Billet. Guerre, génocide et autoritarisme : il faut s'organiser
Thu, 23 Apr 2026 19:26:03 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalNous publions un billet d'un travailleur d'un groupe de protection sociale, qui s'exprime sur la situation internationale. Accélération des conflits, génocide et renforcement de l'autoritarisme : il appelle à s'organiser.

La répression qui s'intensifie en France contre les mouvements de lutte pour la liberté des peuples, les collectifs pour la paix et les syndicalistes combatifs qui œuvrent pour l'intérêt des salariés ne peut plus être comprise comme une succession d'événements isolés. Nous le voyons en tant que travailleurs : les gouvernements libéraux, du centre droit jusqu'à l'extrême droite, cherchent à déréguler le travail, affaiblir les protections collectives et neutraliser nos forces capables d'organiser la résistance. De l'Europe aux États-Unis, de l'Amérique du Sud au Japon, la même logique se déploie : isoler les travailleurs et travailleuses, concentrer le pouvoir économique et réduire au silence celles et ceux qui défendent les droits sociaux.
En France, cette dynamique se manifeste aussi par un durcissement envers les populations les plus pauvres, les personnes en situation de précarité, les travailleurs et travailleuses et les étrangers, qui se retrouvent en première ligne des politiques sécuritaires. Plusieurs associations dénoncent une stigmatisation croissante des allocataires sociaux, une criminalisation de la survie quotidienne et un climat où les personnes racisées sont exposées au racisme d'État : les arbitrages administratifs, les expulsions et les marginalisations sont permanents. Dans ce contexte, les mouvements de lutte pour la liberté des peuples rapportent une multiplication des pressions policières et judiciaires. Des personnalités engagées, comme Rima Hassan, ont été placées en garde à vue dans des conditions qui ont suscité de vives réactions parmi les défenseurs des libertés publiques, certains y voyant une volonté de faire taire des voix critiques. Des élus locaux, comme le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, ont également été la cible d'attaques racistes condamnées par des organisations antiracistes, des milieux associatifs et encore trop peu d'acteurs politiques. Pour beaucoup, ces événements traduisent un climat où la contestation sociale et les figures issues des quartiers populaires sont particulièrement exposées.
Au Moyen-Orient, la situation renforce encore le sentiment d'un basculement historique. Le génocide en Palestine et les bombardements israéliens au Liban alimentent une escalade régionale qui menace la stabilité de toute la zone. Les populations civiles y paient un prix extrêmement lourd, prises dans des rapports de force géopolitiques qui les dépassent.
L'Iran est aujourd'hui au cœur d'un affrontement où les impérialismes se mesurent, se provoquent et se répondent. Les bombardements américains sur le territoire iranien ne sont pas des gestes isolés, mais l'expression d'une stratégie qui vise à maintenir un rapport de force favorable aux intérêts de Washington et de ses alliés régionaux. Les États-Unis justifient ces frappes comme des réponses à des attaques iraniennes contre Israël ou contre des installations américaines, mais la réalité, c'est qu'elles s'inscrivent surtout dans une logique de protection d'un ordre régional construit depuis des décennies autour de deux piliers : Israël et les monarchies du Golfe, dont l'Arabie saoudite.
Dans cette lecture, l'Iran apparaît comme un rival à contenir, un acteur dont l'influence politique, militaire et idéologique remettrait en cause l'équilibre voulu par Washington. Les bombardements américains visent alors à affaiblir les capacités iraniennes, à limiter son influence sur ses alliés régionaux et à empêcher toute montée en puissance qui pourrait menacer Israël ou les monarchies du Golfe. Cette stratégie ne se limite pas à des frappes ponctuelles : elle s'inscrit dans une confrontation plus large, où sanctions économiques, pressions diplomatiques et opérations militaires se combinent pour maintenir l'Iran dans une position de faiblesse.
En tant que travailleur révolutionnaire, je suis solidaire avec les peuples palestinien, iranien, libanais et tous les autres peuples victimes de la barbarie impérialiste, avec la complicité de certains gouvernements à la botte des États-Unis et de l'État d'Israël. Partout dans le monde, il faut lutter pour l'arrêt de la guerre dans la région, le départ des troupes impérialistes et la fin de la politique génocidaire de l'État d'Israël. À l'image des dockers de Gênes et des mouvements étudiants anti-impérialistes, il faut renouer avec les méthodes de la classe ouvrière, en toute indépendance politique vis-à-vis des régimes réactionnaires. Nous n'oublions pas que le régime des ayatollahs, quelques mois auparavant, réprimait dans le sang les manifestations contestant son pouvoir.
La guerre entre la Russie et l'Ukraine n'est pas un accident de l'histoire, mais l'aboutissement d'un enchaînement de choix géopolitiques où les impérialismes ont joué un rôle déterminant. Pour comprendre ce conflit, il faut revenir à la dislocation de l'URSS en 1991 et, dans la foulée, à la dissolution du Pacte de Varsovie, l'équivalent soviétique de l'OTAN. À l'époque, plusieurs responsables politiques occidentaux avaient assuré que l'Alliance atlantique ne s'étendrait pas vers l'Est. Pourtant, non seulement ces engagements n'ont pas été tenus, mais l'OTAN a continué de s'élargir, jusqu'à maintenir son existence malgré la disparition de son adversaire historique.
