CHU de Bordeaux : à la blanchisserie, une modernisation pour supprimer des postes et accélérer les cadences
Thu, 23 Apr 2026 13:13:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa direction du CHU de Bordeaux a tenu une assemblée générale avec les buandiers concernant la future blanchisserie. Si les agents obtiennent le maintien de leur statut, la direction compte bien utiliser la modernisation du site pour supprimer des dizaines de postes et intensifier les cadences de travail.

Ce lundi 20 avril, la direction du CHU de Bordeaux tenait une assemblée générale avec les agents de la blanchisserie au sujet du projet de construction du nouveau bâtiment entamé il y a plusieurs semaines. Une réunion attendue par les salariés confrontés à l'opacité du projet qui laisse craindre des futures attaques.
Dans ce contexte les buandiers ont obtenu des clarifications de la part de la direction du CHU de Bordeaux sur le futur de leurs emplois : la nouvelle blanchisserie sera constituée sous la forme d'un Groupement d'Intérêt Public (GIP) non employeur, ce qui signifie que le CHU de Bordeaux restera leur employeur. Les agents conserveront ainsi leur statut de fonctionnaire de la fonction publique hospitalière, ainsi que celui de buandier, garantissant la reconnaissance de la pénibilité de leur métier.
Un soulagement pour les agents, considéré par la CGT blanchisserie comme un recul sur l'offensive d'externalisation. « L'opacité entretenue sur le statut juridique de la nouvelle blanchisserie dessinait le spectre d'une externalisation » explique Marie-Laure Charchar, secrétaire générale du syndicat. « Nous avons obtenu gain de cause sur ce point. Cela montre que la direction ne peut pas faire ce qu'elle veut dans la blanchisserie, il y a un rapport de force avec les travailleurs. Cela ne doit cependant pas cacher l'offensive plus large de la direction qui prépare des dizaines de suppression de poste et une attaque sur nos conditions de travail. »
En effet, le passage à un GIP non employeur permet à la direction du CHU d'élargir le recours à des prestataires extérieurs pour la production de la nouvelle blanchisserie. Cette ouverture notamment aux secteurs privés s'accompagne d'une intensification des cadences de travail. À ce titre, la blanchisserie affiche l'objectif de traiter 18 tonnes par jour à l'horizon 2027, pour atteindre 30 tonnes en 2031, contre 13 tonnes aujourd'hui.
Pourtant les effectifs vont drastiquement baisser. En effet, la direction a annoncé que les effectifs passeront de 113 salariés équivalent temps plein à l'heure actuelle à 72 en 2027 dans la nouvelle blanchisserie, soit l'équivalent de 41 suppressions de postes. Si la direction n'a pas précisé le détail de la répartition des postes entre les buandiers et les cadres dans sa présentation, cela laisse présager « une grande attaque au niveau des effectifs » selon Nicolas Perez, secrétaire-adjoint à la CGT Blanchisserie. « Ils veulent qu'on traite 40% de linge en plus avec moins d'agents. Et en 2030 on devrait traiter plus du double d'aujourd'hui avec 120 employés, soit quasiment le même nombre que nous sommes actuellement ».
Si la direction affirme qu'il y aura des reclassements des emplois ailleurs au CHU, ou des mises en inaptitude, cette dernière refuse de s'exprimer sur les critères qui seront retenus.
Sur le même sujet, Sabrina, buandière, pointe que « la question des postes fixes ou de la polyvalence n'a pas été évoquée, alors que c'est très important. La nouvelle blanchisserie va être brillante mais si l'organisation ne suit pas et que les postes seront en polyvalence ça va être compliqué ».
Ces annonces préparent des attaques d'ampleur dans la nouvelle blanchisserie, notamment envers les travailleurs les plus anciens, touchés par des maladies professionnelles, et les plus jeunes pour qui la possibilité d'être titularisés sera fragilisée sous le registre juridique d'un GIP.
Ainsi, une partie du flou cultivé depuis des mois par la nouvelle blanchisserie se maintient : quant aux pertes d'effectifs, mais aussi aux acquis, dont le maintien n'est pas encore garanti alors qu'ils sont le fruits de plusieurs dizaines d'années de luttes.
Ces éléments démontrent à quel point la modernisation de la blanchisserie, qui devrait servir à améliorer les conditions de travail des agents et repartir la charge et le temps de travail, semble davantage pensée pour accroître sa rentabilité. « Nous sommes favorables à la modernisation de la blanchisserie. Mais pour qu'elle bénéficie réellement à nos conditions de travail et à notre santé, il est indispensable de maintenir les effectifs, voire de les augmenter, afin de réduire le temps de travail qui nous use physiquement et psychologiquement », explique Marie-Laure.
De même, le recul concernant le maintient du statut des agents ne doit pas donner d'illusion sur la volonté de la direction de casser la combativité d'un secteur ouvrier qui a obtenu de nombreux acquis sociaux par la grève. Ce matin, lors de l'assemblée générale, la direction a tenté d'empêcher l'intersyndicale d'assister à la réunion, et a dans un premier temps refusé à Marie-Laure Charchar, buandière et déléguée CGT, de s'exprimer en prétextant qu'elle était présente en tant que syndicaliste, et non en tant que travailleuse. Si la direction a finalement cédé sous la pression des buandiers, cela s'inscrit néanmoins dans la continuité d'offensives antisyndicales au sein de la blanchisserie. Dans ce contexte, la présence d'un local syndical dans la future blanchisserie constitue un autre enjeu majeur pour les agents, deux ans après la tentative de la direction de fermer celui de la CGT.
Dans cette lutte contre une politique de démantèlement de l'hôpital public, le rapport de force qui s'est exprimé au sein de la blanchisserie constitue un levier décisif, à la fois pour garantir la concrétisation des concessions annoncées par la direction et, plus encore, pour empêcher les attaques prévues sur les effectifs afin que la modernisation serve réellement à l'amélioration des conditions de travail. Il est primordial de défendre le maintien des effectifs, et de refuser toute suppression de poste. La modernisation doit servir à baisser et répartir le temps et la charge travail, pas à exploiter davantage des buandiers dont le corps est déjà cassé par des tâches physiques et répétitives. Un plan de recrutement à la hauteur des besoins doit être engagé, avec la garantie de l'accès à la titularisation et au statut de buandier, contre toute tentative de division des travailleurs par leur statuts.
Enfin, il faut rappeler que le salaire d'une buandière avec 20 ans d'ancienneté dépasse le SMIC de seulement 60 euros. A l'heure où l'inflation asphyxie les travailleurs avec un prix du gazole qui explose, il est urgent de revendiquer l'augmentation des salaires et leur indexation sur l'inflation.
Crédits photo : CGT Blanchisserie.