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Norvège. Le parti de gauche radicale Rødt capitule face à l'impérialisme

Thu, 23 Apr 2026 16:17:12 CEST

Révolution Permanente

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Depuis quelques années, le parti norvégien de gauche radicale Rødt connaît une progression relative, célébrée par un certain nombre de commentateurs internationaux qui y voient une « alternative ouvrière ». Mais en y regardant de plus près, on constate que les gains électoraux de Rødt se sont faits au détriment de l'intégrité et des principes socialistes.

Parti le plus important de la gauche radicale norvégienne, Rødt (« Rouge »), gagne du terrain dans les sondages, tout en suscitant l'enthousiasme dans les cercles de gauche à l'échelle internationale. Les sondeurs ont ainsi noté la montée en puissance parallèle de Rødt et de l'extrême droite norvégienne, un phénomène qu'ils attribuent à une polarisation politique accrue. Ce phénomène est rare dans un pays social-démocrate riche où les mêmes partis de l'establishment dominent les élections depuis sa création. Un examen plus attentif de l'évolution politique de Rødt ne révèle toutefois pas une radicalisation vers la gauche. Au contraire, le parti s'oriente de plus en plus dans la direction opposée.

Le tournant décisif du virage à droite de Rødt s'est en effet produit lors de son congrès national d'avril 2023, alors que la question des livraisons d'armes à l'Ukraine était à l'ordre du jour. Le parti avait essuyé les mois précédents de vives critiques et fait l'objet d'une frénésie médiatique en raison de son opposition à l'exportation d'armes norvégiennes. Plus précisément, Rødt s'était accroché à une résolution parlementaire de 1959 qui limitait l'exportation d'armes vers les zones de guerre - mais des fissures avaient commencé à apparaître. En opposition avec la base de leur parti, les parlementaires élus et les dirigeants de Rødt avaient en effet commencé à s'opposer à cette politique. Finalement, ils ont obtenu gain de cause lorsque 60 % des délégués du congrès ont voté en faveur des livraisons d'armes à l'Ukraine. Une rupture grave avec les principes historiques du parti et un ralliement à l'impérialisme, qui n'a pas entraîné de scissions majeures.

Deux ans plus tard, le Storting, le parlement norvégien, a voté à l'unanimité en faveur d'un programme de réarmement à long terme, qui prévoit des dépenses militaires supplémentaires de 62,6 milliards de dollars pour la prochaine décennie. Les représentants de Rødt ont voté en faveur de ce projet de loi. Contrairement à ce qu'affirment certains campistes pro-OTAN, l'armement du régime pro-israélien de Zelensky est inextricablement lié à l'armement des pays impérialistes. De plus, Rødt a également voté en faveur d'un programme de soutien économique et militaire à l'Ukraine d'un montant de 8,7 milliards de dollars.

Lors des élections législatives de septembre 2025, Rødt a obtenu son meilleur résultat électoral à ce jour au niveau national. Avec 5,3 % des voix et neuf sièges remportés, il ne pouvait plus être ignoré par le Parti travailliste norvégien, l'un des plus grands partis institutionnels du pays. En novembre 2025, Rødt a conclu un accord budgétaire avec le Parti travailliste et le Parti du centre. La boucle était bouclée : les livraisons d'armes à l'Ukraine ont ouvert la voie au réarmement, ce qui a permis à Rødt d'être invité dans le cercle très fermé de la discipline budgétaire.

Cette capitulation totale face à la militarisation impérialiste et au réarmement n'a pas eu d'impact négatif majeur sur Rødt. La seule conséquence notable a été le départ du parti de la tendance Internasjonale Sosialister, un groupe lié à l'International Socialist Tendency (IST) cliffiste qui a quitté Rødt en 2025 après en avoir fait partie pendant 18 ans.

Origines maoïstes

La dégénérescence de Rødt peut s'expliquer par de nombreux facteurs, mais la cause profonde réside dans ses origines. Le parti est essentiellement le successeur de l'Alliance électorale rouge, lancée par un groupe maoïste, le Parti communiste des travailleurs (AKP). Bien que l'AKP ait cessé d'exister, son héritage idéologique et son influence sont toujours présents, consciemment ou inconsciemment, au sein de Rødt. Depuis sa fondation, Rødt a en effet évité toute véritable rupture avec le maoïsme-stalinisme, afin de préserver l'unité du parti.

