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De Blocchiamo Tutto à la guerre en Iran : Meloni affaiblie, sous la surveillance des masses

Tue, 21 Apr 2026 00:57:35 CEST

Révolution Permanente

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Alors que Meloni se vante d'être « l'interlocutrice privilégiée de Trump en Europe », les problèmes se multiplient pour l'extrême droite italienne : sa politique étrangère suscite une opposition de plus en plus critique tandis qu'elle demeure affaiblie sur le front intérieur, après les grèves de l'automne dernier et le rejet dans les urnes du dernier référendum constitutionnel.

Le dissensus des Italiens est fruit d'un mécontentement diffus qui n'a pas de représentation au Parlement : les partis néolibéraux de l'opposition sont atomisés, complètement déconnectés des besoins et des revendications des classes populaires et dépourvus de perspective ou de proposition politique crédible. Aucun d'entre eux ne meurt d'envie de gouverner dans un contexte géopolitique incertain : il s'agit d'une opportunité pour combler le vide politique du pays en construisant une perspective révolutionnaire et de classe.

Les masses rejettent la course aux armements et la complicité de l'Italie dans les guerres et les génocides

Selon les sondages, plus d'un Italien sur trois estime qu'il faut mettre fin à l'envoi d'armes en Ukraine (38 %) et près de la moitié pense que l'Ukraine devrait négocier un cessez-le-feu immédiat avec la Russie même au prix de la perte du Donbass (48 %). En ce qui concerne le Moyen-Orient, 70% de l'opinion condamne l'attaque contre l'Iran, tandis que 34 % exigent une position neutre de la part du gouvernement.

En ce qui concerne l'économie de guerre, l'Italie reste le seul pays d'Europe où une large majorité – selon les sondages, comprise entre 55 % et 75 % – s'oppose au programme ReArm Europe, à l'augmentation des dépenses militaires voulue par l'OTAN et aux investissements militaires.

Au-delà des sondages, le fait le plus marquant à cet égard reste le mouvement Blocchiamo Tutto qui a pris de l'ampleur à l'automne 2025, lorsque 2 millions de personnes sont descendues dans la rue pour faire valoir des revendications de classe axées sur l'augmentation des salaires, l'opposition au réarmement et la fin de la complicité avec le génocide en Palestine. Bien que la grève générale et les mobilisations aient été de courte durée, les braises de ce mouvement sont encore brûlantes, comme le montre la récente mobilisation No Kings Italy à Rome, au cours de laquelle les manifestants de la capitale ont repris les slogans du mouvement étasunien pour protester contre la guerre et le gouvernement d'extrême droite.

De plus, Blocchiamo Tutto est né en lien avec la mobilisation des travailleurs portuaires et le départ de la première Global Sumud Flotilla, un événement qui a été perçu et médiatisé à grande échelle en Italie. Alors qu'une nouvelle flottille est sur le point de partir de Barcelone avec des milliers de participants et plus de 100 bateaux, rien n'exclut qu'une nouvelle vague de mobilisations et de grèves puisse mettre à nouveau le gouvernement Meloni en difficulté.

En Italie, la délégation de soutien au peuple palestinien achève sa tournée des ports le long de toute la côte, afin de recueillir soutien et adhésion : Naples, Livourne, Civitavecchia, Ancône, Trieste, Bari, jusqu'en Sicile, où les militants rejoindront la flotte principale pour mettre le cap sur Gaza. Toutes ces villes ont été des foyers du mouvement Blocchiamo Tutto : dans certaines d'entre elles, en coordination avec le collectif des dockers de Gênes (CALP) et le syndicat de base USB, les travailleurs ont réussi à plusieurs reprises à bloquer l'envoi de navires chargés d'armes à destination d'Israël.

Le soutien aux politiques impérialistes de Trump est de plus en plus mal perçu

Giorgia Meloni craint ainsi qu'un mouvement similaire à celui de l'automne dernier ne se reproduise et tente d'atténuer – aux yeux de l'opinion publique nationale et internationale, mais certainement pas dans les faits – son soutien inconditionnel aux politiques criminelles des États-Unis et d'Israël. En particulier, le cœur du problème réside dans sa relation avec Donald Trump, dont Meloni s'est toujours enorgueillie pour tenter de rallier à sa cause les autres gouvernements d'extrême droite européens.

Aujourd'hui, le rôle d'intermédiaire de la Première ministre italienne entre Trump et l'Union européenne risque de se retourner contre elle : sur le plan intérieur, le président des États-Unis est l'un des hommes politiques les plus impopulaires qui soient – deux Italiens sur trois portent un jugement négatif sur son action – tandis que les premières frictions apparaissent également sur le front de la diplomatie européenne.

