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Répression politique : la ZAD de la gare de Luméville expulsée par les gendarmes

Thu, 23 Apr 2026 21:33:02 CEST

Révolution Permanente

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Point d'appui de la lutte contre le site CIGEO d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, la gare désaffectée de Luméville était occupée depuis 19 ans par des militants qui avaient acheté le terrain. Le terrain a été exproprié par l'État et les opérations de gendarmerie menées alentours ont forcé les militants anti-nucléaire à quitter les lieux.

Ce lundi 20 avril, le site de l'ancienne Gare de Lunéville a été expulsé par la gendarmerie, après deux décennies d'occupation du lieu par des militants luttant contre le projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure. La veille avait eu lieu une manifestation, interdite par la préfecture de police, pour défendre le terrain face aux menaces d'expulsion. En nombre réduit, encerclés par une centaine de gendarmes sur-équipés, les militants ont préféré quitter les lieux de leur propre initiative pour ne pas s'exposer à une violente répression.

Mais le préfet n'a pas voulu se satisfaire d'une prise de possession pacifique de la gare. Ce même lundi, en fin de journée, les gendarmes ont interpellé 11 personnes qui se trouvaient à proximité de la gare, et les ont enfermées pour 20 heures de garde à vue pour refus de fournir les « relevés signalétiques » (le fichage par photographies et empreintes digitales). Un énième témoignage du niveau de la répression arbitraire que l'État est prêt à mettre en place pour imposer son projet écocide.

Le site de l'ancienne Gare de Luméville était occupé par les militants en raison de son importance stratégique pour le projet d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure. Désaffectée depuis 1969, cette gare devrait en effet, selon le projet d'enfouissement Cigéo, reprendre du service comme point nodal du transport ferroviaire de déchets nucléaires. Ayant compris cette position clef, des militants avaient racheté le terrain en 2007. Mais depuis la « déclaration d'utilité publique » du projet en 2022, l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a pu obtenir l'expropriation du terrain par la justice. Cette expulsion n'est donc que la poursuite du passage en force contre les militants et habitants de la région, et marque un nouveau pas en avant dans la mise en œuvre de Cigéo.

Ce projet d'enfouissement délirant, dont le chantier devrait durer près de 130 années, devra accueillir des déchets radioactifs à la durée de vie de plusieurs centaines milliers d'années. Ceux-ci devront rester sous surveillance pendant une très longue durée, et les galeries devront rester ventilées du fait des risques d'explosion. Alors même que la concertation menée dans le cadre de la mission Granite lancée en 2000 avait montré que les collectifs concernés préféraient une solution de stockage en surface, l'État a choisi d'opter unilatéralement pour le stockage en profondeur, en fermant les yeux sur les innombrables risques et coûts qu'il comprend.

Et ces dernières années, le gouvernement est bien déterminé à accélérer le calendrier de Cigéo. Sur demande du Premier ministre, la justice a avancé la date de l'enquête publique sur le projet au 18 mai. Cette enquête, nécessaire pour obtenir l'« autorisation de création », prétend permettre « l'expression du public et l'information la plus large sur le projet ». Après des décennies de processus de « consultations citoyennes » bidons, il ne s'agira encore que d'une mascarade derrière laquelle l'Andra pourra imposer ses décisions opaques.

Avec les moyens légaux et les décisions de justice, ces derniers jours ont illustré combien l'imposition d'un projet impopulaire dans la région repose sur l'usage de la violence. Depuis des années, les militants qui s'opposent à Cigéo font face une surveillance extrême de la part de la police, qui n'a pas hésité à dépenser 10 millions d'euros dans les moyens les plus sophistiqués. Une véritable traque pour laquelle l'État utilise tous les dispositifs « anti-terroristes », et qui s'accompagne d'un acharnement judiciaire pour des chefs d'accusation souvent dérisoires.

L'expulsion de la Gare de Luméville n'est que le dernier témoignage du sort que réserve le régime aux luttes paysannes et écologistes lorsqu'elles viennent remettre en cause des infrastructures que l'État juge stratégiques, comme à Sivens, à Notre-Dame-des-Landes ou à Sainte-Soline. Mais la répression n'aura pas raison de la détermination des militants qui s'opposent à la politique de destruction systématique de l'écosystème au service des intérêts des bourgeois. Face aux moyens policiers et judiciaires massifs que déploie l'État pour poursuivre cette politique à tout prix, il est urgent de construire un front de solidarité le plus large possible, incluant aussi bien les militants écologistes que les habitants de la région, et dans lequel le mouvement ouvrier a un rôle central à jouer.

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