Au pays des bourgeois : près d'un ministre sur deux du gouvernement Lecornu est millionnaire
Thu, 23 Apr 2026 19:34:20 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPrès d'un ministre sur deux du gouvernement Lecornu est millionnaire, d'après une enquête de la Haute autorité à la transparence de la vie publique. Multipropriétaires, les membres du gouvernement Lecornu confirment, une fois de plus, que ceux qui décident des politiques d'austérité n'en subiront jamais les conséquences.

Ils seraient presque à plaindre. Les ministres de l'équipe Lecornu possèdent « seulement » 1,5 million d'euros de patrimoine en moyenne, contre 2,6 millions d'euros pour ceux du gouvernement Bayrou. Un montant énorme, qui les place très largement au-dessus de la population qu'ils prétendent représenter.
Ce lundi 20 avril, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a en effet publié les déclarations de patrimoine des membres du gouvernement, analysées dans un article du Monde. Cet exercice – imposé depuis l'affaire Cahuzac de détournement de fonds – est un aperçu assez révélateur du train de vie de ceux qui nous dirigent, à l'opposé de celui des travailleurs et des classes populaires.
Parmi les 29 ministres en poste, 14 sont millionnaires, soit quasiment un sur deux. Une proportion qui reste stable par rapport aux précédents gouvernements, même si elle est légèrement inférieure à celle du gouvernement Bayrou. La caste dirigeante se serait-elle appauvrie ? Pas vraiment. Car dans le même temps, 28 ministres sur 29 disposent d'un patrimoine supérieur à celui de la moitié des Français.
Mais c'est surtout du côté de l'immobilier que le tableau devient intéressant. Près de 90 % des ministres sont propriétaires, contre 57 % des Français. Et ils ne se contentent pas d'un simple toit au-dessus de leur tête : 23 d'entre eux possèdent au moins deux biens immobiliers. Appartements, maisons, résidence secondaire… le gouvernement ressemble presque à une agence immobilière. Pendant que certains n'ont pas de quoi se payer un logement, ou enchaînent les visites de studios insalubres, d'autres hésitent à s'acheter une quatrième résidence secondaire.
Dans ce paysage déjà bien fourni, certains se distinguent particulièrement. À commencer par Serge Papin, ministre du commerce, qui arrive nettement en tête des plus riches, avec un patrimoine évalué à 8,4 millions d'euros. Ancien PDG de Système U puis Président de Auchan, il détient notamment une holding de plus de 7 millions d'euros, dont le contenu exact reste confidentiel. Une volonté de la part du ministre chargé du « pouvoir d'achat » de dissimuler sa richesse réelle ?
Derrière lui, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, affiche un patrimoine de 4,7 millions d'euros. Appartement parisien à plusieurs millions, maison, société immobilière… et, pour couronner le tout, un « diamant solitaire » à 30 000 euros. La ministre s'est également illustrée en « oubliant » de déclarer certaines participations dans de grandes entreprises comme Airbus ou BNP Paribas, avant de corriger le tir. Interrogée sur ces investissements dans des secteurs moins polluants, elle s'est défendue en expliquant avoir placé son argent sans connaître précisément les entreprises impliquées.
D'autres ministres brillent par l'ampleur de leur patrimoine immobilier. Sébastien Martin, par exemple, possède pas moins de huit biens. Roland Lescure, ministre de l'Économie, cumule quant à lui plusieurs propriétés, dont un appartement parisien estimé à 2,2 millions d'euros.
Côté revenus, le décalage est tout aussi frappant. Avant leur entrée au gouvernement, certains ministres percevaient des rémunérations mensuelles qui donnent le vertige. Jean-Pierre Farandou, aujourd'hui ministre du Travail, touchait ainsi près de 68 000 euros par mois en tant que PDG de la SNCF. D'autres, comme Philippe Baptiste ou Laurent Nuñez, dépassaient allègrement les 14 000 euros mensuels. Des niveaux de vie totalement déconnectés de la réalité de la majorité des habitants et des travailleurs. Et puis il y a Gérald Darmanin. Avec un patrimoine de 77 000 euros, Le Monde le caractérise comme le plus « modeste » du gouvernement, selon les classements. Une modestie toute relative : entre 2020 et 2025, il a tout de même perçu plus de 680 000 euros de revenus. Un écart qui laisse planer quelques interrogations…
Au-delà des cas individuels, ces chiffres dessinent un tableau d'ensemble sans grande surprise : celui d'un gouvernement composé de bourgeois. Propriétaires, multipropriétaires, anciens dirigeants d'entreprises ou hauts fonctionnaires très bien rémunérés, ils évoluent dans un univers complètement déconnecté de celui de la majorité de la population.
Une réalité d'autant plus frappante que ce sont ces mêmes responsables politiques qui font passer les pires offensives contre les travailleurs et les classes populaires : assurance chômage, travail le 1er mai, casse des services publics… Alors qu'ils veulent faire payer la crise aux plus précaires, et que Lecornu a annoncé un nouveau plan de 6 milliards d'euros d'austérité, c'est à la bourgeoisie et aux grandes entreprises de payer.