À la suite de l'agression américaine au Venezuela, alors que les autres puissances européennes se sont rangées derrière des positions hypocrites qui ne condamnaient pas ouvertement l'enlèvement illégal de Nicolas Maduro, mais évitaient tout de même un soutien explicite à l'opération, Giorgia Meloni a été celle qui s'est le plus exposée, en déclarant « qu'une intervention de nature défensive contre des attaques hybrides visant sa propre sécurité est légitime, comme dans le cas d'entités étatiques qui alimentent et favorisent le trafic de drogue. » Lorsque Trump a menacé d'attaquer le Groenland, Meloni s'est une nouvelle fois démarquée des positions des autres puissances européennes, affirmant que Trump ne souhaitait pas réellement envahir le Groenland et refusant d'envoyer un contingent de troupes sur le territoire arctique, contrairement à la France, la Suède, l'Allemagne et la Norvège, pour défendre leurs propres intérêts impérialistes.

La méfiance des autres dirigeants européens face à l'attitude ambiguë de l'Italie est illustrée par un épisode symbolique : lors du G7 qui s'est tenu en France, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a été exclu d'une réunion avec ses homologues français, britanniques et allemands, un entretien à huis clos dans le prolongement de la Conférence sur la sécurité de Munich – à laquelle Meloni n'a pas participé – afin d'adopter une position plus critique au niveau européen face aux politiques étasuniennes.

À cette marginalisation sur le plan diplomatique s'ajoutent, sur le plan intérieur, l'impatience du Vatican et de la droite catholique face à l'attitude belliciste des États-Unis, étant donné que le plus grand allié de Giorgia Meloni n'est pas non plus particulièrement apprécié par le pape actuel. Après un affrontement interne avec les forces conservatrices les plus traditionnelles – en particulier le secrétaire du parti berlusconien Forza Italia – et diverses tensions avec l'Église, la Première ministre italienne a dû renoncer à sa participation au Conseil de la paix, l'organe illégitime par lequel Trump et ses alliés de l'internationale réactionnaire veulent imposer un plan néocolonial sur la bande de Gaza et, plus généralement, refonder l'ordre mondial.

Ce recul, imposé par la pression des masses, a été suivi par la décision de ne pas renouveler l'accord de défense avec Israël et de suspendre les livraisons d'armes tandis que les attaques de Trump contre le Vatican ont encore exacerbé les contradictions du pouvoir italien, qui a dénoncé les menaces génocidaires contre l'Iran de Washington, qui menaçait de « détruire une civilisation toute entière », tout en défendant la papauté, pour ne pas perdre pied avec sa base chrétienne. Comme le note Marc Lazar pour Le Monde, « Meloni a toujours voulu être un pont entre l'Europe et les Etats-Unis, mais en Italie, les attaques contre le Vatican sont ressenties comme une blessure, c'est un choc national. » Dans le même temps, l'opposition dénonce frontalement la complicité de Meloni avec le génocide.

En ce qui concerne l'utilisation de la base otanienne de Sigonella en Sicile, le ministre de la Défense Guido Crosetto a refusé l'arrivée non déclarée de certains bombardiers sur la base, plateforme logistique importante de la VIe Flotte étasunienne, bien que les autres vols se poursuivent.

La perspective d'une défaite du trumpisme aux élections de mi-mandat ouvrirait ainsi une crise stratégique très profonde pour l'extrême droite italienne, tandis que l'enlisement militaire des États-Unis en Iran et les conséquences économiques de l'agression impérialiste ratée fragilisent l'économie italienne.

L'économie italienne sous la pression de la guerre en Iran

Sur le plan économique, l'Italie est l'un des pays européens les plus exposés aux conséquences de la guerre en Iran, en raison d'une politique énergétique encore fortement liée aux combustibles fossiles et en particulier au gaz naturel liquéfié (GNL), importé à 10% du Qatar. En particulier, l'usine de Ras Laffan, d'où provenaient les approvisionnements de multinationales italiennes comme Eni ou Edison, a été bombardée et endommagée par l'Iran et il faudra des années avant qu'elle ne fonctionne à nouveau à plein régime.

C'est l'une des raisons pour lesquelles Giorgia Meloni a été la première dirigeante européenne à se rendre dans les pays du Golfe, dans le but de renforcer les relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis et de se proposer, entre autres, comme partenaire commercial pour la reconstruction des infrastructures. Les sanctions européennes contre la Russie, avec laquelle l'Italie entretenait des liens commerciaux étroits depuis l'époque de l'Union soviétique, et la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite 15 % du pétrole destiné à l'Italie, aggravent encore plus la crise énergétique.

