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L'âne argentin

Thu, 23 Apr 2026 10:21:04 CEST

Révolution Permanente

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L'Argentine s'enfonce dans la crise économique. Des secteurs qui soutiennent le gouvernement n'ont pas trouvé de meilleure idée que de proposer aux plus démunis de remplacer la viande de bœuf par la viande d'âne. Une insulte chargée de symbolique.

Ça peut paraître un détail, mais parfois la vie est impitoyable dans ses détails. La légende raconte qu'au moment du crépuscule de la monarchie en France, Marie-Antoinette, face au manque de pain pour la population, aurait dit : « Ils n'ont pas de pain ? Qu'ils mangent de la brioche ! ». La suite de l'histoire est bien connue. Aujourd'hui, en Argentine, l'expérience ultra-libérale du président Javier Milei est en train de s'effondrer à grande vitesse. Une grande partie de la population subit d'énormes difficultés économiques. Face à cela, le gouvernement de Milei semble embrasser le mot d'ordre : « Qu'ils mangent de l'âne ! ».

Il y a quelques jours sont apparus dans la presse argentine des reportages où l'on encourageait la population à consommer de la viande d'âne à la place de la viande bovine. Étonnant, n'est-ce pas ? Curieusement quand il y a des crises économiques, les capitalistes sont débordants d'imagination culinaire pour les pauvres. Dans ce cas, la question n'est pas la qualité de ce type de viande ou de ses apports nutritifs. La polémique réside davantage dans le symbole. Car ce n'est pas du cheval, animal noble, que l'on incite les pauvres à manger comme viande de remplacement. Non, c'est de l'âne. Bête stigmatisée, marquée au sceau de l'imbécilité, du manque d'intelligence. Bête têtue. Bête de somme. Bête sans grâce du travail dur et ingrat. L'insulte est à peine voilée derrière le mépris de classe.

Mangez de l'âne ! Dans un pays qui est traditionnellement connu pour la qualité de sa production bovine. Pays où « el asado », gros barbecue de viande rouge, est le plat traditionnel dont on est fier, que l'on fait goûter aux étrangers quand ils s'y rendent. Viande bovine qui reste, du moins dans l'imaginaire collectif, l'expression d'un bon repas. La consommation de viande est aussi un thermomètre de la santé économique : moins on en consomme, plus profonde est la crise économique. Au contraire, même si les meilleures coupes ont toujours été destinées à l'exportation, le fait que les foyers, y compris les plus modestes, puissent s'offrir un asado de temps en temps est toujours présenté comme signe d'une bonne situation économique.

Lors de la grande crise économique de 2001 et de l'énorme explosion sociale qui a agité le pays, une image m'a profondément marqué : un camion transportant du bétail a eu un accident près d'un quartier très pauvre. Aussitôt, plus de 400 personnes se sont empressées pour récupérer les bêtes, vivantes ; ils ont tué la plupart des vaches sur place et se sont partagé la viande. C'était une image déchirante. La pauvreté après près de 15 ans de privatisations, de fermeture d'usines, de chômage de masse, d'humiliations, d'explosion d'inégalités, de destruction des services publics, de politiques ultra néolibérales menées par les gouvernements post-dictature, spécialement le gouvernement péroniste de Carlos Menem, avaient abouti à une faim de masse, dans un important pays producteur d'aliments.

En ce mois de décembre 2001, le pays a été totalement bouleversé. Le président de l'époque, Fernando de la Rua de l'Union Civique Radicale (UCR, l'autre patte du bipartisme traditionnel, mort depuis), a été le protagoniste d'un autre symbole politique marquant dans l'histoire du pays : il a dû quitter le pouvoir et s'enfuir en hélicoptère ! Les chômeurs organisés, les piqueteros, ont joué un rôle très important dans ces mobilisations. Des secteurs des classes moyennes appauvries aux côtés de la classe ouvrière s'attaquaient aux banques qui avaient confisqué leurs économies. Dans certains quartiers il y avait des assemblées d'habitants. En tout, cinq présidents se sont succédés en l'espace d'une semaine. En ce décembre vertigineux, on ne parlait pas encore de manger de la viande d'âne, mais tout le monde se refilait la patate chaude.

À propos de patates, dans une vidéo qui entend convaincre la population que manger de la viande d'âne comme remplacement de la viande bovine est une bonne chose, on voit des gens se délecter d'une assiette composée d'un morceau de viande d'âne grillée avec une demi-patate coupée en deux. En termes de propagande il y a décidément mieux. Mais c'est une marque de fabrique du gouvernement de Milei : faire passer la dégradation des conditions de vie des travailleurs et des couches populaires pour du « progrès ». Le mensonge, la dissimulation, le cynisme et l'hypocrisie sont dans l'ADN de Milei et son équipe.

Ils s'y connaissent en mensonges, comme Pinocchio. Pinocchio qui non seulement voyait son nez grandir à chaque mensonge, mais aussi se transformait en âne au fur et à mesure qu'il s'engouffrait dans une vie de débauche et de décadence. Et si finalement les ânes étaient les membres de ce gouvernement ultra libéral ? Cette caste arrivée au pouvoir en promettant mettre fin à « la caste ». Cette caste arrivée au pouvoir promettant l'exemplarité. Cette caste arrivée au pouvoir promettant faire de l'Argentine un paradis économique, la rendre great again. Cette caste s'est avérée être plus caste que la caste, dont les cibles privilégiées ont été les plus pauvres, les retraités, les handicapés, les jeunes, les étudiants, les travailleurs, les femmes, les LGBT. Cette caste n'a été exemplaire que par les manières les plus farfelues de s'adonner à la corruption la plus crasse et sale, sans hésiter à voler l'argent des médicaments destinés aux plus démunis. Cette caste a appauvri les travailleurs et les classes populaires dès le premier jour, et risque de jeter l'Argentine encore plus dans le chaos économique, la pauvreté, le sous-développement et la soumission aux capitaux et États impérialistes.

Cette caste a prouvé être composée d'ânes. Et que l'animal nous excuse de reprendre cette image stigmatisante. Car en réalité, on ne parle pas des ânes animaux. On parle de bêtes têtues, de bêtes misérables, de bêtes mesquines, de bêtes stupides, de bêtes infumables, de bêtes in-mangeables. Et le pire, c'est l'âne maître-président qui prétend être spécialiste en économie, mais qui passe son temps à jouer la rock star, à lécher les bottes de ses maîtres impérialistes et amis génocidaires, et surtout à attaquer un à un tous les droits et acquis de la classe ouvrière.

Le gouvernement de Milei insulte les travailleurs, les travailleuses et leurs familles. Il se moque de toutes celles et ceux, parmi les plus pauvres, qui ont cru à ses promesses délirantes et réactionnaires de « dollarisation » de l'économie, de prospérité. Aujourd'hui, alors qu'ils incitent la population à manger de l'âne pour dépeindre en belles couleurs la crise, dans les faits ils endettent davantage le pays hypothéquant son futur, ils détruisent les salaires, ils facilitent les licenciements de masse, les fermetures d'usines et d'entreprises et enfoncent le pays dans l'inflation. Cette situation tragique pour la classe ouvrière, la jeunesse et les secteurs exploités de la société est en train de tester leur patience (et les directions syndicales et politiques du péronisme sont des complices dans cette situation par leur passivité). Il existe cependant la possibilité d'une grande explosion sociale. Et peut-être cette fois les travailleurs et les classes populaires ne voudront pas seulement « manger du riche » mais renverser la table où l'on les a mangés à petit feu depuis des décennies.

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