Suppressions de postes, salaires : victoire pour les grévistes de Synthomer après 6 jours de grève !
Thu, 23 Apr 2026 18:31:01 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSuite à des négociations annuelles obligatoires décevantes (1,3% d'augmentation et un plancher dérisoire pour les bas salaires) et l'annonce de suppressions de 5 postes en CDI, les salariés de l'usine Synthomer au Havre ont décidé d'arrêter le travail.

Le 10 avril 2026, dès 4h du matin, les travailleurs de l'usine de chimie Synthomer au Havre lancé la grève. A partir de là et jusqu'au 16 avril 2026, 100% des salariés postés ont arrêté le travail, empêchant tout produit n'est sorti de l'usine pendant 6 jours.
« La grève était une évidence pour tout le collectif de travail posté dans un contexte où ça fait un certain temps que tout le monde souffre du manque d'effectifs. Le mot « souffrance » revient constamment dans la bouche des collègues et se matérialise aussi par un grand nombre d'accidentés du travail qui, en plus, ne sont pas remplacés », explique Sylvain Chapelle, élu CGT.
Il ajoute : « on travaille quand même avec des produits chimiques dangereux, une partie de travail reste physique et avec une population avec une moyenne d'âge de 45 ans, les corps ne tiennent pas. Je ne parle même pas des cancers qui se déclarent souvent au moment du départ à la retraite. »
Appartenant par le passé à Goodyear et comptant 300 salariés en CDI, cette usine de fabrication de caoutchoucs synthétiques pour les habitacles de voitures a été reprise en 2021 par Synthomer après la suppression de plus de 130 postes. Après cette saignée des effectifs, ce qui a dégradé les conditions de travail, la direction a voulu, également, instaurer plus de « polyvalence ».
Sylvain Chapelle explique : « on appelait ça « la poly-vaillance », ils voulaient que dès qu'on n'avait rien à faire sur notre unité, on aille donner un coup de main ailleurs. Pourtant, on a tous des compétences spécifiques, ce qui a un sens puisqu'on travaille avec des produits dangereux sur un site SEVESO ». Une première réaction exemplaire a eu lieu puisque les salariés sont partis en grève à deux reprises pour 15 jours, dont 15 jours où plus aucun produit n'est sorti de l'usine.
Après cette grève, la direction avait abandonné le projet, mais la situation reste compliquée. Sylvain Chapelle raconte que ses collègues lui disent arriver au travail la boule au ventre car ils ne savent jamais quand ils vont encore devoir fonctionner en sous-effectif, ce qui les oblige à bricoler. C'est pour cela, qu'en avril 2026, face à une nouvelle volonté de geler les effectifs, et même de les réduire, mais aussi face au mépris affiché de la direction lors des NAOs qui n'a lâché que des miettes, la colère a éclaté.
Les revendications ont été les suivantes : plancher d'augmentation de 50 euros par mois et embauche de 5 salariés en CDI pour faire face au sous-effectif (après annonce suppression de poste), contrat d'intérim pour remplacer les accidents de travail. Le 16 avril 2026, la direction a cédé en s'engageant sur la mise en place de processus de recrutement pour obtenir des alternants, des intérimaires pour absence longue durée, deux embauches en CDI (pour remplacer des salariés qui partent à la retraite) et l'embauche de 5 CDD sur 9 mois (avec révision fin d'année pour les passer en CDI), qui disposeront de l'intéressement, de la participation et toutes les primes ; enfin plancher d'augmentation de 50 euros par mois pour tous les salaires en dessous de 2000 euros par mois.
Si ces promesses d'embauches ont des limites dans un contexte où depuis des années les effectifs sont réduits, cette mobilisation est une première réponse exemplaire pour mettre un coup d'arrêt à une nouvelle saignée dans les effectifs. Sylvain Chapelle précise : « on nous explique constamment qu'on ne peut pas faire des embauches en CDI, parce que l'entreprise n'a pas de vision pour l'avenir. Ce monde de guerres et de crises crée une austérité permanente payée par les travailleurs alors que les entreprises s'en sortent toujours. » Il évoque notamment le nombre de subventions touchées par son entreprise alors qu'elle diminuait les effectifs.
Dans un contexte où les licenciements se multiplient et où l'inflation grignote de plus en plus les salaires, les salariés de Synthomer ont fait une première démonstration de qui fait tourner la production et du rapport de forces qu'il serait possible d'instaurer si un mouvement de grève contre le licenciement et pour les salaires s'élargissait.