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Mobilisations du 25 avril en Italie : date à haut risque pour une Meloni fragilisée

Tue, 21 Apr 2026 01:41:36 CEST

Révolution Permanente

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Cette année, le 81e anniversaire de la Libération de l'Italie du fascisme, fête nationale depuis 1946, n'est pas seulement une date commémorative mais une date de mobilisation qui pourrait mettre le gouvernement de Meloni en difficulté, dans le sillage du mouvement Blocchiamo Tutto.

Cette année, le 81e anniversaire de la Libération de l'Italie du fascisme, fête nationale depuis 1946, n'est pas seulement une date commémorative mais une date de mobilisation qui pourrait mettre le gouvernement de Meloni en difficulté, dans le sillage du mouvement Blocchiamo Tutto.

« Les grandes manifestations pour la paix, la révolte morale de dizaines de millions de citoyens dans le monde face au génocide de Gaza, le vote référendaire lui-même en défense de l'État de droit ; une nouvelle génération redevient protagoniste ». Ce sont les mots du manifeste publié par l'Association Nationale des Partisans d'Italie (ANPI), organisme fondé par les acteurs de la Résistance pendant l'occupation nazie qui s'occupe encore aujourd'hui de la conservation et de la promotion de la mémoire historique de la lutte partisane en Italie. Publié à l'occasion des mobilisations prévues le 25 avril, pour commémorer la fin du fascisme en Italie, la journée qui s'annonce n'est pas seulement une date commémorative mais elle pourrait mettre le gouvernement de Meloni déjà fragile dans une position encore plus difficile, dans le sillage du mouvement Blocchiamo Tutto.

L'année dernière, celle qui se revendiquait de la défense des valeurs les plus conservatrices de l'Église catholique, Giorgia Meloni avait réussi à interdire tout type de manifestation à l'occasion de la fête de la Libération, en utilisant comme prétexte les funérailles du pape François, pour lesquelles elle avait décrété cinq jours de deuil national. Ce n'est pas un hasard si l'abolition du 25 avril a toujours été un objectif des campagnes politiques du Mouvement social italien (MSI), le parti d'inspiration néofasciste dans lequel la présidente militait dans sa jeunesse et dont son parti, Fratelli d'Italia, a repris la symbolique mussolinienne de la flamme tricolore tout en la déplaçant sur un terrain purement parlementaire.

Le 25 avril en Italie représente un moment important de l'histoire de la lutte des classes en Italie. Alors que l'opposition au fascisme avait été portée notamment par les grandes grèves ouvrières de 1943, 1944 et 1945 et par des militants ouvriers qui rêvaient de beaucoup plus qu'une simple restauration de la démocratie bourgeoise pré-Mussolini, l'issue de la guerre a été dérobée aux masses en lutte, celles qui avaient mené la bataille des Quattro giornate di Napoli, en septembre 1943, en libérant Naples de l'occupation fasciste, en indépendance des forces impérialistes, et refondé, sous le feu nazi, les organisations ouvrières en renouant avec les méthodes du Bienno Rosso. Des victoires volées par la politique des bureaucraties syndicales et politiques et du retour de la bourgeoisie italienne dans le giron des alliés. Le 25 avril est ainsi le signe ambivalent de la victoire contre le fascisme en même temps que des espoirs déçus de la résistance révolutionnaire.

Après l'affront de l'année dernière, les célébrations, fêtées dans toute l'Italie, se déroulent cette année dans une situation de crise politique, après trois ans de gouvernement Meloni qui tient en grande partie grâce à la passivité des bureaucraties syndicales et des oppositions. Un équilibre instable que Blocchiamo Tutto est venu perturber. Avec le retour des masses sur la scène politique, y compris avec certaines dynamiques de lutte des classes, les mobilisations qui viennent revêtent une importance toute particulière.

En effet, depuis les grèves de l'automne 2025 et le mouvement Blocchiamo Tutto, l'émergence d'une contestation populaire généralisée contre la classe dirigeante et le système actuel s'est accompagnée d'un retour à la politique de la part de millions d'Italiens. De larges couches de la population, sans tradition de luttes récentes, ont choisi de descendre dans la rue aux côtés des jeunes et des travailleurs contre les politiques d'austérité, le réarmement, la hausse du coût de la vie, les conditions salariales indignes, le génocide en Palestine et, plus récemment, la guerre impérialiste menée par les États-Unis contre l'Iran, comme lors de la manifestation No Kings Italy qui s'est tenue à Rome fin mars.

Parallèlement, la défaite électorale fracassante lors du référendum constitutionnel et la faible participation au rassemblement des « Patriotes européens », un événement de l'internationale réactionnaire auquel a également participé Jordan Bardella et qui s'est révélé être un échec politique pour la Ligue de Matteo Salvini, avec pas moins de trois contre-manifestations différentes paralysant la ville de Milan, ont rendu encore plus évidente la fragilité de Giorgia Meloni, concrétisant l'hypothèse d'une crise politique au sein du gouvernement.

L'allié numéro un de Donald Trump en Europe connaît une dynamique de repli sur des positions défensives, confirmée par la suspension avec effet immédiat des accords quinquennaux entre l'Italie et Israël, concernant le secteur de la défense. Une tentative, de la part de la Première ministre italienne, de prendre ses distances, au moins en partie, avec les politiques génocidaires de l'axe israélo-étasunien, surtout face à la pression croissante de l'opinion publique et à la suite des récentes querelles entre la Maison Blanche et le Vatican, un échange dans lequel Meloni a été contrainte de prendre le parti du pape Léon XIV contre les critiques du président étasunien.

Alors qu'aux États-Unis, Trump signe des décrets qualifiant le mouvement Antifa d'« organisation terroriste guidée par une idéologie de violence politique », en Italie, la mobilisation se constitue autour de revendications importantes : le rejet des mesures répressives et autoritaires voulues par l'exécutif actuel, qui criminalise la dissidence par des amendes salées et des années de prison ; contre l'intensification de la militarisation et les politiques de réarmement ainsi que la réintroduction du service militaire obligatoire ; contre le renforcement du contrôle social et de l'espionnage politique des militants et des journalistes ; ou encore contre la fermeture de nombreux centres sociaux à Milan, Turin, Bologne, Rome et Naples. En toile de fond de tout cela, il y a le rejet de la guerre comme paradigme global pour sortir de la crise, ainsi que l'instabilité géopolitique provoquée par la situation au Moyen-Orient, raison pour laquelle quatre Italiens sur cinq se disent très inquiets de la situation.

La force potentielle du mouvement, face aux divisions internes de la coalition de droite, est alimentée par les difficultés évidentes, de la part de Trump et de ses alliés, à freiner le déclin lent mais inexorable de l'impérialisme étasunien, que ce soit sur le plan économique ou militaire. Au moment où la crédibilité politique du président étasunien commence à vaciller et où l'impérialisme essuie une défaite en Iran, l'internationale réactionnaire entre dans une crise profonde, de la défaite d'Orban à la crise de Milei, à force d'avoir lancé des offensives de plus en plus déconnectées du rapport de force réel de l'extrême droite.

Alors que les complices du génocide s'enfoncent dans une crise durable et que la nouvelle flottille pour Gaza pourrait réveiller l'énergie du mouvement ouvrier et de la jeunesse, le 25 avril s'annonce comme une date à haut risque pour une Meloni affaiblie. Et cela serait une excellente nouvelle.

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