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Sciences Po Lille : une école toujours plus liée à l'armée, l'OTAN et aux intérêts impérialistes

Sun, 26 Apr 2026 23:46:51 CEST

Révolution Permanente

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Alors qu'une visite du 1er Corps d'Armée, membre du corps opérationnel de l'OTAN, est proposée aux étudiants de Sciences Po Lille, le partenariat entre l'école et l'institution militaire se renforce pour former les étudiants à devenir des cadres au service de l'impérialisme français.

En mai, les étudiant.es de Sciences Po Lille sont invité.es à visiter la base du 1er Corps d'Armée (France) située dans l'enceinte de la citadelle de Lille. Loin d'être une démarche anecdotique, cette « visite exceptionnelle » illustre le renforcement des liens entre l'école et l'armée ces dernières années.

En effet, l'IEP de Lille entretient un lien privilégié avec l'institution militaire, depuis la signature en 2020 d'une convention de partenariat entre l'école et le Corps de Réaction Rapide-France (CRR-Fr), aujourd'hui renommé Premier corps d'armée (1er CA), un « état major opérationnel multinational de haut niveau » tel que présenté sur le site de Sciences Po Lille. Ce partenariat, mis en place « dans une perspective d'échanges mutuellement bénéfiques » entre le corps militaire et l'IEP vise à contribuer à la prise de conscience des enjeux de Défense et Sécurité et de l'importance de la place militaire de Lille en développant le lien « Armées-Nation » ». En d'autres mots, inculquer aux étudiants dans cette formation « d'élite » les intérêts de l'impérialisme français et ses besoins à l'heure de la militarisation.

Un partenariat pour renforcer le lien « Armée-Nation »

Le Premier corps d'armée est un état-major multinational de l'Armée française basé dans la citadelle Vauban de Lille qui remplit des missions au profit de l'État français, de l'Union européenne et de l'OTAN et est membre de la NATO Force Structure, capable d'assurer le commandement d'une force terrestre nationale ou internationale allant jusqu'à 120 000 soldats. Les enjeux défendus par l'Armée de terre et son état-major sont très clairs : « souligner l'évolution de l'Armée de terre vers une action de haute intensité », et être « résolument prêt au combat dès ce soir ». Dans ce contexte, le général Benoît Demesmeulles explique vouloir « appuyer un nouvel état d'esprit avec une volonté d'ouverture », qui vise donc à organiser des moments de propagande militariste en direction des établissements d'enseignement supérieur, afin de développer ce lien « Armée-Nation ».

Cette notion qui préside au renforcement des liens entre Sciences Po Lille et l'armée est en effet centrale pour la bourgeoisie française. Présentée dans la Revue nationale de Défense comme « l'un des piliers silencieux de la stratégie française » et une « nécessité stratégique », elle vise à développer « les forces morales » qui vont soutenir l'armée dans une période de résurgence des guerres et des conflits, comme l'a témoigné le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 qui a servi de justifications au gouvernement pour renforcer son appareil militaire. Dans ce projet, l'armée doit servir au renforcement du nationalisme et contribuer « à la cohésion et à la résilience de la Nation », dans une logique de « promouvoir la défense de la Nation par la Nation ». L'école et l'université sont ainsi des espaces privilégiés par l'armée pour déployer cette propagande. A ce titre, Sébastien Jakubowski, le directeur de l'Inspé de l'Académie de Lille, établissement qui forme aux métiers de l'enseignement, publiait dans la revue Esprit Défense le 6 juillet 2023 un article intitulé « L'école, une piste pour renforcer le lien armées-Nation ». Il explique ainsi qu'il faudrait « accélérer pour mieux former les enseignants à l'enseignement de défense et pour faire de celui-ci un parcours obligatoire dans la formation des élèves ». Dans ce cadre, Sciences Po Lille et sa direction sont bien décidés à s'inscrire dans cette dynamique pour mettre l'établissement au service de l'impérialisme et de ses intérêts.

Faire de Sciences Po Lille un centre de formation pour cadres de l'armée

Ainsi, la convention signée entre Sciences Po Lille et le CRR-Fr prévoit le développement de partenariats, de conférences, et plus largement d'influencer les enseignements et l'ensemble des pratiques de l'institution. Un choix cohérent avec le profil de la présidente actuelle du conseil d'administration de Sciences Po Lille, Muriel Domenach, qui a été représentante permanente de la France auprès de l'OTAN de 2019 à 2024. Si elle est présentée au CA de Sciences Po comme conseillère maître à la Cour des Comptes, elle a été spécialiste des questions stratégiques au Quai d'Orsay, et a servi au ministère des Armées dès 1999. Elle était déjà invitée à la conférence inaugurale de rentrée de Science Po en 2023 en tant que représentante permanente de la France auprès de l'OTAN. Ainsi, même si la présidente du Conseil d'Administration de Sciences Po a quitté la carrière militaire, elle reste encore bien au centre des réflexions sur la course à la militarisation en cours. Elle déclarait il y a quelques semaines que « l'Europe n'était plus en paix » pointant la Russie comme une « menace existentielle » et le terrorisme comme une « menace endogène ».

