Lecornu : 6 milliards d'austérité en plus, des miettes pour calmer la colère sur les carburants
Tue, 21 Apr 2026 21:45:33 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLecornu a annoncé des aides minimales et ciblées sur les carburants, aux contours encore flous. De simples miettes destinées à calmer la colère et à faire accepter les 6 milliards de coupes austéritaires supplémentaires annoncées le même jour.

Alors que le budget 2026 adopté il y a 3 mois était déjà ultra austéritaire et anti-ouvrier, le gouvernement a annoncé de nouvelles attaques ce mardi 21 avril. L'information circulait depuis quelques jours dans les médias, mais c'est lors du comité d'alerte des finances publiques, composé de plusieurs ministres, parlementaires, représentants du patronat et des syndicats, que le ministre de l'Action et des comptes publics a officialisé la nouvelle en déclarant « Nous prévoyons 6 milliards d'euros de dépense qui pourraient être stoppées : 4 milliards d'euros pour l'État, 2 milliards d'euros dans la sphère sociale ».
Anticipant la colère face à ces attaques, Lecornu a également annoncé un « dispositif d'accompagnement » pour près de 3 millions de « grands rouleurs », une première face à la crise du carburant. Pour autant, ce dispositif ne représente que des miettes pour les travailleurs, avec une « réduction moyenne de 20 centimes d'euros par litre » selon des grilles de salaires et des méthodes encore inconnus.
De la poudre aux yeux, pendant que le gouvernement se défend de pouvoir ajuster les coupes selon l'évolution de la situation internationale, maintenant volontairement un flou sur le montant exact de cette nouvelle offensive. Pour autant, une chose est sûre : il compte faire payer la crise et la guerre impérialiste aux travailleurs.
Derrière le discours sur les aides, une nouvelle justification à l'austérité
Le gouvernement justifie ce nouveau coup de griffe dans les dépenses publiques par les impacts de la guerre en Iran, qui dure depuis bientôt 2 mois, et en particulier de la fermeture du détroit d'Ormuz qui a fait s'envoler les prix des carburants. Ainsi, David Amiel, Ministre de l'Action et des comptes publics, parle d'une « situation géopolitique instable au Moyen-Orient » qui va vraisemblablement impliquer « un coût pour les finances publiques de 6 milliards d'euros ».
Dans ce contexte, le « dispositif d'accompagnement » aux contours flou annoncé par Lecornu ne pèsera rien à côté des milliards de coupes prévues. Le gouvernement se sert surtout de ces semblants d'aide partiels pour éviter la colère face à ses coupes budgétaires, elles beaucoup plus massives et concrètes. Les aides réellement mises en place jusqu'ici ne coûteraient que 130 millions d'euros par mois à l'État, à des années lumières des 6 milliards supprimés.
En réalité, la dépense qui va le plus augmenter pour l'État français avec la guerre impérialiste est le remboursement de la dette. Dans la période de crise inflationniste, les banques centrales augmentent les taux d'intérêts afin de tenter de freiner la hausse des prix. L'État français se retrouve ainsi à devoir payer bien plus d'intérêts que prévus sur sa dette, ce qui représenterait une charge supplémentaire d'environ 4 milliards d'euros. Les coupes budgétaires ne vont pas servir à aider les travailleurs qui souffrent du prix de l'essence, mais bien à rembourser la dette de la France auprès de banques et d'actionnaires qui spéculent et s'enrichissent sur les crises.
De plus, l'inflation entraîne un ralentissement de l'activité économique, et donc mécaniquement moins de rentrées d'argent pour l'État. En effet, la TVA représente plus d'un tiers des recettes de l'État, donc une baisse des ventes impacte directement l'équilibre budgétaire. Par exemple, de nombreuses personnes ont acheté moins d'essence que d'habitude au mois d'avril à cause des prix exorbitants, créant une « perte de 100 millions d'euros de recette » d'après David Amiel. Pendant que les travailleurs se serrent la ceinture, les grands groupes comme TotalEnergies, qui a empoché 1 milliard de dollars supplémentaires rien qu'en mars, s'en mettent plein les poches.
Des coupes partout, sauf dans l'armée et la police
Le gouvernement n'a pas encore précisé où se feront les 6 milliards d'euros d'économies, mais il est évident que les services publics seront sévèrement impactés. Comme toujours, l'armée et la police ne seront pas touchées, en témoignent les propos recueillis par l'AFP : « On ne voit pas comment la Défense trinquerait ». Comme pour les derniers budgets, l'austérité pour les travailleurs et la militarisation sont les deux faces d'une même pièce.
Une situation qui nous rappelle le budget 2026, passé par 49.3 par Lecornu avec la complicité du PS, qui affichait l'objectif de ramener le déficit public de 5,4% à 5,0% tout en développant la militarisation, au prix de lourdes attaques envers la population. Le gouvernement avait alors annoncé des mesures comme la suppression de 4 000 postes d'enseignants, la réduction des salaires de 11 000 apprentis de la fonction publique, la baisse des financements des programmes d'insertion, ou le durcissement de l'accès aux APL et des attaques contre les étudiants étrangers.
Alors que les attaques du budget initial représentaient environ 13 milliards de coupes par rapport à l'année précédente, y ajouter 6 milliards sera catastrophique pour des milliers de personnes. Depuis le début d'année, la casse des services publics comme l'éducation, la santé, le social ou la culture sont déjà extrêmement visibles, et fragilisent les conditions de vie de millions de travailleurs. Universités en déficit, fermetures de classes, ou encore risque de fermeture d'IFSI, les conséquences de l'austérité sont déjà là et vont se renforcer, faisant payer la crise aux travailleurs, aux jeunes et aux classes populaires.
Il faut un plan de bataille pour défendre nos conditions de vie
Face aux annonces du gouvernement, et alors que ses temporisations sur le 1er mai et la Loi Yadan montre l'ampleur de sa fébrilité, le mouvement ouvrier doit repasser à l'offensive pour répondre à l'urgence de la crise sociale. A l'inverse de l'impasse proposée par LFI qui défend un retour du débat budgétaire dans l'hémicycle via un budget rectificatif, il faut construire un rapport de force par en bas pour imposer des mesures d'urgence pour notre classe, à commencer par l'indexation des salaires sur l'inflation.
Les mobilisations contre l'austérité qui ont éclaté depuis le début de l'année, notamment depuis la jeunesse sur les lycées et les universités, mais aussi de la CGT Total dont la grève du 14 avril a articulé la question des prix du carburant et des salaires sont autant de points d'appui pour s'opposer concrètement aux plans du gouvernement et du patronat pour nous faire payer la crise. Face à l'enrichissement des grands groupes capitalistes comme Total et Lactalis sur le dos des travailleurs et de la guerre, la journée du 1er doit servir de point d'appui à la préparation d'une riposte ouvrière et internationaliste.
Capture d'écran du compte X de Sébastien Lecornu, conférence de presse du 21/04/2026