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Délire sécuritaire : l'UNSA recrute des CRS pour « former » les enseignants à se défendre en classe

Tue, 21 Apr 2026 21:53:59 CEST

Révolution Permanente

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Dans une vidéo tournée par RTL lors d'une formation organisée par l'UNSA, syndicat de droite de l'Éducation nationale, des CRS miment une attaque au couteau en classe. Une mise en scène sinistre, qui alimente la paranoïa et participe à l'instrumentalisation des violences scolaires.

Face au drame : la logique sans fin de la surenchère sécuritaire

La séquence est frappante : au milieu d'une salle de formation, des animateurs issus des CRS miment des agressions au couteau avec un faux élève, détaillent des techniques d'esquive, expliquent comment « protéger les organes vitaux », ou encore comment réagir face à un taser. L'un d'eux lance : « Est-ce que je peux mourir là, d'un coup de couteau ? »

Deux mois après l'agression d'une enseignante à Sanary-sur-Mer, ce type de formation est présenté comme une réponse à la « montée des violences scolaires ». Cette séquence participe d'une transformation profonde de l'école vers un espace de gestion sécuritaire de la jeunesse.

Des responsables politiques comme Bruno Retailleau ont déjà théorisé cette orientation, en allant jusqu'à défendre l'idée d'une présence policière permanente dans ou autour des établissements scolaires, une logique qui revient à considérer les élèves comme un danger potentiel. Cette vision n'est pas marginale. Elle s'inscrit dans une continuité idéologique où la jeunesse des quartiers populaires est régulièrement désignée comme incontrôlable. Luc Ferry parlait sur CNEWS de la nécessité de « dompter » les élèves de Sainte-Saint-Denis, une formulation révélatrice d'une logique raciste de bestialisation sociale.

Dans cette perspective, la formation de l'UNSA assurée par des CRS à des enseignants s'inscrit dans une même dynamique : habituer le personnel éducatif à des scénarios de confrontation, comme si l'école devait se penser sur le modèle d'un espace de menace permanente. Mais cette approche ne répond pas aux causes des violences : elle se contente de les déplacer et de les instrumentaliser à des fins autoritaires.

La formation s'inscrit dans un climat où une partie du corps enseignant exprime des inquiétudes réelles face à des situations de violence. Pour autant, prendre acte de ces peurs ne revient pas à considérer ce type d'initiative comme une réponse adéquate : la question des violences scolaires mérite des réponses structurelles, réfléchies et collectives, plutôt que des dispositifs qui aggravent les tensions et ne répondent en rien à de réelles situations de souffrance.

Dans ce contexte, le positionnement de l'UNSA est profondément problématique. Voir un syndicat engagé dans l'intersyndicale contre la réforme des retraites cautionner aujourd'hui des formations assurées par des CRS, les mêmes qui ont gazé et réprimé ces mobilisations, a de quoi sérieusement interroger. Cette contradiction est difficile à justifier, surtout lorsqu'on prétend défendre les personnels et revendiquer des moyens durables pour l'école.

Austérité, casse de l'école : d'où vient la véritable violence ?

Réduire la violence scolaire à une question d'ordre public revient à masquer ses origines sociales profondes. Les établissements scolaires sont traversés par des tensions liées au contexte social dans lequel ils s'inscrivent., comme le montre les récents cas d'agressions médiatisées : à Sanary-sur-mer, le jeune collégiens varois était suivi par un tribunal pour enfant et apparemment victime de violences ; Nicolas, auteur d'une attaque au couteau en Alsace en septembre dernier, avait également été victime de violence dans sa famille d'accueil et s'était vue diagnostiquer une pathologie génétique neurodégénérative quelques mois avant son passage à l'acte et sans qu'une prise en charge particulière ne soit assurée. Dans chacun des cas, les adolescents - des garçons - vivent une vie précaire et faite de violences, et semblent ne pouvoir trouver aucune place ni aucune aide dans une société qui les opprime.

La dégradation des services publics, le manque de moyens en santé mentale et en protection de l'enfance, ainsi que l'aggravation des inégalités sociales créent un terrain où les situations de rupture deviennent plus fréquentes et plus difficiles à accompagner.

Au-delà d'être inefficace, la réponse sécuritaire peut aggraver la situation. En renforçant la surveillance et les logiques de contrôle, elle tend à alimenter les tensions au sein des établissements et à multiplier les conflits qu'elle prétend prévenir, tout en laissant intactes les causes structurelles du problème. Le cas récent d'un enseignant qui gifle un lycéen au lycée Jules Guesde de Montpellier dans une situation où les élèves étaient interdits d'attendre leur cours dans le couloir de l'établissement en est un nouvel exemple.

