Cuba : Trump prépare-t-il une intervention militaire ?
Wed, 22 Apr 2026 22:25:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSelon le journal USA Today, le Pentagone préparerait discrètement une intervention militaire à Cuba. Alors que la pression de Washington pousse la bureaucratie du PCC à négocier avec l'administration de Trump, le peuple cubain se trouve dans une situation catastrophique.

Le mercredi 15 avril, USA Today révélait que le Pentagone préparait discrètement une opération militaire contre Cuba. Selon deux sources internes citées par le journal, une simple décision de Trump suffirait à lancer l'intervention. Une information qui confirme ce que Trump lui-même avait laissé entendre fin mars lors du forum d'investissements FII Priority de Miami, où, sur un ton moqueur, il avait cherché à justifier l'usage de la force militaire : « Et Cuba est la prochaine, d'ailleurs, mais faites comme si je n'avais pas dit ça. »
Cette menace d'intervention militaire s'inscrit dans un contexte précis pour l'impérialisme états-unien. L'épuisement militaire et les difficultés rencontrées par les États-Unis en Iran pourraient pousser Trump à chercher une victoire symbolique contre Cuba, qu'il pourrait présenter comme un succès à sa base et un rappel de sa suprématie militaire. Une telle action pourrait toutefois avoir un coût politique élevé pour Trump. Asphyxié après plusieurs mois de blocus énergétique, le gouvernement de Diaz-Canel a entamé des négociations avec Washington. Pendant ce temps, l'économie cubaine s'effondre.
L'économie de l'île s'effondre
C'est la population cubaine qui subit directement les conséquences de la politique d'asphyxie menée par les États-Unis et ses alliés. Les effets du blocus touchent tous les secteurs de l'économie. Un indicateur donne la mesure de la crise : une bonne partie des petites et moyennes entreprises qui relèvent du secteur privé (les pymes) pourrait mettre la clef sous la porte en raison de la pénurie d'énergie et des coûts élevés du carburant sur le marché informel. Il s'agit pourtant du secteur « restaurationniste » sur lequel tablaient les administrations Obama et Biden comme un levier de « changement ».
Faut-il réduire pour autant le blocus à la seule question du pétrole ou du carburant ? En réalité, il s'agit d'un acte de violence impérialiste qui, avec l'arrêt de la production, le manque de transports publics et la pénurie de nourriture et de médicaments, revient à tuer la population à petit feu. [Une situation comparable à une guerre. Une recherche récente publiée par la revue scientifique Lancet Global Health estime que les sanctions unilatérales entraînent près de 560 000 morts par an dans le monde, identifiant les sanctions américaines comme les plus meurtrières, un bilan comparable à celui des conflits armés. À Cuba, la situation relève désormais de la survie quotidienne.
Un journaliste cubain le documente depuis l'île : « Des personnes ont malheureusement commencé à mourir dans les hôpitaux tout simplement parce que nous n'avons pas de carburant pour les ambulances ; les opérations ont été annulées ; seules les interventions d'urgence sont pratiquées. » D'après le New York Times, près de 100 000 personnes se retrouvent en attente d'opération, plus de 30 000 enfants non vaccinés, et environ 20 000 patients privés de radiothérapie ou de dialyse. Ce sont les conséquences directes et assumées de la politique de Trump.
Dans un article paru dans El País, le 12 avril dernier, sous le titre : « Que va-t-il se passer à Cuba ? », l'écrivain cubain Leonardo Padura caractérise la situation actuelle comme une « polycrise », la pire depuis les années 90. Mais avec une différence fondamentale par rapport à la « période spéciale », lorsqu'après la dislocation de l'URSS et du bloc de l'Est, personne ne donnait cher de la peau de Cuba : dans les années 90, les privations touchaient l'ensemble de la population de façon homogène. Aujourd'hui, les secteurs de la bureaucratie qui dirigent le pays continuent de jouir de certains privilèges pendant qu'une partie croissante de la population s'enfonce dans la misère. Une fracture qui met en lumière les contradictions d'un État ouvrier déformé. Ce qui rend d'autant plus visible le rôle que continuent de jouer certains membres influents au sein de l'appareil bureaucratico-militaire et du PCC, dont plusieurs membres associés à la directions historiques du castrisme.
L'enjeu stratégique des négociations
Alors que Díaz-Canel et la bureaucratie continuent de négocier, donnant des gages en termes de « réformes » de marché qui entament un peu plus ce qu'il reste d'économie nationalisée et planifiée, ce sont les États-Unis qui continuent d'imposer les règles du jeu. Cette dynamique s'est récemment illustrée par l'autorisation de passage du pétrolier russe Anatoly Kolodkin transportant près de 700 000 barils de pétrole, à travers laquelle Trump a tenté de démontrer que l'hégémonie américaine, bien que déclinante, persiste, capable d'asphyxier ou de desserrer l'étau selon ses intérêts. Une goutte d'eau face aux 100 000 barils par jour dont Cuba a besoin pour alimenter ses seules centrales électriques. Comme l'écrit El País, Cuba survit sous « respiration assistée », juste assez pour que les négociations continuent, pas assez pour que le peuple respire.
Dans ces négociations, Díaz-Canel cherche à ne pas perdre la face, en déclarant que le pays est prêt à toutes les éventualités, mais en avançant que la question du mode de gouvernance actuel n'est pas en discussion. Il a annoncé clairement que son gouvernement entend « préserver la structure actuelle du gouvernement et résister à toute suggestion d'organiser des élections multipartites ».
Des médias comme le Wall Street Journal et le New York Times ont déclaré depuis mi-mars que ces négociations visent à désigner un successeur issu de l'appareil en cas de changement de régime : Le NYT cite « Raulito » Castro ou également connu comme « el Cangrejo », tandis que le WSJ, souvent aligné sur les revendications internes du Pentagone, mentionne Oscar Pérez-Oliva, petit-neveu de Raúl Castro. Ce dernier est vice-président et ministre du Commerce et des Investissements étrangers, alors que le premier n'occupe aucune fonction officielle. On peut citer également le fils de Raúl Castro, Alejandro Castro Espín, surnommé « El Tuerto », général au ministère de l'Intérieur. Des noms, qui cherchent à assurer la continuité des privilèges du conglomérat économique et militaire GAESA, qui contrôle déjà 40 % du PIB cubain, sous une nouvelle façade acceptable pour Washington.
Face à ce scénario, les institutions internationales se contentent de déclarations morales. L'ONU a bien « averti d'une possible urgence humanitaire » et proposé un mécanisme pour fournir du carburant à des fins humanitaires aux hôpitaux, mais cela ne s'est toujours pas concrétisé.
La défaite infligée aux États-Unis en 1961 reste l'une des humiliations les plus marquantes de l'impérialisme américain. Pourtant, soixante-cinq ans plus tard, Washington n'a toujours pas renoncé : soumettre Cuba aux intérêts du capital américain demeure l'objectif.
Crédits photo : Capture d'écran YouTube France 24.