Annulation du 1er mai à Liévin : le RN veut enterrer la mémoire ouvrière du bassin minier
Thu, 23 Apr 2026 19:01:53 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalUn des premiers actes du nouveau mandat d'extrême droite à Liévin aura été de s'attaquer frontalement à la mémoire ouvrière de la ville en supprimant une cérémonie en mairie. Dans un contexte d'offensive gouvernementale contre le 1er mai, soutenue par le RN, cette décision rappelle que l'extrême droite déteste les luttes ouvrières.

Dès son arrivée à la mairie de Liévin, Dany Paiva n'a pas tardé à donner le ton. Le maire d'extrême-droite de la ville ouvrière, qui a mis fin à des décennies de règne socialiste, a en effet annoncé cette semaine supprimer la cérémonie du 1er mai avec les syndicats. Pour le maire RN, les syndicats seraient « là uniquement pour faire de la politique au niveau national » et de la « propagande ».
Une rhétorique autoritaire au nom de laquelle la mairie s'attaque directement à une tradition vivante du mouvement ouvrier local. Chaque année, la cérémonie du 1er mai mêle hommage aux mineurs décédés et revendications. Elle permet ainsi de commémorer la mort de 42 mineurs liévinois dans une galerie minière, lors d'un coup de grisou en 1974.
Une tentative consciente d'effacer une mémoire collective forgée dans les luttes qui a ouvert une polémique, y compris auprès des électeurs du maire. L'annonce ayant suscité des réactions fortes sur les réseaux, jusqu'à des Liévinois pro-RN, la municipalité a finalement été contrainte de reculer partiellement en maintenant le dépôt de gerbes en hommage aux mineurs.
L'offensive n'a rien d'isolée. Dans l'ensemble du bassin minier, les attaques contre le mouvement ouvrier et son histoire se multiplient. À Hénin Beaumont, place forte du parti à la flamme, Steeve Briois réprime l'opposition syndicale en tentant de licencier Djelloul Khéris, militant de SUD Collectivité territoriale. À Grenay, une plaque à l'honneur du militant pro-palestinien Georges Ibrahim Abdalllah, a été récemment déboulonnée par le RN.
Plus à l'Est, à Saint-Avold (Moselle), c'est la fête de l'UL de la CGT qui a été interdite par le nouveau maire RN Hervé Simon. Ce rassemblement populaire et combatif qui avait revu le jour l'an dernier pour la première depuis cinquante ans, avait réussi à redonner vie à une tradition de solidarité et d'échange pour les travailleurs de la région. L'interdiction devra affronter la résistance ouvrière locale qui s'est faite entendre lors des élections municipales au sein de la Liste Ouvrière et Solidaire.
Partout où il arrive au pouvoir, le RN confirme sans détour son caractère profondément anti-ouvrier et autoritaire. Loin de son discours « social » de façade, il mène une politique systématiquement hostile aux travailleurs ainsi qu'à leurs organisations et même aux associations comme la Ligue des Droits de l'Homme qui s'était vue expulsée de son local au lendemain de l'élection de Steeve Briois à Hénin.
Cette interdiction n'a en réalité rien d'étonnant alors que nationalement, le RN soutient les offensives du gouvernement Lecornu contre le 1er mai, seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré. Ses dirigeants comme Jean-Philippe Tanguy n'ont pas hésité à défendre l'idée de faire travailler les salariés ce jour-là, reprenant à leur compte les revendications patronales. Parallèlement, le parti multiplie les gages de respectabilité auprès des grandes entreprises : rencontres avec le MEDEF, dîners avec des dirigeants du CAC 40. Pendant que ses cadres montrent patte blanche au grand patronat, localement les élus déclinent ses politiques hostiles aux travailleurs.
Face aux attaques de l'extrême droite qui se multiplient, il est nécessaire de construire une riposte pour défendre chaque acquis du mouvement ouvrier. Il n'y a sans doute pas de meilleur moyen d'honorer la mémoire des mineurs morts en 1974 à cause de la négligence du patronat que de suivre l'exemple de leurs camarades, qui leur avaient rendu hommage par la grève.