La violence scolaire ne peut donc pas être pensée comme un phénomène isolé, ni comme une simple somme de comportements individuels à surveiller et punir. Contrairement à l'idée d'une explosion incontrôlée, les données disponibles appellent une lecture plus nuancée.

Selon le sociologue du CNRS Sébastien Roché, le nombre de tentatives d'homicide commises par des jeunes de 13 à 17 ans est passé de 242 en 2017 à 436 en 2024. Mais cette hausse est proportionnelle à celle observée dans les autres tranches d'âge. Dans le même temps, les coups et blessures volontaires commis par les 13-17 ans ont légèrement diminué, alors qu'ils augmentent ailleurs. Autrement dit, on n'observe pas une explosion spécifique de la violence des jeunes, mais des évolutions globales de la société.

En revanche, un autre indicateur est sans appel : la dégradation de la santé mentale des jeunes. L'étude récente de Mentalo montre en effet que plus d'un tiers des jeunes présentent des signes de détresse psychologique de type anxio-dépressif modéré à sévère (DMS). Elle révèle que les filles sont presque 2 fois plus touchées que les garçons (45 contre 27%) et que le passage au lycée est un moment charnière (augmentation de 50%). De plus, ce mal-être augmente avec la position économique et sociale ressentie (parmi ceux déclarant avoir une famille “vraiment en difficulté financière”, 7/10 présentent une DMS contre 3/10 chez les plus aisés).

Dans le même temps, les moyens de prise en charge restent très insuffisants. On compte environ 800 médecins scolaires pour près de 12 millions d'élèves. Chaque psychologue et infirmière scolaire suit en moyenne 1 600 élèves, rendant la prévention et l'accompagnement structurellement difficiles.

Cette dégradation touche aussi les personnels : les enseignants connaissent une hausse de 43 % des arrêts de travail en cinq ans, symptôme d'une intensification des conditions de travail et d'une souffrance professionnelle croissante.

Contre la logique répressive : une gestion collective articulée à une lutte contre la casse des services publics

La logique sécuritaire portée par l'UNSA dans ses formations, loin de protéger les personnels, ne peut que continuer à opposer les enseignants aux élèves et aux parents avec qui ils partagent pourtant des intérêts communs. La formation « Réagir face à la menace » est explicite sur ce point puisqu'elle prépare même les enseignants aux réunions parents-professeurs, qui risqueraient toujours, selon eux, de « dégénérer en hostilité ». Elle conseille par exemple de ne pas les recevoir dans un bureau (trop « étriqué ») mais dans le réfectoire pour garder « plusieurs échappatoires ». Des conseils qui prêteraient à sourire si la paranoïa qu'ils participent à alimenter ne constituait pas un obstacle aux alliances entre professeurs, élèves et parents à même de lutter efficacement contre les racines structurelles du problème de la violence scolaire.

Face à cette impasse, d'autres réponses existent. Plutôt que de renforcer une logique verticale et répressive, il est possible de construire des dispositifs fondés sur le collectif et l'auto-organisation des personnels.

La mise en place de commissions indépendantes de la direction, associant personnels de l'éducation, élèves et familles, permettrait de traiter les situations de violence autrement que dans une logique purement disciplinaire ou sécuritaire. Il s'agirait de sortir d'une gestion exclusivement hiérarchique et punitive pour reconstruire des espaces de dialogue, de prévention et de prise en charge réelle des conflits.

Ce dont l'école a besoin ce sont des moyens massifs : à rebours de la politique de fermetures de classes du gouvernement, il faut exiger l'ouverture de nouvelles classes avec 15 élèves par classe maximum, l'embauche et la titularisation massives des personnels de l'éducation nationale, la suppression de tout dispositif de tri scolaire, le renforcement des services de santé scolaire et de suivi psychologique. Mais il faut aussi articuler ces revendications avec une opposition claire au tout sécuritaire : fin des contrôles de police et des fouilles de sacs, des partenariats entre l'école, la police et l'armée et de l'autoritarisme scolaire.

Car les premières responsables des violences sociales ne sont ni les personnels de l'éducation, ni les élèves, qui les subissent au quotidien dans les établissements, mais bien les politiques qui, depuis des années, organisent leur aggravation par des politiques d'austérité. Face à cela, les personnels de l'éducation, élèves et parents doivent refuser à la fois la criminalisation de la jeunesse et la transformation de l'école en espace de contrôle. Il faut exiger des investissements massifs dans l'école et la santé. C'est en partant de cette rupture avec la logique sécuritaire et en dénonçant la véritable violence, la violence institutionnelle du système, que peut émerger une véritable réponse aux violences scolaires.

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