Cette porosité avec des institutions militaires se retrouve dans les enseignements proposés aux étudiants, avec la majeure SIGR (Stratégie, Intelligence économique et Gestion des risques) en partenariat avec l'armée. Dans cette majeure, les étudiant.es « acquièrent les compétences nécessaires à l'analyse et à l'aide à la décision dans les domaines public et privé en matière de sécurité internationale. », les formant directement à des postes de commandement. Les étudiant.es suivent des cours portant sur la stratégie militaire, en étudiant par exemple « l'économie de la défense », ou plutôt de l'économie de guerre, les préparant à appliquer une politique économique austéritaire et anti-ouvrière, sur le modèle des coupes budgétaires du gouvernement Macron sur la Sécurité Sociale au profit du budget de l'Armée. Ces cours apparaissent comme un endoctrinement aux intérêts impérialistes de la France, avec par exemple un cours sur les « enjeux de sécurité en Afrique subsaharienne », où ils apprennent les « principales réponses apportées à ces enjeux ainsi que leurs limites actuelles ». Autrement dit, comment la France peut intervenir pour conserver ses intérêts hérités du colonialisme face à sa perte d'influence dans ce continent.

Dès lors, les principaux débouchés proposés par les dirigeants de la majeure sont le Ministère des Armées, celui des Affaires étrangères, ou des agences internationales comme l'OTAN mais aussi des « entreprises industrielles et commerciales dans les domaines de la défense, de l'armement ». Ainsi, dans la continuité du partenariat de Sciences Po Lille avec le CRR-Fr, chaque année des stages sont proposés au corps d'armée pour les étudiants, ainsi qu'à la « représentation permanente de la France auprès de l'OTAN ». Ce ne sont que deux exemples dans une liste remplie de stages auprès de la direction du ministère des Armées, montrant le lien fort que les deux institutions entretiennent.

La majeure de l'IEP de Lille collabore également avec l'entreprise de l'armement Thalès, complice du génocide à Gaza. En effet, le 11 décembre dernier, un intervenant de Thalès a été invité dans le cadre d'une présentation des « Métiers de la défense », une invitation qui a provoqué des mobilisations totalement ignorées par la direction de l'école, qui a pour habitude de réprimer les militant.es. De plus, Thalès offre chaque année des stages aux étudiant.es de cette majeure, montrant une volonté forte de s'immiscer directement dans la formation afin de recruter ses futurs cadres.

Face à l'évolution numérique de l'armement, Sciences Po Lille s'est adaptée aux besoins de l'armée, à travers la majeure Sociétés Numériques, où les étudiant.es sont formé.es à la cybersécurité et à l'utilisation de l'intelligence artificielle à des fins militaires, une méthode appelée le « Saint Graal » par l'armée israélienne, qui l'emploie notamment dans le génocide à Gaza. Cette majeure entretient aussi un partenariat avec les dirigeants de l'OTAN : le 5 mars dernier, Delphine Bonnardot, une experte l'IA pour l'OTAN, a été invitée pour une conférence où elle a présenté l'utilisation de l'IA dans la « guerre cognitive ». La présence du CIRFA de Lille (organisme de recrutement de l'Armée), ainsi que le port de l'uniforme militaire par les invités illustrent la militarisation et la propagande menées par l'État-major français, afin de d'habituer la jeunesse à la présence de l'armée dans l'espace public.

Alors que les écoles Sciences Po ont historiquement été pensées par la bourgeoisie comme un lieu de formation des élites dirigeantes, à l'heure de la militarisation de l'Europe ces établissements doivent désormais plus directement former une élite qui soit capable de diriger l'armée. Les partenariats développés et l'évolution des enseignements illustrent en effet la politique de militarisation du gouvernement français et plus généralement de l'OTAN, qui ont besoin de nouveaux commandants afin d'agrandir leurs armées dans un contexte de tensions internationales. Les étudiants doivent donc être formatés aux intérêts capitalistes de la France, ce qui s'accompagne d'une politique répressive pour empêcher les mobilisations et faire taire toute critique de politique impérialiste française.

Une militarisation qui se généralise à l'ensemble de l'enseignement supérieur, avec des programmes d'embrigadement de la jeunesse financés par l'Armée et par des entreprises privées, comme à Rennes ou à Paris 8. Alors que Macron annonçait il y a quelques mois la transformation du SNU en service militaire pour « renforcer le pacte armée-nation », que le général de l'État-major Fabien Landon déclarait en novembre dernier que la France devait « accepter de perdre ses enfants », l'objectif de l'État est de mettre plus directement les universités au service de ses intérêts géopolitiques, en promettant à la jeunesse l'embrigadement derrière le drapeau et la propagande militariste pour nous faire croire qu'il faudrait se ranger du côté de l'armée.

Dans ce contexte et alors que la guerre menée par Israël et les États-Unis au Moyen-Orient va pousser les États comme la France à avancer encore davantage dans le réarmement et à se préparer à des conflits guerriers, il est urgent de faire entendre une autre voix depuis nos universités, profondément anti-impérialiste et antimilitariste. Face au réarmement des corps et des esprits voulus par Macron et l'adaptation toujours croissante des universités aux besoins des intérêts impérialistes de la France, nous devons revendiquer la fin des partenariats avec l'armée et les entreprises d'armement ainsi que de toutes les formations contraires à l'intérêt de la jeunesse, des travailleurs et des classes populaires. En ce sens, les mobilisations des étudiants d'AgroParisTech contre une formation au service de l'écocide montrent l'exemple, tout comme la mobilisation en soutien aux deux étudiants des Beaux-Arts réprimés pour leur soutien à la Palestine. Contre la marche à la guerre, nous devons défendre un modèle d'université au service de la majorité de la population, et non de l'armée.

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