Ce n'est pas un hasard si, parmi les pays récemment visités par Meloni, figure également l'Algérie, troisième fournisseur de gaz naturel au niveau européen : l'objectif est de consolider et de garantir les importations de gaz naturel en provenance de ce pays du Maghreb : 34 % des besoins italiens en GNL transitent par le gazoduc Transmed, tandis que 10 % supplémentaires proviennent d'Algérie par voie maritime.

Pour illustrer la gravité de la situation, la réduction des taxes sur les carburants (un décret-loi d'un milliard d'euros que le gouvernement italien a fait adopter pour limiter le prix de l'essence et du diesel, quelques jours seulement avant le référendum constitutionnel dans une tentative, infructueuse, d'attirer des votes favorables) a été prolongée d'un mois, jusqu'au 1er mai, avec une dépense supplémentaire d'un demi-million d'euros.

La pression des masses populaires sur le gouvernement est symptomatique de ces tentatives populistes visant à colmater les pertes et à apaiser la colère de l'opinion publique, tout comme le « décret 1er mai », un timide ensemble de mesures sur les primes au travail et les renouvellements de contrats que le gouvernement prévoit de promulguer symboliquement pour la Fête du Travail.

Cependant, les miettes n'éliminent pas les grands problèmes économiques : dans un pays où la population continue de vieillir, l'âge de la retraite risque d'être encore repoussé à 67 ans tandis que 5,7 millions d'Italiens (un sur dix) vivent sous le seuil de pauvreté absolue, que 4,5 millions d'autres renoncent aux soins médicaux en raison des coûts des soins et des listes d'attente et que l'Italie est l'un des rares pays européens à refuser encore un salaire minimum à ses travailleurs, alors que le coût de la vie ne cesse d'augmenter.

Pour expliquer la crise du gouvernement Meloni, il faut toutefois tenir compte d'une multitude de facteurs. D'une part, malgré une large majorité au Parlement et la possibilité d'imposer des changements structurels radicaux, grâce notamment à la relance post-Covid et aux financements du « Plan national de reprise et de résilience » qui arrivent à échéance le 30 juin 2026, l'incapacité de l'exécutif s'est avérée telle que seule une infime partie des fonds européens a été dépensée, et de surcroît de manière chaotique, sans perspectives à long terme.

De l'autre part, malgré les attaques anti-ouvrières menées pour réduire les dépenses publiques – en opérant des coupes budgétaires dans les domaines de la santé et de l'éducation (les budgets de l'université et de la recherche seront privés à l'horizon 2027 de 700 millions d'euros) – le déficit s'élève encore à 3,1 % du PIB pour 2025 : par conséquent, dans les années à venir, l'Italie continuera de subir les restrictions de la réglementation européenne relative au Pacte de stabilité et de croissance. En plus de la politique d'austérité imposée par l'UE, l'OCDE a présenté son rapport annuel, dans lequel les prévisions de croissance du PIB italien s'élèvent à 0,4 %, soit la moitié de la croissance attendue pour la France ou l'Allemagne : le seul secteur qui connaît une réelle croissance est en effet celui de l'armement.

Dans ce contexte économique, des secteurs de la bourgeoisie italienne commencent à faire pression sur l'exécutif, insatisfaits des avantages qu'ils ont réussi à obtenir et des promesses non tenues du gouvernement. Dans l'ensemble, pour Meloni, cela signifie moins d'attractivité sur les marchés financiers, moins de marge de manœuvre et moins de possibilités de dépenses, surtout en vue des élections de 2027. Malgré cela, le gouvernement n'a pas l'intention de faire marche arrière sur l'approbation des dépenses extraordinaires pour la défense et l'armement, que Meloni souhaiterait porter à 5 % du PIB : un choix qui voit la guerre comme la seule issue à la crise provoquée par les contradictions du néolibéralisme.

Le vote du référendum et l'opposition inexistante au Parlement

Le vote au référendum sur la magistrature, l'une des trois grandes réformes voulues par la coalition au pouvoir, a constitué un moment clé pour évaluer le rapport de force entre Meloni et l'opposition. Certains analystes ont souligné d'ailleurs que le nombre de gens qui ont voté "Non" a été supérieur au nombre de voix recueillies en 2022 par les partis formant le Campo Largo – une coalition de forces extrêmement hétérogènes, dépourvue de ligne politique et constituée uniquement dans un but anti-Meloni. Cela signifie que le rejet de l'exécutif actuel rassemble une large frange d'électeurs désabusés et des milliers de personnes qui ne vont pas voter