Il en a résulté un programme au caractère contradictoire. D'une part, Rødt proclame vouloir une société sans classes, allant jusqu'à définir cette société comme le communisme. Il prône la prise du pouvoir par la classe ouvrière et la mise sous gestion démocratique de l'économie. Rødt affirme également que l'État maintient le système capitaliste par le biais de ses institutions. De plus, le parti souhaite que la Norvège quitte l'OTAN et se considère comme un parti anti-impérialiste. D'un autre côté, cependant, il appelle à la reconstruction de la « capacité de défense nationale de la Norvège ». Il se bat pour un soi-disant « socialisme du XXIe siècle », et dans le chapitre intitulé « Une révolution démocratique », le programme de Rødt stipule ce qui suit :

Pour que les travailleurs aient le pouvoir, un changement radical dans les rapports de force est nécessaire - une révolution socialiste. Au sein de Rødt, nous voulons que la révolution repose sur des bases démocratiques et se déroule pacifiquement. Cela exige que le mouvement syndical et d'autres grandes organisations populaires inscrivent cette question à l'ordre du jour et qu'une large majorité de la population soutienne ces changements. Les opinions de la majorité populaire s'exprimeront à travers des actions et des luttes politiques, lors des élections et par d'autres moyens avant un bouleversement majeur, ce qui modifiera la composition politique des instances élues. Ce processus pourrait également conduire à la création de nouveaux organes de gouvernement démocratiques.

Ainsi, selon Rødt, la révolution socialiste survient lorsque les socialistes remportent la majorité au Parlement, grâce à une intensification des luttes politiques. De « nouvelles instances de gouvernement démocratiques », c'est-à-dire des conseils ouvriers ou des soviets, pourraient alors voir le jour. En d'autres termes, il n'y a pas de stratégie soviétique, et l'État bourgeois reste pratiquement intact. Cela ressemble beaucoup à la stratégie prônée par Karl Kautsky au sein de la social-démocratie allemande avant 1914, où un concept fondamentalement réformiste se pare d'une façade aux accents radicaux.

Bien que Rødt ne cesse de répéter que l'État est le gardien des rapports de production bourgeois, sa stratégie se résume à modifier l'équilibre des pouvoirs, comme si le caractère de classe de l'État pouvait être transformé par des changements internes.

Un parti pro-OTAN dans la pratique

Cette absence de stratégie socialiste a naturellement donné naissance à une aile social-démocrate qui contrôle aujourd'hui la direction. Cette aile souhaite faire revivre le consensus social-démocrate d'après-guerre et se bat également pour la suppression du terme « communisme » du programme. Cependant, les défenseurs les plus virulents des livraisons d'armes à l'Ukraine sont une aile de l'ancien secteur maoïste de l'AKP, qui sont également les plus fervents partisans d'une défense nationale forte. Il semble que leur point de vue sur la guerre russo-ukrainienne découle de la désignation par Mao de l'Union soviétique comme « social-impérialiste », une grille d'analyse bancale qu'ils appliquent désormais à la Russie.

Ainsi, la conception qu'a Rødt de l'État bourgeois comme entité neutre, ainsi que le poids relatif des courants maoïstes et sociaux-démocrates, ont transformé Rødt en un parti pro-OTAN dans la pratique. C'est la politique institutionnelle, et non la politique de classe, qui y domine.

Il n'y a pas d'opposition de gauche organisée au sein de Rødt, mais de nombreux membres s'opposent à la dérive vers la droite du parti. L'aile gauche, désorganisée, manque de clarté politique et de stratégie, et a tendance à encenser des personnalités telles que Zohran Mamdani et Jeremy Corbyn. Il existe également une sorte de « fétichisme organisationnel », comme l'aurait dit Ernest Mandel, où la préservation de l'unité du parti prime sur toutes les questions politiques.

Une évolution positive au sein de la gauche norvégienne est l'opposition croissante qui se forme au sein de la Jeunesse rouge, le groupe de jeunesse de Rødt, qui aura besoin non seulement d'une opposition au militarisme, mais aussi d'une stratégie socialiste révolutionnaire - mais c'est là un sujet pour un autre article.

Article initialement paru dans Left Voice.

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