Saint-Avold : le maire RN s'attaque à la fête de la CGT, premier acte de sa politique anti-ouvrière
Thu, 23 Apr 2026 13:18:09 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn refusant à l'Union locale CGT l'organisation de sa fête populaire dans le parc municipal, le nouveau maire RN de Saint-Avold Hervé Simon engage un premier bras de fer frontal avec le mouvement ouvrier. Derrière les prétextes sécuritaires avancés, c'est bien une décision politique qui vise à faire taire une expression indépendante des travailleurs.

L'organisation de la fête de l'Union locale CGT de Saint-Avold a ouvert un bras de fer avec la nouvelle mairie RN. Dans un courrier adressé cette semaine à Christian Porta, secrétaire de l'UL, le maire invoque des « raisons de sécurité » liées à l'affluence attendue pour justifier son refus d'accueillir l'événement. Un argument qui ne tient pas une seconde pour le syndicaliste. L'an dernier, cette même fête avait pu se tenir dans ce même parc et sans le moindre incident.
« Ils savent très bien que c'est faisable. C'est une décision politique, une attaque contre le mouvement ouvrier », dénonce Christian Porta. Un avis partagé par Loic Steinmetz, délégué syndical Solidaires à Saint-Avold. Pour ce dernier, « c'est une attaque liée à un agenda antisocial clair, puisque Alexandre Loubet [député de la circonscription et également conseiller municipal à Saint-Avold, ndlr], a accompagné Bardella lors de son dernier déjeuner avec le grand patronat. »
Une fête populaire qui avait marqué un tournant
Il faut rappeler ce qu'a représenté cette fête en 2025. Pour la première fois depuis plus de cinquante ans dans le bassin minier, une initiative festive portée par une organisation ouvrière, en l'occurrence la CGT, avait réussi à rassembler plusieurs centaines de personnes : ouvriers, jeunes, associations, militants syndicaux et politiques. Concerts, débats sur la Sécurité sociale, sur la Palestine, sur l'histoire du mouvement ouvrier… toute une journée qui avait redonné vie à une tradition de rassemblement populaire et combatif dans une région sinistrée par la désindustrialisation.
« Cette fête, c'était la preuve qu'on pouvait reconstruire un espace de solidarité et de discussion pour les travailleurs, alors que tout est fait pour les diviser et les isoler », rappelle Christian Porta. « C'est précisément ça qu'ils veulent empêcher aujourd'hui. » Christophe déplore sur Facebook « j'y ai participé l'année dernière et si je ne suis pas d'accord avec tout, j'ai passé une excellente journée avec mes filles que j'ouvre à la culture et à la politique au sens large du terme. », avant de rajouter « Au moins elles savent que le monsieur du RN qui a augmenté son indemnité de politique sélective ne souhaite pas les voir cette année ! Un seul parti est capable de rejeter des idées ! Victor Hugo a dit : je ne suis pas d'accord avec vous mais je ferais tout mon possible pour que vous puissiez vous exprimer ! Ce sont des méthodes fascistes qui datent d'un autre temps… ».
Le RN fidèle à sa politique anti-ouvrière
Ce refus n'a rien d'un accident. Il confirme ce que l'on observe partout où le RN arrive au pouvoir : derrière son discours « social », ce parti mène une politique systématiquement hostile aux organisations de travailleurs, aux syndicats et même aux associations venant en aide aux plus démunis, comme c'est le cas du Secours Populaire de Hayange qui s'est vu expulser.
À Saint-Avold, les choses sont limpides : empêcher une fête syndicale, c'est empêcher un moment de rencontre, de politisation, d'organisation. C'est tenter d'isoler les travailleurs les uns des autres pour mieux imposer une politique réactionnaire. Pour Christian Porta : « Le RN ne veut pas de travailleurs organisés, il veut des travailleurs isolés, divisés, et soumis ».
Sur Facebook on peut lire des commentaires de sympathisants du RN qui se réjouissent, et de nombreuses autres personnes qui s'indignent, comme Sam pour qui « si les syndicats n'étaient pas là je ne suis pas sûr que beaucoup d'ouvriers et d'employés aient eu accès à la culture et aux congés dans les années 70/80 », ou encore Hervé : « Que l'on adhère ou pas aux idées à tout ou partie des syndicats, force est reconnaître que cette décision est purement politique. En soit, ce n'est guère une surprise ; les mairies dirigées par des maires du rassemblement national sont souvent une catastrophe sur le plan démocratique. »
Pendant toute la campagne municipale, la liste « Saint-Avold ouvrière et solidaire » portée par Christian Porta avait mis en garde contre le caractère profondément anti-ouvrier du RN. Beaucoup voulaient encore croire à un parti « proche du peuple ». Quelques semaines auront suffi pour lever les illusions. Dès leur arrivée, ils s'attaquent non pas aux patrons qui licencient, ni à la précarité qui explose, mais à une organisation syndicale qui tente de recréer du lien et de la solidarité.
Pour Loïc Steinmetz, « tout cela s'inscrit dans un ensemble d'attaques menées de fait par la droite et l'extrême droite contre le droit du travail, avec un gouvernement qui a décidé d'enfreindre la loi sur le 1er mai chômé ». Avant d'ajouter : « on voit que le RN est un outil très commode pour le patronat. On comprend le repli d'une partie du patronat et de la droite vers l'extrême droite, parce que le RN s'assure de pouvoir verrouiller le débat et l'espace public autour de perspectives largement antisociales et de mettre au silence tous les éléments d'opposition potentiels. » Christian Porta rappelle en outre que le maire fraichement élu a augmenté ses indemnités dès son arrivée en poste.
Cette démonstration de la nature des politiques municipales du RN n'est d'ailleurs pas un cas isolé, puisqu'à Liévin, dans le bassin minier du Pas-De-Calais, le maire d'extrême droite fraichement élu, Dany Paiva, a lui aussi pris parmi ses premières décisions celle d'annuler la cérémonie du 1er mai avec les syndicats. En parallèle, le RN multiplie les rencontres avec le grand patronat ces dernières semaines, pendant que Jordan Bardella se pavane en Une des journaux people en compagnie d'une princesse millionnaire.
Face aux attaques, organiser la riposte
Cette première attaque donne le ton de ce que seront les années à venir à Saint-Avold. Mais elle montre aussi autre chose : la nécessité de construire une riposte organisée. « Ils peuvent nous refuser un parc, mais on ne se résoudra pas à renoncer à notre combat, on ne compte pas rester les bras croisés » souligne Christian Porta, en affirmant que « des annonces arriveront vite et nous aurons besoin du soutien de tous les habitants indignés, et plus largement de celles et ceux qui ne veulent pas se résoudre à voir l'extrême droite imposer sa loi contre les organisations ouvrières. On trouvera d'autres lieux, d'autres moyens. Et surtout, on sera plus nombreux. »
À Saint-Avold, la bataille ne fait que commencer. Et face à une municipalité d'extrême droite qui entend museler le mouvement ouvrier, une chose est déjà certaine : les travailleurs qui ont choisi de lui résister ne comptent pas se laisser faire.