Un spectre hante l'agrégation de philosophie : Marx de retour au programme
Thu, 23 Apr 2026 18:24:27 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalOnze ans après sa première inscription au programme de l'agrégation de philosophie, Marx est à nouveau mis à l'honneur pour la session 2027. Panthéonisation ou levier de subversion ?

Ce jeudi 23 avril, le programme pour l'agrégation externe de philosophie pour la session 2027 est discrètement apparu sur le site du ministère. D'habitude, cet événement concerne seulement les étudiants qui s'apprêtent à vivre le calvaire de la préparation à ce concours, symbole de ce que l'enseignement supérieur français fait de plus élitiste. Mais ce nouveau programme porte une singularité qui ne passe pas inaperçue.
Il contient en effet un nom que l'université française tente sans succès de refouler depuis un siècle, celui de Karl Marx. Ce dernier sera mis à l'honneur dans le cadre de l'épreuve écrite d'« histoire de la philosophie », qui porte chaque année sur les philosophes les plus canoniques de la tradition, de Kant à Platon, avec quelques touches ponctuelles de modernité, offerte par des Bachelard ou Wittgenstein.
Marx avait pour la première fois été mis à l'honneur lors de la session 2015 de ce même concours. Le choix du théoricien et militant révolutionnaire témoigne du regain d'intérêt à la fois intellectuel et éditorial dont il est l'objet depuis la vague de lutte des classes qui a suivi la crise de 2008.
Evidemment, sa présence dans le concours de l'agrégation ne doit susciter aucune illusion, ni faire oublier la capacité des institutions académiques à vider de leur contenu subversif les penseurs les plus radicaux. Comme s'en moquait Lénine il y a plus d'un siècle : « du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions (...). Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu , on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. »
Pour autant, on ne peut que se réjouir de savoir que de centaines d'étudiants passeront une partie de l'année prochaine à lire les œuvres de Marx. Au milieu d'une crise brutale du capitalisme, dont les symptômes morbides s'accumulent chaque jour, l'exercice pourrait donner des idées à ceux qui, après des années à apprendre à « interpréter le monde », aspirent à « le transformer », voire à passer « de l'arme de la critique » à « la critique des armes »…