face à la radicalité du pouvoir en crise, nous avons besoin de lutter et s'organiser aux côtés du mouvement ouvrier et de la jeunesse.

Diviser pour mieux attaquer : l'offensive contre les personnes trans

Nos adversaires voudraient nous diviser. Dans les milieux transphobes, on diffuse l'acronyme LGB, amputé de la frange la plus précaire de nos communautés. Cette tentative de fragmentation vise précisément à casser les solidarités qui se sont construites ces dernières années, et à isoler les franges les plus exposées pour mieux les attaquer.

Les personnes trans et leurs revendications seraient, selon l'extrême droite, un obstacle aux droits des femmes, voire une menace pour la société toute entière. Mais nous ne sommes pas dupes : cette division prépare les attaques de demain, et le droit des personnes trans à disposer de leur corps est un droit qui n'est ni différent ni dissociable des droits reproductifs. Ce qui est expérimenté aujourd'hui contre les personnes trans s'inscrit dans une offensive plus large contre le droit à disposer de son corps et contre toutes les luttes qui remettent en cause l'ordre social.

Construire un front large contre la guerre et les oppressions

En 2024, lors du mouvement du 5 mai, nous allions plus loin en affirmant que l'auto-détermination LGBTI n'était pas non plus dissociable de l'auto-détermination de la Palestine et de la Kanaky. Bien plus qu'une simple expression de solidarité, nous comprenons ce soutien comme un enjeu stratégique pour notre mouvement : si nos droits sont attaqués, ce n'est pas par haine aveugle.

Après plusieurs décennies de politiques cherchant à satisfaire des revendications des droits démocratiques des personnes LGBTI (PACS, mariage gay, PMA), les gouvernements en Europe commencent à opérer un tournant pour accélérer la militarisation. À mesure que ces États se préparent à la guerre, ils ne peuvent plus tolérer des droits et des modes de vie qui déstabilisent l'ordre qu'ils cherchent à imposer. Un ordre qui assigne aux femmes un rôle reproductif, faire des enfants, et aux hommes un rôle guerrier : endosser l'uniforme.

Dans ce cadre, les existences et les luttes LGBTI sont directement incompatibles avec cet ordre. Elles remettent en cause la famille, les normes de genre et le contrôle des corps sur lesquels repose cet équilibre. En France, si la dernière loi bioéthique à élargi les conditions d'accès à la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes, l'accès réel reste dans les faits très restreint et le parcours extrêmement complexe.

C'est pourquoi nous assistons à une offensive d'ampleur : aux États-Unis, de nombreux chercheurs alertent sur une situation qualifiée de pré-génocidaire pour les personnes trans. Dans le même temps, l'avortement est criminalisé et l'interdiction des thérapies de conversion et le mariage homosexuel sont attaqués devant la Cour suprême. La bataille se joue aussi à l'école, où le traitement des élèves LGBTI et leur représentation dans les manuels et livres scolaires sont remis en question. Ces attaques participent d'une même tentative de reprise en main autoritaire des corps et des vies.

La violence de ces offensives ne doit pas nous faire oublier les objectifs funestes qu'elles servent hors de nos frontières. Au début du mois, après avoir fait pleuvoir du pétrole sur Téhéran plusieurs jours durant, Donald Trump menaçait d'annihiler l'entièreté de la civilisation iranienne. Au Liban, Israël a fait évacuer tout le sud du pays après l'avoir bombardé au phosphore blanc. Face à la barbarie de la guerre impérialiste au Moyen-Orient, nous devons revendiquer la défaite d'Israël et des États-Unis, et le retrait total des troupes impérialistes de la région.

S'organiser par nous-mêmes, dans la rue le 26 avril

La dynamique amorcée le 8 mars à Paris, par l'expulsion de Némésis et Nous Vivrons, et à Montpellier par une marche puissante et combative où nous étions nombreuses à braver la pluie, doit se prolonger le 26 avril. Nous ne sommes pas condamnées à l'isolement ni à une posture défensive : c'est au contraire le moment de faire converger nos luttes et de construire un mouvement LGBTI uni et offensif, capable de s'inscrire dans un front large contre la guerre et les oppressions.

Pour cela, il est nécessaire de se donner des espaces pour nous former et débattre. C'est le sens du cercle de discussion que nous organisons en amont de la manifestation. À partir d'une conférence faisant dialoguer Elsa Deck Marsault et Elsa Marcel sur les limites de la justice bourgeoise, nous poserons une question centrale : l'État peut-il être un allié de nos luttes ?

Mais ces discussions n'ont de sens que si elles débouchent sur la mobilisation. C'est pourquoi nous appelons à rejoindre massivement la marche internationale pour la visibilité lesbienne.

C'est pour toutes ces raisons qu'il est essentiel d'y être nombreuses et nombreux : pour défendre nos droits, en conquérir de nouveaux, et porter des mots d'ordre LGBTI et anti-impérialistes face à la guerre en cours au Moyen-Orient.

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