Mais alors que le PD tente de capitaliser sur l'opposition anti-militariste et anti-génocide, aucune confiance ne peut aller à la deuxième force du pays selon les derniers sondages, dont la ligne n'est en rien différente de celle de Fratelli d'Italia. Au cours des gouvernements qui se sont succédé dans les années 2010, le PD a montré son vrai visage en tant que parti de la classe dominante, à travers des lois qui ont précarisé le marché du travail – le Jobs Act voulu par Matteo Renzi –, des lois qui s'attaquaient au secteur déjà fragilisé de l'enseignement public – la Buona Scuola – ou encore les accords signés avec la Libye sur les centres de détention pour migrants, afin de créer une zone tampon empêchant les débarquements. Le Mouvement 5 étoiles n'a rien d'une alternative non plus. Il s'est révélé être un amalgame hétéroclite de tendances populistes incohérentes entre elles, comme le démontrent les deux alliances gouvernementales conclues d'abord avec la droite, puis avec le centre-gauche.

Ces forces purement électoralistes sont les principales responsables de la sérénité avec laquelle Giorgia Meloni a pu gouverner le pays ces trois dernières années : aucune opposition n'a été capable d'empêcher l'adoption des décrets-lois qui traitent les manifestants et les occupants au même titre que les mafieux, en criminalisant la dissidence et les manifestations par des amendes astronomiques et des années de prison ; ni la signature des accords avec la Tunisie, en vertu desquels l'Italie financera et formera les garde-côtes locaux pour empêcher le départ des réfugiés ; ni la construction de camps de détention extrêmement coûteux destinés à enfermer les migrants en Albanie ; ni la centralisation du pouvoir médiatique par le gouvernement actuel, au point que les journaux parlent de « TeleMeloni » à la suite des nominations politiques au conseil d'administration de la Rai, la chaîne publique d'État.

En 2025, l'Italie a chuté à la 48e place du Classement mondial de la liberté de la presse : sous le mandat de Meloni, au moins trois journalistes ont été victimes de cyberattaques via des spywares, tandis qu'un attentat à la voiture piégée a failli coûter la vie à l'un des reporters les plus célèbres du pays, Sigfrido Ranucci. Enfin, les poursuites judiciaires intentées par les politiciens contre la presse ne manquent pas, tandis que le principal groupe éditorial du pays, le groupe GEDI, vient d'être vendu à une holding grecque dont le propriétaire affirme entretenir de bonnes relations avec Donald Trump.

Après la défaite au référendum, les partis d'opposition n'ont même pas eu le courage de demander la démission de Meloni et la raison ne réside pas seulement dans les divisions internes à aplanir : le fait est qu'à sa place, le PD et le M5S ne sauraient pas quoi faire. Ces derniers jours, Meloni et ses alliés discutent de modifier la loi électorale pour favoriser leur victoire aux prochaines élections, avec un système proportionnel et une large prime majoritaire pour la coalition en tête : on voit bien l'impasse d'une réponse électorale, dans un système pratiquement truqué. Une fois de plus, le bonapartisme de Meloni se heurte à une Constitution particulièrement faible et à des mécanismes institutionnels qui l'empêchent de centraliser les pouvoirs autant qu'elle le souhaiterait, mais si aucune alternative crédible n'est construite, ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle n'y parvienne.

L'alternative ne peut venir des partis néolibéraux qui ont gouverné l'Italie ces vingt dernières années, se contentant d'un jeu de chaises dans une dynamique passive et stagnante. La vérité est qu'au cours de l'année écoulée, à plusieurs reprises, les masses ont manifesté leur volonté d'un changement radical, d'un vent qui dégage toute la classe politique qui siège aujourd'hui au Parlement et qui s'est montrée incompétente et inapte à relever les défis posés par la période historique actuelle. Dans cette situation, la logique néoréformiste de Potere al popolo est tout aussi insuffisante alors qu'elle borne la lutte au terrain institutionnel en considérant les mobilisations comme de simples moyens de pression.

Aujourd'hui plus que jamais, face au recul de Trump et de l'extrême droite internationale, il est nécessaire de profiter de la faiblesse du régime de Meloni pour rassembler les classes populaires, les travailleurs et les étudiants qui se sont mobilisés ces derniers mois et construire une véritable opposition. Il est temps que les masses italiennes prennent conscience du pouvoir dont elles disposent pour s'opposer à la domination de la classe politique et imposer leurs propres revendications, comme cela s'est produit avec Blocchiamo Tutto, capable d'articuler le soutien à la cause palestinienne, les revendications salariales et la lutte contre le réarmement et contre la guerre.

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