Dans les années 2000, les autorités russes avaient averti que l'installation de bases de l'OTAN en Ukraine constituerait pour elles une ligne rouge. Cette alerte n'a pas empêché la poursuite d'une stratégie occidentale perçue à Moscou comme un encerclement. Aujourd'hui, l'Ukraine est devenue un champ de bataille où s'affrontent deux blocs réactionnaires. D'un côté, un président russe qui tente de restaurer une forme d'influence comparable à celle de l'URSS, mais débarrassée de tout contenu social et nourrie d'un nationalisme renforcé. De l'autre, un président ukrainien issu du monde du divertissement, devenu un dirigeant qui sollicite sans relâche un soutien militaire massif, tandis que des Ukrainiens modestes sont arrêtés de manière arbitraire pour être envoyés au front.
La situation n'est guère plus enviable du côté russe, où des témoignages rapportent que des volontaires étrangers, notamment originaires d'Afrique ou d'Inde, sont attirés par des promesses d'emploi avant d'être envoyés eux aussi sur la ligne de front. Une stratégie qui rappelle la logique militaire héritée de la Seconde Guerre mondiale, souvent associée au maréchal Joukov, dont la priorité était le résultat, au prix d'un coût humain considérable.
Alors que les Européens suivaient la doctrine étasunienne de pressurisation de la Russie en proposant une extension de la zone d'influence de l'OTAN à l'est, ils se retrouvent finalement piégés par le revirement stratégique des États-Unis, qui ne souhaitent plus financer le parapluie militaire européen. Ironie de la situation : ces derniers sont à la fois obligés de rehausser leur budget militaire, atteignant des montants jamais vus depuis la Seconde Guerre mondiale, tout en continuant d'acheter des armes étasuniennes.
En Amérique du Sud, des gouvernements comme ceux de Javier Milei en Argentine ou de Nayib Bukele au Salvador appliquent des politiques libérales d'extrême droite qui affaiblissent les droits sociaux et s'accompagnent d'une répression directe des mouvements de lutte pour la liberté des peuples. Réformes du travail, privatisations massives, criminalisation de la contestation : ces offensives sont assumées et soutenues par des élites économiques déterminées à éliminer toute forme de résistance organisée. La dynamique se propage dans la région, avec l'arrivée au pouvoir de dirigeants dont les orientations politiques suscitent de fortes inquiétudes parmi les organisations sociales, comme José Antonio Kast au Chili, descendant de nazis, ou Nasry Asfura au Honduras. Le Venezuela traverse quant à lui une crise majeure après l'enlèvement du président en exercice du pays, un événement qui a suscité encore une fois trop peu de condamnations.
Dans ce même continent, Cuba, sous embargo depuis plus de soixante ans, est une nouvelle fois victime des ambitions impérialistes des États-Unis. Les nouvelles sanctions, qui ont par exemple privé des millions de personnes d'électricité, visent à affaiblir un pays déjà fragilisé par l'isolement économique et à empêcher toute alternative politique indépendante des grandes puissances.
Aux États-Unis, plusieurs décennies de politiques libérales ont affaibli les protections collectives et ouvert la voie à des gouvernements combinant dérégulation brutale et durcissement autoritaire. Ce modèle a eu un impact international en légitimant des forces politiques qui, en Europe, cherchent à réduire l'espace démocratique, à durcir l'ordre sécuritaire et à affaiblir les droits sociaux. Cette orientation a nourri la progression de mouvements d'extrême droite qui articulent libéralisme économique et discours autoritaire.
Même au Japon, souvent présenté comme un modèle de stabilité, les réformes du travail ont accru la précarité et affaibli les mouvements collectifs. La pression sociale remplace parfois la répression directe, mais le résultat est similaire : un monde du travail fragmenté, individualisé, où la contestation devient difficile. Le glissement vers un nationalisme conservateur, combiné à des politiques favorables aux grandes entreprises, réduit encore l'espace de la résistance.
À cela s'ajoute l'influence de la Russie, où la répression des contre-pouvoirs fait partie du fonctionnement du régime. Les syndicats indépendants, les médias libres, les ONG et les opposants y sont surveillés, intimidés ou réduits au silence. Cette orientation autoritaire inspire en Europe des forces politiques hostiles aux droits sociaux et aux libertés collectives, contribuant à banaliser des pratiques qui fragilisent les démocraties.
Le fil rouge apparaît nettement : affaiblir les protections collectives, concentrer le pouvoir économique, réduire l'espace démocratique, criminaliser la contestation et présenter toute résistance comme un danger pour l'ordre établi. La répression en France s'inscrit dans un mouvement global qui cherche à transformer les sociétés en espaces où les travailleurs et travailleuses sont isolés, silencieux et vulnérables, tandis que les plus pauvres, les précaires, les étrangers et les peuples en lutte deviennent les premières cibles d'un ordre social fondé sur la peur et la division.
Face à cette offensive, la riposte doit être à la hauteur. Ce qui est attaqué, ce ne sont pas seulement des militants ou des organisations, mais les libertés collectives elles-mêmes, la capacité des peuples à s'organiser, à contester et à défendre leurs droits. Les mouvements de lutte pour la liberté des peuples demeurent l'un des derniers remparts face à cette convergence mondiale entre intérêts économiques puissants, régimes libéraux d'extrême droite et puissances autoritaires. C'est précisément pour cela qu'ils sont ciblés. Et c'est précisément pour cela qu'ils doivent rester debout.
Si nos libertés fondamentales sont attaquées par des régimes bourgeois de plus en plus autoritaires, c'est en réponse aux récents événements de lutte de classe qui sont apparus partout sur le globe. Seule la détermination collective sera la force capable d'empêcher cette spirale. De la révolte des gilets jaunes jusqu'à la combativité des habitants et travailleurs de Minneapolis, en passant par l'énorme lutte de classe du peuple chilien en 2019, notre classe a su démontrer toutes ses potentialités pour mettre un arrêt à ces offensives autoritaires et redessiner une société à son image.
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